De généreux frigos pour nourrir des élèves au ventre vide

TERREBONNE | Une enseignante préoccupée par la sous-alimentation de certains de ses élèves a mis à leur disposition deux réfrigérateurs de partage de nourriture dans deux écoles secondaires de Lanaudière.

« J’avais un élève qui me demandait souvent de lui donner une partie de ma collation entre deux périodes de cours, il était très insistant », a raconté Johanne Desnoyers, alors qu’elle enseignait il y a un an à l’école secondaire Armand-Corbeil à Terrebonne.

La femme de 47 ans a rapidement compris qu’il y avait quelque chose qui clochait dans cette situation.

Elle s’est alors demandé s’il s’agissait d’un cas isolé. Elle a obtenu une liste d’élèves qui avaient accès à un muffin le matin, par l’entremise du Club des petits déjeuners du Québec.

« Pour certains, ce muffin du matin était leur seul “repas” de la journée, déplore Mme Desnoyers, troublée par cette situation. J’enseignais devant ces jeunes-là et je me disais que ça n’avait pas de bon sens. »

La prof d’éthique et culture religieuse a donc pensé à implanter un réfrigérateur dans l’école afin que ceux qui ne voulaient pas de leurs restes de nourriture puissent les déposer à l’intérieur.

Frigo-généreux

Elle a acquis le premier « frigo-généreux » en mars 2018 grâce à la direction de l’école Armand-Corbeil, qui en possédait déjà un dans une salle de professeurs.

Mme Desnoyers devait aussi s’assurer de ne pas entrer en compétition avec la concession de la cafétéria et de respecter les règles d’hygiène de la commission scolaire.

« Ç’a démarré un peu lentement, mais aujourd’hui, des élèves préparent des sandwichs et la nourriture, a-t-elle ajouté, précisant qu’ils doivent notamment porter des gants et attacher leurs cheveux. On a aussi des ententes avec des commerçants alimentaires chez qui on va chercher de la nourriture. »

Transférée à l’école Des Rives de Terrebonne cette année, Mme Desnoyers a répété l’expérience dans cet établissement dès septembre.

« Ça roule au boute ! Il a fallu obtenir un autre frigidaire dans une salle à part pour avoir toujours de la nourriture en réserve », raconte la bonne samaritaine.

Il ne semble pas non plus y avoir des problèmes concernant les allergies alimentaires, car les élèves concernés savent ce qu’ils ne doivent pas manger, selon l’enseignante.

Pauvreté à Terrebonne

La coordonnatrice clinique à l’organisme communautaire Café de rue dans le Vieux-Terrebonne, Laurie Forest, n’est pas surprise d’entendre qu’il y a des enfants de la ville qui ne mangent pratiquement pas dans une journée.

« La pauvreté est beaucoup cachée à Terrebonne, on voit beaucoup plus l’aspect touristique », explique Mme Forest, qui dit « attirer » sa clientèle en situation d’exclusion sociale avec de la nourriture.

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