Des professeurs pressent l’UdeM d’éliminer les écarts hommes-femmes

L’Université de Montréal ne prend aucune mesure concrète pour s’attaquer aux disparités de rémunération entre les hommes et les femmes, dénoncent plus de 270 professeurs de l’établissement montréalais. Ils interpellent le recteur pour qu’il s’engage à éliminer les iniquités.

Le travail des professeures de l’Université de Montréal (UdeM) est en « tous points équivalent à celui de leurs collègues ». Or, il semble qu’à l’instar de bien des universités canadiennes, les conditions de travail entre les hommes et les femmes ne s’y équivalent pas.

Cette iniquité va au-delà des salaires, dit Mélanie Laroche, professeure au département de relations industrielles, qui a fait de l’égalité entre les hommes et les femmes un de ses projets de recherche.

« Le système universitaire en est un de promotion et, sur tous les plans qui déterminent l’avancement en carrière, par exemple l’accès à des subventions et l’obtention de chaires de recherche, les femmes sont discriminées. »

– Mélanie Laroche, professeure à l’Université de Montréal

Selon les données présentées par le syndicat des professeurs de l’Université de Montréal dans le cadre des dernières négociations, conclues en mars, les hommes sont plus nombreux que les femmes à recevoir une prime (44 % des hommes et 30 % des femmes), et les primes versées aux hommes sont supérieures à celles des femmes.

Le syndicat de l’Université de Montréal avait mis l’égalité à l’ordre du jour des négociations, mais le sujet a finalement été exclu de l’entente finale.

La pétition n’est pas une initiative syndicale, dit le président sortant du Syndicat des professeurs et professeures de l’Université de Montréal. « Les membres ont accepté [la convention] à 66 %. Il y a des profs qui se sont levés en assemblée, qui ont dit : « On ne peut pas signer cette convention parce qu’on n’a pas obtenu l’égalité hommes-femmes. » Je m’attendais à ce que le vote soit contre, et ça n’a pas été le cas », dit Jean Portugais, qui assure que le dossier n’est pas clos pour autant.

Mais l’impatience se fait sentir chez des professeurs. « On ne veut pas attendre la prochaine négociation dans cinq ans pour ramener ces questions, dit Émilie Genin, elle aussi professeure en relations industrielles. On sent qu’il y a un momentum à l’UdeM, où on se préoccupe plus d’inclusion, d’équité et de diversité. Dans le discours, du moins, il y a une volonté de progresser. On aimerait que ça se traduise dans des actions. »

Appel à la transparence

Les signataires, qui sont plus de 450 si l’on inclut les diplômés de l’UdeM et les gens de l’extérieur, déplorent aussi le manque de transparence de l’université.

« On sait que les femmes vont gagner moins que les hommes en moyenne. Ce qu’on aimerait savoir, c’est pour la même année d’entrée en fonction, la même unité d’enseignement, est-ce qu’il y a des écarts injustifiés ? Comme on est conventionnés, les écarts s’expliquent par les primes, et beaucoup de primes sont extrêmement nébuleuses », explique Émilie Genin.

C’est le point de départ essentiel pour évaluer l’ampleur des disparités et y trouver des solutions, soutient la professeure.

« Toutes les recherches en gestion de la rémunération montrent que plus un système de rémunération est opaque et nébuleux, moins les gens savent quoi faire pour améliorer leur rémunération, plus les biais genrés vont entrer en ligne de compte. Une manière de rendre le système plus équitable, c’est la transparence », poursuit-elle.

Toutes deux souhaitent que l’Université de Montréal mène à bien un « réel travail » pour éliminer les disparités hommes-femmes.

« On a espoir que ça puisse rayonner plus largement. On sait très bien qu’on a de bonnes conditions de travail, mais il y a quand même une injustice, il y a de la discrimination, et si nous, on est capables de faire avancer ce dossier-là et documenter comment ça peut être fait, je pense que ça peut aider plusieurs autres milieux », conclut Mélanie Laroche.

L’UdeM ne fait pas « la même lecture » des données

L’écart salarial entre les hommes et les femmes est le « reflet de la pyramide démographique », dit Sophie Langlois, porte-parole de l’Université de Montréal.

« On n’est pas sur la même longueur d’onde par rapport à la lecture qu’il y a à faire des données qui existent. Il ne faut pas confondre un écart avec une iniquité », dit-elle.

Le fait qu’il y ait 60 % de professeurs à l’Université de Montréal est dû au fait qu’« autrefois », il y avait davantage d’hommes que de femmes à l’université, poursuit Sophie Langlois.

« Ces hommes sont rendus plus loin dans leur progression de carrière et ils sont plus susceptibles de recevoir une prime. »

– Sophie Langlois, porte-parole de l’Université de Montréal

S’il y a plus d’hommes que de femmes aux postes de professeurs des universités canadiennes, ce n’est pas en raison d’un « problème de pipeline », dit pour sa part Valérie Dufour, porte-parole de l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université (ACPPU).

« Ce n’est pas qu’il n’y a pas assez de candidats qui sont qualifiés pour avoir ces postes-là, c’est qu’ils ne sont pas promus, ils n’ont pas accès à ces postes, ils sont à contrats, leur situation est précaire », dit-elle, expliquant que cette réalité s’applique aussi aux candidats racialisés, autochtones ou issus des communautés LGBTQ.

L’Université de Montréal estime qu’elle fait mieux que les autres universités canadiennes en matière d’égalité hommes-femmes pour sa rémunération. « On travaille en amont pour donner des bourses dans certains domaines pour favoriser la progression des étudiantes, ou pour soutenir les candidatures féminines. Mais ça va prendre plus de temps avant que ces gens deviennent professeures », dit Sophie Langlois.

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Pour chaque dollar gagné par un homme, somme gagnée par une femme (pour un poste à temps plein dans une université canadienne)

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Pour chaque dollar gagné par un homme, somme gagnée par une femme racisée

Source : Association canadienne des professeures et professeurs d’université

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