Cavale meurtrière: Frédérick Gingras doit être désigné «accusé à haut risque»

Comment s’assurer qu’un meurtrier souffrant de schizophrénie, qui entend des voix lui commandant d’attaquer les personnes qui l’entourent, soit soigné, mais ne puisse être libéré avant qu’on soit certain qu’il ne représente plus de risque pour la société ?

C’est dans ce but que le ministère public demande que Frédérick Gingras, qui a tué deux personnes et en a blessé trois autres lors d’une cavale meurtrière en décembre 2016, soit désigné « accusé à haut risque ». La Couronne et la défense se sont aussi entendues pour demander 19 ans de prison.

Le jeune homme de 23 ans a plaidé coupable il y a trois semaines à deux chefs d’accusation d’homicide involontaire, pour avoir tué James Jardin et Chantal Cyr.

Il était initialement accusé de deux meurtres prémédités. Mais en raison de ses troubles schizophréniques, il ne pouvait formuler l’intention de commettre deux meurtres, même s’il était en mesure à ce moment de distinguer le bien du mal, ont convenu les avocats des deux parties, en concluant une entente à ce sujet.

Mais pour la suite de sa virée funeste, alors qu’il a tenté de tuer deux autres personnes, les avocats demandent au juge de le déclarer non criminellement responsable de tentatives de meurtre : après les deux premiers crimes, Frédérick Gingras aurait été tellement désorganisé, en raison de ses troubles mentaux, qu’il n’avait plus la capacité de comprendre que ce qu’il faisait était mal.

S’il est reconnu non criminellement responsable par le tribunal, Gingras pourra recevoir l’étiquette d’accusé à haut risque, ce qui entraînerait sa détention dans un hôpital psychiatrique, pour une période indéterminée, sans permissions de sortie, même après la fin de sa peine.

« On place la protection de la société au coeur de cette désignation. » – Catherine Perreault, procureure de la Couronne

« Quand la commission d’examen des troubles mentaux et les médecins qui le suivent seront convaincus qu’il ne représente plus un risque marqué, et qu’il ne doit plus être considéré comme un délinquant à haut risque, on doit malgré tout revenir devant une cour criminelle, où les victimes auront la chance de faire des représentations, avant d’enlever ce statut », a expliqué Me Perreault

« Ma vie a basculé »

Avant de rendre sa sentence, cet après-midi, la juge France Charbonneau a entendu 13 témoignages émouvants de proches des personnes assassinées par Frédérick Gingras, et de celles qu’il a tenté de tuer.

La fille de Chantal Cyr, Carolanne, a notamment raconté que sa vie a tourné au cauchemar depuis qu’elle a vu sa mère morte, tuée par Gingras. Mme Cyr était venue attendre Carolanne qui terminait son quart de travail dans un Tim Hortons de l’est de Montréal.

« J’ai toujours l’image de ma mère qui gît avec son sang partout. En deux secondes, ma vie a basculé », a-t-elle témoigné, en pleurs, ajoutant qu’elle se sentait coupable, puisque c’était pour venir la chercher que sa mère se trouvait à cet endroit, où elle a croisé la route du meurtrier.

Enquête publique

Son père, Denis Vanier, a demandé à nouveau une enquête publique au gouvernement, à sa sortie du tribunal, comme il l’avait fait après les meurtres.

« Comment ça se fait qu’une telle personne était en liberté, alors qu’un juge avait dit trois semaines auparavant qu’il était dangereux, que s’il continuait à mélanger médicaments, drogue et alcool, il commettrait l’irréparable ? », a demandé M. Vanier, souhaitant obtenir des réponses de la ministre de la Justice, Sonia LeBel.

À l’époque, le Parti québécois ainsi que le député François Paradis, de la Coalition avenir Québec, avaient demandé au gouvernement libéral de déclencher une enquête publique du coroner à ce sujet.

La mère de Frédérick Gingras, qui a elle-même été agressée par son fils, avait confié à La Presse avoir demandé à plusieurs reprises qu’il soit interné, en vain. « Il devrait être en institution depuis longtemps, ce n’est pas normal de l’avoir laissé dehors », rageait-elle.

>>> Relisez l’entrevue avec la mère de Frédérick Gingras

« Film d’horreur »

Le carnage de Frédérick Gingras a commencé dans un appartement où un groupe d’amis faisait la fête. Il a tué James Jardin à bout portant en utilisant une arme appartenant à Samuel Labine. Puis, Gingras a dirigé l’arme vers M. Labine et a appuyé sur la détente, mais il n’y avait plus de cartouches.

Le meurtrier est sorti et a tiré sur Chantal Cyr avant de s’enfuir au volant de sa voiture, avec laquelle il a fait un accident.

Il a ensuite tiré un coup de feu à travers la porte-fenêtre de la maison d’Annie Baillargeon, qui se trouvait dans sa cuisine et s’en est sortie par miracle. La mère de famille a raconté, émue, comment elle s’était blessée en allant chercher ses deux filles dans leurs chambres pour les faire sortir, pendant que Gingras tirait partout dans la maison.

« C’était une scène sortie d’un film d’horreur », a-t-elle témoigné, en sanglots, derrière un écran l’empêchant de voir Frédérick Gingras dans le box des accusés.

Son arme rechargée, le forcené a ensuite sonné à la porte d’une autre maison avant de tirer un coup de feu à travers la porte. S’apprêtant à ouvrir, le propriétaire a été blessé à un pied. Gingras a tiré à nouveau, en tentant d’ouvrir la porte de force, mais la victime a réussi à faire dévier l’arme in extremis.

Au volant d’une autre voiture volée, Gingras a été arrêté après un accident sur la Rive-Sud, à la suite d’une poursuite policière.

La peine infligée au meurtrier sera connue cet après-midi.

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