Choc et inquiétude chez les musulmans de Montréal

«C’est une catastrophe, il n’y a pas d’autres mots», a lâché Ali Manwar, 24 ans, rencontré devant la mosquée Assuna-Annabawiyah, l’une des plus achalandées de la province, près du boulevard Jean-Talon, dans l’arrondissement Parc Extension.

Originaire du Maroc, M. Manwar rappelle que tous les humains «sont des frères et des soeurs» et qu’il ne sert à rien de s’en prendre à des innocents. Comme des dizaines de personnes croisées vendredi, il avait la mine basse et était ébranlé par la violence vécue en Nouvelle-Zélande.

«Les gens qui vont à la mosquée, ce sont des médecins, des professeurs, ce sont des gens de tous les jours, qui travaillent, qui paient des impôts, élèvent des enfants, dit-il. Je ne comprends pas que des gens puissent ne pas voir ça.»

Rencontré dans la salle de l’administration de la mosquée Assuna-Annabawiyah, Bouazza Mache, porte-parole du Conseil musulman de Montréal (CMM), lui veut plutôt parler du tueur que des victimes.

«Il a commis un acte lâche, il a tiré dans le dos des enfants, des femmes, des vieux qui priaient… C’est lâche, c’est atroce. Je n’ai pas de mots. Ce n’est pas qualifiable.»

Des policiers du SPVM étaient présents devant la mosquée vendredi, un geste que M. Mache apprécie. Du même souffle, il ajoute que cette mesure est liée à l’actualité, donc temporaire.

«J’ai discuté avec l’administration Plante ce matin. Je leur ai demandé s’ils avaient un plan pour protéger les lieux de cultes musulmans, et ils n’en ont pas. C’est laissé aux arrondissements. On a 80% de la population musulmane du Québec à Montréal, et il n’y a pas de plans pour sécuriser les lieux de cultes. Ce n’est pas normal.»

Peur à Québec

Des musulmans ont bravé la peur vendredi pour aller prier à la Grande Mosquée de Québec, encore sous le choc quelques heures après la tuerie en Nouvelle-Zélande.

Houlfat Mahouchiza, joueuse de basketball qui porte les couleurs du Rouge et Or, avoue qu’elle a eu peur avant de se rendre à la prière du midi.

«Honnêtement oui. Je me suis posé la question ce matin en me levant, a expliqué la jeune femme. Après les événements d’hier je me suis demandé : est-ce que je vais vraiment à la mosquée ?»

Le Service de police de Québec (SPVQ) a renforcé sa présence autour des mosquées de la capitale. Plusieurs fidèles ont noté les nombreuses similarités entre les deux attentats. D’autant que le principal suspect en Nouvelle-Zélande semble s’être réclamé d’Alexandre Bissonnette.

«J’ai vu la vidéo. Ça m’a rappelé ce qu’on a vécu ici. Il y a beaucoup de similitudes», a dit Aymen Derbali, qui se déplace en chaise roulante depuis l’attentat du 29 janvier 2017.

«Le plus difficile c’est (que le tueur de Christchurch) s’est inspiré de ce qui s’est fait ici. Il avait des idoles, avec leurs noms sur ses armes», a lancé M. Derbali, en référence au chargeur du suspect qui arborait le nom de Bissonnette.

Le survivant s’est montré très critique envers une déclaration de Bissonnette, qui s’est dissocié du carnage dans un communiqué envoyé par ses avocats. «Il se dit très affecté, mais on ne peut pas savoir s’il est sincère ou pas. Je ne pense pas. Je ne crois pas qu’il soit sincère», lance M. Derbali.

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