Des souris contre le cancer

Une équipe montréalaise qui étudie le système immunitaire des souris a fait une percée importante donnant espoir de comprendre, guérir et surtout prévenir les cancers ou maladies auto-immunes chez l’humain.

« On a maintenant un modèle pour étudier la prédisposition aux maladies auto-immunes, la susceptibilité au cancer […] Nous pourrons mieux le comprendre, plus facilement », se réjouit l’immunologue Sylvie Lesage, de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Son équipe et elle sont les seules au Canada à avoir décortiqué le système immunitaire de 70 souches de souris. Le résultat de leurs recherches vient d’ailleurs d’être publié dans The Journal of Immunology.

Souris identiques

Depuis plus d’un siècle, les chercheurs de partout dans le monde n’étudiaient qu’environ huit souches de souris. Ces souches ont une génétique identique, comme des jumeaux.

Ce n’était pas un problème pour étudier des maladies génétiques, comme la fibrose kystique, explique la Dre Lesage.

« Seulement un gène est responsable de cette maladie. Mais pour l’obésité, le diabète de type 2, le Parkinson, et d’autres, ce sont juste de petites variations […] et c’est la somme des petites variations dans plusieurs gènes qui prédisposent à la maladie », dit-elle.

Comme le système immunitaire de chaque être humain est différent, l’étude de souches de souris identiques était inutile pour chercher comment notre corps peut se protéger d’infections ou de cancers. Les résultats n’auraient été valides que pour certaines personnes.

C’est pourquoi des chercheurs des États-Unis et de l’Australie ont commencé à croiser les souris entre elles, afin d’obtenir de nouvelles souches. Ils en ont créé plus de 200 en les laissant se reproduire sur 20 générations.

Une fois cette étape franchie, c’était au tour de la Dre Lesage et de l’étudiante Roxanne Collin d’entrer en scène. Elles se demandaient si les nouvelles souris auraient toutes le même système immunitaire, soit exactement le même nombre des différentes cellules composant les globules blancs dans le sang, ou non.

Comme chez l’humain

« On ne le savait pas au départ », souligne-t-elle. « Mais il y a une beaucoup plus grande variabilité chez les 70 souris et cela reproduit ce que l’on voit chez l’humain », poursuit la Dre Lesage, ce qui n’avait jamais été possible jusque-là.

Elles ont constaté que ces 70 souches de souris proposaient la même variété de systèmes immunitaires que l’ensemble des 7,5 milliards d’êtres humains.

En partant de souris en santé, mais avec des systèmes immunitaires différents, les chercheurs pourront tenter de déterminer quelles cellules présentes dans les globules blancs, et en quelle quantité, jouent un rôle dans le développement ou non de certaines maladies.

« Par exemple, si des gens ont un peu moins de certaines cellules, ça pourrait peut-être expliquer pourquoi ils sont plus exposés au cancer ou à certaines infections. Si quelqu’un a trop de certaines cellules, c’est peut-être ce qui explique pourquoi il développe des maladies auto-immunes », souligne l’immunologue.

« Maintenant qu’on a regardé comment [le système immunitaire] est composé, on veut voir comment il répond », résume-t-elle à propos de la prochaine étape.

L’utilisation de souris en recherche médicale est remise en question, selon Sylvie Lesage, mais elle estime que sa découverte prouve sa pertinence.

« On a besoin du modèle d’un mammifère pour des études nous aidant à comprendre les mécanismes biologiques. Les gènes ne sont pas très différents entre les souris et les humains », mentionne-t-elle.

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