Déjà remercié d’un cégep pour gestes déplacés

L’enseignant de la Rive-Sud accusé mercredi de leurre et d’exploitation sexuelle avait été remercié il y a un an d’un cégep pour des gestes déplacés, mais la loi protégeant les renseignements personnels a empêché l’établissement d’en avertir l’école secondaire.

Il y a environ un an, le cégep Édouard-Montpetit, à Longueuil, mettait fin au contrat de Charles Fortin à la suite d’une enquête interne déclenchée par des plaintes d’étudiantes, a confirmé au Journal Mylène Godin, directrice des communications.

« C’était des comportements inappropriés, des propos et certains gestes déplacés. En position d’autorité, c’était inacceptable », précise-t-elle, ajoutant que Fortin était assistant-moniteur pour la troupe de théâtre.

Mercredi, l’enseignant de 39 ans a été arrêté par la police de Longueuil pour avoir entretenu une relation avec une adolescente d’âge mineur alors qu’il était en position d’autorité sur elle. La police croit qu’il pourrait avoir fait d’autres victimes et qualifie les gestes reprochés de « récents ».

Il enseignait la musique à l’école secondaire Antoine-Brossard depuis environ trois ans, selon nos informations.

Mme Godin soutient que si le cégep avait prévenu l’école de son enquête interne, elle se serait exposée à une poursuite pour diffamation ou atteinte à la réputation.

Déçue

Cette situation déçoit Maude Sicotte, la plaignante qui a dénoncé Charles Fortin à son cégep il y a un an. Le trentenaire lui a envoyé de nombreux messages sur Messenger, vantant notamment sa beauté et se disant fasciné par elle. Le Journal a consulté plusieurs de leurs échanges.

« Je me sentais obligée de répondre », soutient Mme Sicotte, puisque Fortin supervisait la comédie musicale dans laquelle elle jouait et qu’elle ne voulait pas « être bête ». Elle était mineure quand leurs échanges ont commencé, rapporte-t-elle.

Elle aurait cependant aimé que sa dénonciation puisse aider à protéger d’autres présumées victimes. Elle reconnaît que le caractère « ambigu » des échanges l’a longuement fait hésiter à porter plainte, n’y voyant rien de criminel.

Délicat

Le professeur de droit à l’Université de Sherbrooke, Finn Makela, reconnaît que le cas de Fortin est délicat. La loi empêche les employeurs à révéler à un tiers des informations relatives au dossier disciplinaire d’un travailleur sans son accord.

La protection de la vie privée est garantie par la Charte des droits et libertés.

Récemment, des associations étudiantes ont remis en question la protection de la vie privée, lorsque des professeurs sont visés par des plaintes, puisqu’elle empêche même les plaignantes de savoir si des sanctions ont été prises.

La Commission scolaire Marie-Victorin n’a pas voulu accorder d’entrevue à ce sujet.

– Avec Jonathan Tremblay

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