Des conseillers en vaccination pour outiller les parents

Mieux informer les parents sur la vaccination pourrait faire contrepoids à la multiplication des fausses nouvelles et aux inquiétudes sur le sujet, estime Québec, qui forme depuis plus d’un an des conseillers en vaccination dont le rôle est de les aider à faire des choix éclairés pour leur enfant.

«Quelle est votre opinion des vaccins ? » C’est la première question qu’Alexandra Sandu pose à la dizaine de parents qu’elle rencontre par jour, au lendemain de la naissance de leur enfant.

« Mon rôle, c’est surtout d’être à l’écoute des parents, d’écouter leurs besoins, leurs inquiétudes, de répondre à leurs questions, explique-t-elle. Le but n’est pas de les convaincre, mais de leur amener l’information dont ils ont besoin pour prendre une décision au sujet de la vaccination de leur nouveau-né. » Elle précise que cette rencontre d’une vingtaine de minutes se fait sur une base volontaire et que rien n’oblige les parents à y participer. « Mais c’est rare qu’on refuse de me rencontrer. »

Mme Sandu est depuis plus d’un an conseillère en vaccination au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), où elle occupe le poste à temps partiel avec deux autres conseillères. Elle fait partie des plus anciennes du métier, puisque le poste a été créé en novembre 2017 avec le programme EMMIE (Entretien motivationnel en maternité pour l’immunisation des enfants), mis en place par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec grâce à un financement du gouvernement fédéral.

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« EMMIE fait partie de l’une des mesures pour augmenter les couvertures vaccinales au Québec [et] repose sur une intervention éducative auprès des parents », explique-t-on au ministère, tout en rappelant que la gratuité des vaccins, la formation des vaccinateurs ou encore la vaccination en milieu scolaire jouent aussi un rôle important.

Actuellement, le programme est déployé dans 15 maternités et pas moins de 55 conseillers en vaccination ont déjà été formés « spécifiquement en entretien motivationnel et en vaccination ». D’ici 2021, le programme devrait s’implanter dans l’ensemble des 65 maternités de la province.

Informer plutôt qu’ordonner

« Dire à des parents “ne faites pas ci, faites ça” ne fonctionne pas. Il faut ouvrir la discussion avec eux, être dans un esprit de partenariat. C’est important qu’ils ne se sentent pas jugés sur leurs doutes ou leur manque de connaissances », indique Arnaud Gagneur, professeur en pédiatrie à l’Université de Sherbrooke qui est à l’origine du projet de recherche clinique transformé en programme ministériel.

Tout est parti d’une histoire clinique marquante, il y a une quinzaine d’années, lorsqu’il était médecin en France. « Je n’ai pas réussi à sauver un bébé de six mois qui avait la méningite et n’avait pas été vacciné. Quand j’ai demandé à sa mère pourquoi, elle m’a répondu qu’elle ne connaissait l’existence ni de la méningite ni d’un vaccin. Ce n’était pas une maman hésitante ou antivaccins, simplement une maman qui manquait d’informations », se souvient-il, encore chamboulé.

Il a donc développé une façon d’approcher les parents sans être dans la confrontation pour faire disparaître leurs hésitations et améliorer le taux de vaccination chez les jeunes enfants. Arrivé au Québec en 2008, il a testé sa méthode dans les maternités.

Et sa stratégie a porté ses fruits. Une première étude — nommée Promovac —, menée en Estrie en 2013, a démontré une amélioration de l’intention de vaccination des parents ayant reçu l’intervention en maternité de 15 %. De plus, les enfants dont les parents ont reçu l’intervention avaient 9 % plus de chances d’avoir une couverture vaccinale complète avant leurs deux ans.

Une deuxième étude menée en 2016 dans quatre établissements de santé, à Sherbrooke, à Québec et à Montréal, a présenté des résultats similaires ainsi qu’une réduction de l’hésitation des parents face à la vaccination de 40 %. Assez pour convaincre Québec de créer un programme ministériel.

Santé Canada s’intéresse d’ailleurs à cette approche « qui fait présentement l’objet d’examens pour une mise en application potentielle dans d’autres régions du Canada ». Des études de terrain dirigées par M. Gagneur viennent de prendre fin en Ontario, en Colombie-Britannique et en Nouvelle-Écosse. Le chercheur est actuellement en attente de financement pour mener l’expérience aux États-Unis, en Australie et dans plusieurs pays européens.

« Je ne prétends pas que ma méthode est la meilleure, mais je crois que ça peut aider les parents à ne pas croire tout ce qu’on leur raconte et ce qu’ils voient passer sur Internet », soutient-il.

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