Coups et blessures dans des centres pour handicapés

SAINT-HYACINTHE | Crachats au visage, étranglements, morsures. La violence dans des milieux de vie pour adultes handicapés est préoccupante en Montérégie, selon un syndicat.

« Il y a une très grosse problématique de violence qui est urgente à régler », avance Isabelle Faucher, du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) local.

La représentante a mené une enquête cet automne dans quatre résidences pour adultes handicapés : à l’unité Saint-Charles et à la Maison Lily Butters de Saint-Hyacinthe, ainsi que dans les résidences Nielson et Pacific de Longueuil.

Mme Faucher rapporte de nombreuses agressions dans les derniers mois, comme des coups de poing et de pied ainsi que des morsures, sans en avoir le nombre exact. Il n’y a pas assez de personnel sur le plancher et les formations sont nettement insuffisantes, selon elle.

L’enquête interne, menée auprès d’environ 100 personnes, révèle que 60 % des assistants en réadaptation n’ont pas une formation adéquate pour immobiliser une personne au sol et que 90 % des travailleurs craignent au moins un usager dans leur milieu de travail.

Blessée au front par un usager, cette employée de deux résidences pour handicapés de Saint-Jean-sur-Richelieu a démissionné en octobre.

Photo courtoisie

Blessée au front par un usager, cette employée de deux résidences pour handicapés de Saint-Jean-sur-Richelieu a démissionné en octobre.

« Le monde ne reste pas »

« Pourquoi ils ont peur ? Parce qu’ils ne sont pas sécurisés et qu’ils manquent de formation adaptée. Ça prend plus de monde, mais le monde ne reste pas », poursuit Mme Faucher.

Elle raconte qu’un homme s’est carrément fait étrangler par un usager il y a un an et demi à l’unité Saint-Charles, qui héberge une vingtaine d’adultes avec des troubles de comportement graves.

« Le travailleur a eu à se défendre par lui-même pour pouvoir se sortir de là, parce qu’il se sentait partir », explique-t-elle.

La problématique ne se limite pas qu’aux centres étudiés. Une assistante en réadaptation qui a reçu des coups de poing au visage et au dos et qui s’est fait cracher au visage a quitté son emploi aux résidences Jauniaux et Dépelteaux à Saint-Jean-sur-Richelieu, en octobre.

« Je ne démissionne pas sur le coup de l’impulsivité […] mais bien parce que je ne suis plus en sécurité dans mon milieu de travail et que mon intégrité physique et psychologique est compromise chaque fois que je vais travailler », a-t-elle écrit dans sa lettre de démission.

Une autre employée de la Montérégie a été blessée par un usager qui lui a donné des coups de pied sur les cuisses et l’a tirée par les cheveux.

Photo courtoisie

Une autre employée de la Montérégie a été blessée par un usager qui lui a donné des coups de pied sur les cuisses et l’a tirée par les cheveux.

Comité et formations

« On ne nie pas qu’il y en a [de la violence]. Ça reste une clientèle complexe, ça reste des humains et il n’y a pas de risque zéro », dit Jade St-Jean, porte-parole du Centre intégré de santé et de service sociaux (CISSS) de la Montérégie-Ouest, à la tête des quatre centres étudiés dans l’enquête.

Elle rejette par ailleurs les accusations du syndicat qui affirme que l’employeur n’essaie pas de remédier à la situation. Un comité se réunit régulièrement pour discuter de santé et de sécurité au travail et il y a eu des formations récemment, selon Mme St-Jean.

« On ne peut pas dire que le CISSS Montérégie-Ouest ne fait rien dans cette situation-là », ajoute-t-elle.

La direction rencontrera les représentants syndicaux le 18 avril afin d’en discuter.

« Il aurait pu tuer mon fils »

Une mère de Vaudreuil-Dorion a sorti son fils de 28 ans d’une résidence pour déficients intellectuels avec troubles du comportement, après qu’il a été attaqué par un autre résident.

Le 10 mars, Marlène Laferté a reçu un appel de la résidence Paquette, à Saint-Sébastien en Montérégie. Son fils, Jean-François Lefebvre, était parti en ambulance après s’être fait frapper à la tête à plusieurs reprises. Il remontait de la salle de lavage quand il a croisé son agresseur dans les escaliers, qui s’est mis à le cogner.

« Rendu à l’hôpital, on m’a dit qu’il faisait une légère commotion cérébrale, et à partir de ce moment-là, je l’ai ramené chez moi. Jean-François n’était plus en sécurité là-bas », explique-t-elle.

Pas assez outillés

Son fils vivait à cet endroit depuis sept ans. Elle ne jette pas la pierre aux intervenants, qui n’étaient pas assez outillés pour intervenir, selon elle. Ils n’ont pas le droit d’immobiliser les usagers au sol et n’ont pas de salle d’isolement.

Les intervenants les ont séparés et ont appelé les secours.

M. Lefebvre a eu mal à la tête, a été déprimé et toujours fatigué durant une semaine, d’après sa mère.

Mme Laferté estime néanmoins qu’ils ont été chanceux.

« Il aurait pu tuer mon gars. Dans les escaliers comme ça, ça aurait pu être grave », dit-elle.

Elle s’occupe maintenant de son fils, qui ne peut pas rester seul à la maison. Elle se sent néanmoins rassurée, car sa confiance dans le réseau de la santé est bousillée.

Cette histoire ne surprend pas outre mesure Ian Robert du Syndicat canadien de la fonction publique local.

Il estime qu’il y a de plus en plus de blessures et qu’elles sont plus graves qu’avant, tant celles des usagers envers le personnel, que celles des usagers entre eux.

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