Conseil de sécurité: plus de 1 million pour mousser la candidature d’Ottawa

La gouverneure générale du Canada, Julie Payette, rencontre d’ailleurs aujourd’hui et demain à New York le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, ainsi que des ambassadeurs et représentants permanents afin de mettre en valeur « les contributions que le Canada apporte à plusieurs domaines de collaboration internationale ».

La Presse a appris que le Canada avait déboursé en date du 20 février dernier, 1,07 million (1 068 437 $) en coût opérationnel pour sa campagne. Le Parti conservateur et le NPD soutiennent que cette dépense est « une pure perte d’argent », se disant convaincus que les chances du Canada d’obtenir ce siège sont plutôt minces en raison des faux pas du gouvernement de Justin Trudeau sur la scène internationale au cours des derniers mois.

Mais l’ambassadeur du Canada aux Nations unies, Marc-André Blanchard, soutient au contraire que la campagne canadienne « va bien » même si la concurrence est féroce, ajoutant que « si la tendance se maintient, il est fort probable que le Canada sera membre du Conseil de sécurité en 2021 ».

Le Canada se mesure à deux pays européens, l’Irlande et la Norvège, qui convoitent aussi ce siège. Le vote parmi les 192 États membres de l’ONU se tiendra en juin 2020. Dans le passé, le Canada a toujours obtenu un siège non permanent au Conseil de sécurité au moins une fois tous les 10 ans depuis la création de l’ONU, sauf en 2010, quand le Portugal a damé le pion au Canada.

Le gouvernement Trudeau souhaite donc réussir là où a échoué l’ancien gouvernement conservateur de Stephen Harper, qui avait dépensé 1 million de dollars afin de soutenir la candidature du Canada en 2010.

« Le Canada a beaucoup à apporter au Conseil de sécurité. En ce moment, la voix du Canada sur la scène internationale est importante. Tous les pays du monde souhaitent siéger au Conseil de sécurité. C’est une compétition qui est extrêmement féroce. »

– Marc-André Blanchard en entrevue avec La Presse

Il a indiqué que les sommes engagées pour la campagne canadienne l’ont été « de façon parcimonieuse », faisant valoir qu’il s’agit d’un budget « à la fois raisonnable et empreint de prudence ». Les sommes ont servi jusqu’ici à organiser des rencontres, à fournir des services additionnels de communication et à faciliter la participation de certains pays à des événements organisés par le gouvernement canadien, par exemple.

« La campagne vise à présenter le Canada tel qu’il est. Oui, la politique étrangère est importante, mais ce qui est aussi important, ce sont les valeurs du Canada et des Canadiens, comme les actions que nous prenons au plan domestique. À titre d’exemple, une des choses qui impressionne beaucoup la communauté internationale et qui est un atout pour nous, c’est la diversité », a-t-il dit.

Bons et moins bons coups

M. Blanchard a affirmé que le Canada se distinguait actuellement dans la crise qui paralyse le Venezuela, en exerçant un leadership réfléchi au sein du Groupe de Lima qui appuie le président intérimaire autoproclamé Juan Guaidó et réclame le départ du président contesté Nicolás Maduro. « C’est un leadership qui est extrêmement remarqué par les États membres. Pour eux, c’est une occasion de voir comment le Canada se comporterait au Conseil de sécurité. »

Il a fait valoir que la volonté du Canada de lutter contre les changements climatiques est une carte importante dans cette campagne, tout en soulignant que le principal atout de la candidature canadienne demeure le premier ministre Justin Trudeau, qui est reconnu comme un leader « inspirant ».

Mais le Parti conservateur persiste à dire que la réputation du Canada sur la scène internationale a été durement touchée par les faux pas de Justin Trudeau en Inde, sans compter qu’il demeure des frictions entre le Canada et certains pays influents comme la Chine, entre autres.

« Les Canadiens donnent beaucoup d’argent pour une campagne politique à l’ONU, qui est minée par le premier ministre et ses gaffes en matière de politique étrangère un peu partout dans le monde. »

– Erin O’Toole, député conservateur

« De son voyage catastrophique en Inde à la diplomatie sur Twitter en passant par son absence à des rencontres, Justin Trudeau et les libéraux minent la réputation du Canada en tant que voix forte et fiable sur la scène mondiale », a indiqué Erin O’Toole.

Selon le député conservateur, les libéraux devraient « réduire leur budget et admettre qu’ils ont déjà gâché leurs chances d’avoir un siège au Conseil de sécurité ».

Pour sa part, la députée du NPD Hélène Laverdière a rappelé que plusieurs experts accordaient peu de chances au Canada. « Ce qui me décourage un peu, c’est aussi et surtout que j’ai peur que ce soit de l’argent dépensé en pure perte. Je ne suis pas la seule à le dire. Des experts le disent aussi, et ça m’étonnerait beaucoup que le Canada obtienne son siège, malheureusement. Il ne suffit pas de dépenser de l’argent pendant une campagne. Il faut aussi des actions concrètes », a-t-elle dit.

– Avec la collaboration de William Leclerc, La Presse

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