Budget: un trou de 201 millions à combler pour Montréal

Montréal devra trouver 201 millions de dollars pour équilibrer son budget de 2020, ses dépenses continuant à augmenter plus rapidement que ses revenus. Une spécialiste en gestion municipale y voit une « situation insupportable à long terme », mais l’administration Plante assure au contraire avoir réussi à freiner l’hémorragie.

Les dépenses de la Ville devraient ainsi augmenter de 320 millions l’an prochain, soit une hausse de 5,6 % sur un budget de 5,7 milliards. « C’est énorme comme augmentation, s’étonne Danielle Pilette, professeure à l’UQAM spécialisée en gestion municipale. Je ne vois pas pourquoi on dépense à ce rythme. Et ça vient s’ajouter aux fortes augmentations des dernières années. »

L’augmentation des revenus anticipée est d’ailleurs loin de couvrir la hausse des dépenses. Montréal s’attend à voir ses revenus augmenter en 2020 de 119 millions, soit une hausse de 2,1 %. Danielle Pilette souligne toutefois que Montréal a tendance à sous-estimer la croissance de ses revenus, la Ville terminant systématiquement ses exercices financiers en dégageant des surplus.

Si cet écart de 201 millions entre les revenus et les dépenses projetés peut sembler élevé, l’administration Plante assure avoir réussi à le diminuer depuis son élection. « Lorsqu’on est arrivés au pouvoir, il y avait un écart de 358 millions à résorber, ce qu’on a fait en quelques semaines pour boucler le budget 2018. Ensuite, en 2019, on avait réduit l’écart à 238 millions. Maintenant, c’est 201 millions. On a quand même réduit cela de 157 millions », dit Benoit Dorais, président du comité exécutif.

Le bras droit de la mairesse souligne que ce manque à gagner qui apparaît au moment de préparer le budget devra être résorbé en cours d’année. Montréal devra trouver des dépenses à réduire ou de nouveaux revenus afin de présenter en novembre un budget équilibré.

Consultation prébudgétaire

Ce manque à gagner de 201 millions sera détaillé aux citoyens le 27 mars alors que Montréal entreprendra sa toute première consultation prébudgétaire.

« Ce qu’on dit aux gens, c’est : « Voici le défi budgétaire qu’on a, aidez-nous à y faire face. » On est transparents. C’est la première fois qu’une administration dévoile ce défi budgétaire », indique Benoit Dorais.

L’administration Plante profitera en effet de la consultation prébudgétaire du printemps pour demander aux Montréalais comment combler ce fossé. La Ville demandera aux participants de répondre à certaines questions, illustrant les difficiles choix qui s’annoncent. Montréal doit-il revoir son offre de services pour réduire sa facture ? Les villes négociant actuellement un nouveau pacte fiscal avec le gouvernement du Québec, la métropole doit-elle réclamer davantage de transferts du provincial ? Faut-il revenir sur la décision de plafonner à l’inflation les hausses de taxes ?

Danielle Pilette estime que ces questions sont d’autant plus pertinentes que Montréal tente de limiter le fardeau des commerçants, ce qui impose de se tourner davantage vers les propriétaires résidentiels.

Le poids des chantiers

La Ville se questionne aussi sur le poids de sa dette entraîné par la multiplication des chantiers. Pendant des années, la métropole a sous-investi dans l’entretien de ses infrastructures.

Or, depuis cinq ans, Montréal a ainsi entrepris un rattrapage et doublé le rythme des chantiers, la facture passant de 842 millions en 2014 à 1,7 milliard en 2018. Malgré une stratégie pour payer une partie croissante de ces travaux au comptant, la dette de la Ville a rapidement augmenté, dépassant de 12 % les revenus annuels de la métropole.

Lors de la consultation prébudgétaire, Montréal veut entendre les citoyens sur la stratégie qu’il devrait adopter : faut-il continuer à payer davantage au comptant ou plutôt ralentir la cadence dans les travaux ?

« C’est préoccupant. La cadence des travaux a été accélérée, c’est exponentiel. Il y a un débalancement, et on doit décider si on augmente les paiements au comptant ou si on prend un peu plus de temps pour faire le rattrapage », dit Benoit Dorais.

Danielle Pilette remet quant à elle en question l’utilisation croissante des paiements comptants, estimant que cette pratique n’est pas justifiée. « C’est d’un conservatisme certain. On paye comptant quelque chose qui est appelé à durer plusieurs décennies. C’est faire passer dans le budget de fonctionnement ce qui pourrait passer à petite dose dans la dette », dit-elle.

Pour elle, Montréal devrait ralentir la cadence des travaux. « Non seulement ça fait augmenter le poids de la dette, mais ça nuit à la mobilité dans la ville. La cadence trop accélérée fait aussi qu’on a des prix plus élevés parce qu’il n’y a pas suffisamment de compétition. Mieux vaut un travail plus lent, mais bien fait », commente Mme Pilette.

Investissements de la Ville de Montréal

2014: 842 millions

2015: 931 millions

2016: 1164 millions

2017: 1415 millions

2018: 1710 millions

Tarifer l’eau ?

Montréal profitera aussi de la consultation pour évaluer l’intérêt des Montréalais pour des mesures d’écofiscalité, soit de mettre un prix sur la pollution. La Ville envisage notamment une tarification de l’eau.

« Êtes-vous d’accord avec l’introduction progressive de mesures écofiscales pour inciter à la consommation responsable de l’eau ? », peut-on lire dans la présentation qui sera faite aux citoyens le 27 mars. Montréal évoque également une taxe sur « les utilisations récréatives de l’eau ou autres qu’essentielles », dans le cas des piscines. Danielle Pilette note que cette question est à l’étude depuis des années à Montréal, mais accuse du retard en raison du scandale des compteurs d’eau.

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