Attaque contre le père Grou: «Mes jambes ont cessé de trembler»

Le père Claude Grou était sur le point de lire un passage de l’Évangile durant la messe dans la crypte de l’oratoire Saint-Joseph, le 22 mars dernier, quand il a vu un homme s’avancer.

« Il arrive souvent que des gens s’avancent pour aller prier tout en avant, près de la statue de la Vierge, alors je croyais que c’était une personne qui s’avançait de manière un peu cavalière », a dit M. Grou hier.

L’homme est entré dans le sanctuaire. Il s’est s’approché de l’autel et a sorti un couteau de son manteau.

M. Grou a paniqué.

« Je me suis dit : « Si je reste assis, il peut m’attaquer. Si j’essaie de me sauver, il peut m’attaquer dans le dos. Le plus simple est de lui faire face. » »

Le père Grou s’est donc avancé vers l’homme, qui l’a aussitôt frappé.

« J’ai senti un coup, mais je ne me savais pas blessé. »

Tombés au sol, les deux hommes se sont ensuite relevés. L’assaillant avait laissé échapper son couteau.

« Ça peut paraître étrange, mais je me disais que tout allait se calmer et que j’allais pouvoir continuer la messe, a dit le père Grou. Des gens sont venus me chercher. J’étais un peu figé. »

Des gardiens de sécurité ont rapidement maîtrisé l’agresseur. Vlad Christian Eremia, 26 ans, du quartier Notre-Dame-de-Grâce, a été accusé de tentative de meurtre le lendemain et doit subir une évaluation psychiatrique.

Le père Grou n’a heureusement subi que des blessures superficielles durant l’attaque. Il a été transporté à l’hôpital, d’où il a reçu son congé le jour même.

«  [L’assaillant] est une personne que je ne connais pas, que je n’avais jamais vue de ma vie. Je comprends que c’est une personne qui vit des problèmes, et j’espère qu’ [elle] va avoir l’aide dont [elle] a besoin. [M. Eremia] est dans mes prières. »

REVENIR À L’ESSENTIEL

M. Grou, 77 ans, s’est reposé cette semaine. Jeudi, il a pu visiter la crypte pour la première fois, histoire de voir comment il réagirait. Hier matin, c’est accompagné de plusieurs de ses confrères qu’il a voulu « conclure cette période » en célébrant la messe, une semaine jour pour jour après l’attaque.

« Être accompagné m’a aidé à me sentir en sécurité. On est ailleurs. Quand je suis entré, j’ai vu l’attitude des gens, qui applaudissaient. Je n’ai pas senti de panique, et assez rapidement, mes jambes ont cessé de trembler et j’ai pu continuer à célébrer comme je le fais habituellement. »

Le recteur de l’oratoire a dit que ses blessures « guérissaient bien » et qu’il jouissait d’un soutien constant de la part des fidèles et de la communauté.

« Un évènement comme ça nous oblige à nous regarder, à nous resituer. À revenir à l’essentiel de la mission de l’oratoire, qui est un lieu au centre de la ville, un lieu de recueillement, d’accueil et de rencontre. »

Le père Grou a signalé qu’une réflexion sur la sécurité de l’oratoire était amorcée, mais que le lieu demeurerait un lieu ouvert à tous.

« Nous avons de la sécurité ici 24 heures par jour. Nous avons des caméras. Les gens font un travail remarquable. S’il y a une leçon à tirer de tout ça, c’est la solidarité que l’on peut voir dans la communauté. »

Claude Grou est recteur de l’oratoire Saint-Joseph depuis 2005. Plus de deux millions de personnes visitent l’oratoire Saint-Joseph chaque année.

Hier, M. Grou a dit ne pas écarter la possibilité de rencontrer un jour son agresseur.

« Je suis ouvert à poursuivre dans un esprit de réconciliation, on verra comment ça va se passer. Pour moi, aucune porte n’est fermée. »

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