David Saint-Jacques goûte à l’espace

Ce matin, David Saint-Jacques plongera dans l’espace pour une première fois. Et il verra ce que bien peu d’humains ont eu la chance d’admirer avant lui : une planète bleue flottant dans l’immensité du ciel noir, quelque 400 km sous ses pieds.

L’astronaute canadien accomplira, avec sa collègue américaine Anne McClain, des opérations d’entretien à l’extérieur de la Station spatiale internationale (SSI). Les deux astronautes quitteront le sas vers 8 h 05, heure avancée de l’est, pour une sortie d’environ 6 h 30. Ils butineront d’une tâche à l’autre sur la structure où la gravité n’a pas d’emprise.

Au programme initialement prévu s’est ajoutée ces derniers jours une tâche supplémentaire : les deux astronautes déplaceront une plaque afin de libérer l’accès à une pile installée le 22 mars qui s’est avérée défectueuse. Un bras mécanique viendra compléter la besogne.

À part cet ajout, David Saint-Jacques et Anne McClain brancheront un câble fournissant une connexion sans fil à de nouveaux segments de la SSI. Ils établiront un circuit électrique pouvant offrir une alimentation de rechange au bras robotisé canadien (Canadarm2) en cas de coupure. Ils installeront aussi de l’équipement structurel pour l’ajout d’une future plateforme extérieure.

Leurs déplacements sur la charpente sont précisément planifiés, leurs manipulations sont minutieusement prédéterminées, mais le succès de l’opération reposera avant tout sur les épaules des astronautes.

M. Saint-Jacques anticipait d’ailleurs sa sortie extravéhiculaire dans une vidéo publiée sur le site Web du Globe and Mail vendredi dernier : « Vous êtes soudainement à l’intérieur de votre propre « bocal de poisson », et vous réalisez que vous devez être les yeux et les mains du centre de contrôle. C’est vrai de tout ce que nous faisons comme astronautes, mais lors d’une sortie spatiale, cette perception d’être un opérateur agissant au nom de la planète entière s’accentue. »

Le quatrième Canadien

La veille de sa première sortie spatiale, David Saint-Jacques était « très emballé » et se sentait « très bien préparé », rapportait dimanche Marie-André Malouin, chef aux relations médias à l’Agence spatiale canadienne.

Néanmoins, une pincée d’inconnu épicera la journée. « Les astronautes s’entraînent très longtemps pour des opérations comme celle-ci, mais lorsque c’est leur première sortie dans l’espace, on ne sait jamais comment ils vont réagir », expliquait Mme Malouin en entretien avec Le Devoir. Les combinaisons spatiales sont conçues pour permettre aux astronautes de résister à des températures oscillant entre -150 °C (à l’ombre) et 120 °C (au soleil), mais le corps des astronautes est néanmoins soumis à un choc. « Des fois, ils vont avoir les doigts gelés, et ça peut nuire aux tâches plus délicates », cite Mme Malouin en exemple.

Les astronautes s’entraînent très longtemps pour des opérations comme celle-ci, mais lorsque c’est leur première sortie dans l’espace, on ne sait jamais comment ils vont réagir

David Saint-Jacques, qui en sera aujourd’hui à sa 127e journée à bord de la SSI au cours d’une mission devant s’étaler jusqu’au 25 juin, deviendra le quatrième Canadien à participer à une sortie dans l’espace. Le premier à l’avoir fait était Chris Hadfield, en avril 2001, pour l’installation du bras canadien.

« Ce fut l’expérience la plus magnifique de toute ma vie, a plus tard raconté M. Hadfield. Seul, à bord d’un vaisseau individuel [la combinaison spatiale], en me tenant d’une seule main, avec la noirceur infinie de l’univers à ma gauche et le monde entier dans toute sa splendeur lumineuse à ma droite. »

Une retransmission vidéo de la sortie de David Saint-Jacques et d’Anne McClain sera diffusée sur la chaîne YouTube de l’Agence spatiale canadienne dès 6 h 30. L’astronaute canadien retraité Dave Williams commentera les opérations dans la retransmission. C’est lui qui, avec trois sorties totalisant 17 heures 43 minutes, détient le record canadien du plus de temps passé en sortie spatiale extravéhiculaire.

Changement de piles

La présente sortie est la troisième de l’équipage actuellement à bord de la SSI. Les deux premières ont eu lieu les 22 et 29 mars et visaient à remplacer les piles stockant l’énergie récoltée par les panneaux solaires.

Peu de temps après la sortie du 22 mars, des ingénieurs de la NASA sur Terre ont mesuré un voltage trop élevé aux bornes d’une des nouvelles piles. Celle-ci doit donc être retirée, et les deux anciennes unités qu’elle remplaçait seront réinstallées temporairement.

Les unités de piles ne pèsent presque rien dans l’environnement de microgravité, mais elles peuvent être encombrantes pour les astronautes (elles sont de la taille d’un réfrigérateur miniature). Elles sont donc déplacées grâce à un bras motorisé, et les astronautes sortent dans l’espace pour les brancher et les débrancher.

Après l’opération d’aujourd’hui, il faudra au moins quatre autres sorties pour terminer le remplacement des 48 piles nickel-hydrogène par 24 piles lithium-ion. Les sorties pourraient avoir lieu à la fin 2019 ou au début 2020.

Les nouvelles piles fonctionneront pendant au moins 10 ans, mais la NASA s’attend à ce qu’elles durent en fait 20 ans. Elles devraient donc permettre à la SSI d’emmagasiner l’énergie du soleil jusqu’à la fin de son mandat céleste. Il est prévu que la NASA abandonne la SSI en 2024, mais des élus américains tentent actuellement de prolonger son financement jusqu’en 2030.

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