Agressions sexuelles: le diocèse de Montréal visé par une action collective

« Je suis convaincu qu’il y a plusieurs centaines de victimes », lance en entrevue Me Alain Arsenault, quelques heures après avoir déposé au palais de justice de Montréal une demande d’action collective contre le diocèse de Montréal pour des agressions sexuelles commises par des prêtres depuis 1940.

Si elle est acceptée, l’action collective pourrait permettre aux victimes d’obtenir jusqu’à 600 000 $ en dommages.

À l’heure actuelle, une dizaine de victimes ont été identifiées, avance Me Arsenault.

L’avocat, qui a piloté plusieurs autres actions collectives contre des congrégations religieuses, se dit persuadé que de nombreuses autres victimes ne sont toujours pas sorties de l’ombre. L’aspect confidentiel d’une action collective pourrait les convaincre de dénoncer, croit-il.

« Notre objectif, c’est de permettre à l’ensemble des victimes, celles qui ont encore aujourd’hui de la difficulté à en parler, d’entreprendre de façon confidentielle des procédures pour être dédommagées et surtout pour guérir », fait-il valoir.

La demande pour autorisation d’exercer une action collective, déposée par le cabinet Arsenault Dufresne Wee Avocats, précise que « toutes les personnes, de même que leurs héritiers et ayants droit, ayant été agressées sexuellement, au Québec, par tout préposé de la Corporation archiépiscopale catholique romaine de Montréal ou de l’Archevêque catholique romain de Montréal, durant la période comprise entre 1940 et aujourd’hui », peuvent participer à l’action collective.

Une victime

Un homme de 33 ans, qui a été agressé sexuellement de 1995 à 1999 par l’abbé Brian Boucher, alors curé de la paroisse St. John Brébeuf à LaSalle, souhaite obtenir le statut de représentant pour cette action collective.

Il réclame 300 000 $ en dommages non pécuniaires, 150 000 $ en dommages pécuniaires et 150 000 $ à titre de dommages punitifs.

L’abbé Brian Boucher — le seul prêtre nommé dans la requête — a été condamné la semaine dernière à huit ans de prison pour des agressions commises sur cet homme, ainsi que sur une autre victime. Ce deuxième homme a été agressé de 2008 à 2011 alors qu’il était servant de messe à la paroisse Our Lady of Annunciation, à Ville Mont-Royal.

De 1985 à 2015, le prêtre agresseur a officié dans dix églises montréalaises et dans des églises de Dorval et Senneville. Il a également été aumônier à l’Université McGill.

Dans le document déposé à la Cour supérieure mercredi, il est spécifié que « les défenderesses [l’Archevêque catholique romain de Montréal et la Corporation archiépiscopale catholique romaine de Montréal] savaient ou devaient savoir que l’abbé Boucher agressait sexuellement des enfants » et que « les défenderesses […] ont préféré la culture du silence ».

« Le fait que l’abbé Boucher ait été affecté à beaucoup de paroisses, dans une courte période de temps, c’est un indice », évoque Me Arsenault, rappelant qu’il a été prouvé que plusieurs organisations religieuses déplaçaient des prêtres pédophiles de paroisse en paroisse plutôt que de les dénoncer à la justice.

« Je ne crois pas que le diocèse de Montréal ait été à l’abri de cette technique. Ils ont été bien de leur temps », estime-t-il.

Enquête

Dans une déclaration écrite envoyée mercredi après-midi, l’archidiocèse de Montréal dit avoir pris connaissance du dépôt de la procédure judiciaire. « Cette procédure relate uniquement les faits découlant des procédures criminelles contre Brian Boucher », pointe l’organisation. « Le Diocèse de Montréal condamne vigoureusement tous les actes inappropriés affectant tant les mineurs que les adultes, et a été proactif dans la dénonciation des actes commis par Brian Boucher », poursuit le communiqué.

La semaine dernière, l’archidiocèse de Montréal a annoncé qu’il lancerait, dès septembre, une vaste enquête interne pour établir un portrait statistique des agressions commises par ses prêtres des années 1950 jusqu’à ce jour. Les archives des cinq diocèses composant l’archidiocèse de Montréal seront scrutées à la loupe par l’ex-juge Anne-Marie Trahan.

Me Arsenault assure qu’il n’y a aucun lien entre l’annonce de cette enquête et le dépôt mercredi d’une demande d’action collective. Il estime toutefois que l’archevêque de Montréal, Mgr Christian Lépine, reconnaît implicitement qu’il y a un « problème majeur ».

« On va les aider indirectement, remarque-t-il. Ils vont pouvoir apprendre des choses par eux-mêmes (avec l’enquête) et par nous (avec l’action collective). »

Actuellement, la vaste majorité des actions collectives intentées au Québec relativement au scandale planétaire de pédophilie dans l’Église catholique visent des congrégations religieuses. Une autre action collective a été intentée contre un diocèse, celui de Chicoutimi.

Me Arsenault espère que l’archidiocèse de Montréal acceptera de négocier, ce qui permettrait d’éviter un procès. « Depuis quelque temps, on constate que beaucoup d’organisations religieuses tentent de gérer ce genre de dossier par une entente [à l’amiable] », souligne-t-il.

Contenu similaire