Donald Trump selon Michael Cohen: «un raciste, un escroc, un tricheur»

Un « raciste », « escroc », « tricheur » aux liens suspects avec la Russie et prêt à payer une maîtresse supposée pour acheter son silence en pleine campagne électorale : même à l’aune d’une présidence qui déchaîne les passions, l’audition de l’ex-avocat personnel de Donald Trump, Michael Cohen, offrait mercredi un moment politique extraordinaire.

Les traits tirés, parfois tendu, mais le ton ferme quand il a reconnu les « erreurs » passées qui vont le mener en prison, Michael Cohen a livré d’intenses premières heures d’audition devant la commission d’enquête de la Chambre des représentants, à Washington.

Avocat personnel de Donald Trump, pour qui il se disait prêt à « prendre une balle », Michael Cohen, 52 ans, a dressé un portrait ravageur de l’homme d’affaires devenu 45e président des États-Unis, dans une audition retransmise en direct à la télévision.

Après une litanie d’accusations déjà potentiellement dévastatrices pour le président américain, Michael Cohen a en plus affirmé avoir connaissance d’autres actes répréhensibles ou illégaux impliquant Donald Trump dont il ne pouvait pas parler, car ils faisaient l’objet d’une enquête fédérale.

Donald Trump pourrait avoir suivi une partie de l’audition explosive à la télévision depuis le Vietnam, où il rencontre le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un pour leur deuxième sommet.

La Maison-Blanche s’attache depuis longtemps à saper la crédibilité de Michael Cohen, une « balance », selon les mots mêmes du président américain.

Radié du barreau, Michael Cohen a été condamné en décembre à trois ans de prison pour fraude fiscale, parjure et infraction au code électoral. Il sera incarcéré le 6 mai.

« Il ment afin de réduire sa peine de prison », a tweeté Donald Trump mercredi avant l’ouverture de l’audition.

Le dossier WikiLeaks

Devant la commission, Michael Cohen a détaillé les affaires privées du président américain et parlé de ses liens avec la Russie, qui auraient pu influencer l’élection du républicain en 2016.

Point potentiellement crucial, il a affirmé que M. Trump connaissait à l’avance les révélations de WikiLeaks sur sa rivale démocrate, Hillary Clinton.

Un procureur spécial, Robert Mueller, enquête sur des soupçons de collusion entre Moscou et l’équipe de campagne de Donald Trump. Michael Cohen a collaboré avec ces enquêteurs et ne peut donc faire aucun commentaire direct sur ces investigations.

« On s’est demandé si j’avais connaissance de preuves directes démontrant que M. Trump ou son équipe de campagne avait comploté avec la Russie. Je n’en ai pas. Je veux être clair. Mais j’ai des soupçons », a toutefois déclaré Michael Cohen.

Il a également expliqué comment il avait reçu pour instruction de son ex-patron de mentir sur un projet immobilier en Russie en pleine campagne présidentielle.

« Lors de conversations que nous avons eues durant la campagne, alors même que je négociais en Russie pour lui, il me regardait dans les yeux et me disait qu’il n’y avait aucun projet en Russie puis sortait et mentait aux Américains en répétant la même chose. »

« À sa façon, il me disait de mentir », a-t-il dit.

Trump, un « autocrate » en devenir, selon Cohen

Travailler pour Donald Trump, c’est être prêt à mentir « tous les jours » pour le protéger, a insisté Michael Cohen, dressant le portrait d’un « autocrate » en devenir, selon lui.

Exemple de ces mensonges et efforts de dissimulation : Michael Cohen dit avoir organisé le versement de 280 000 $ lors de la campagne présidentielle à deux femmes, l’ancienne actrice pornographique Stormy Daniels et la playmate Karen McDougal, pour acheter leur silence sur leurs liaisons supposées avec le milliardaire.

À l’appui, il a présenté une copie du chèque venant, selon lui, du compte personnel de M. Trump et que ce dernier a signé après être devenu président, en janvier 2017, pour lui rembourser le paiement à Stormy Daniels.

Ce point est potentiellement très gênant pour le président puisqu’il suggère qu’il pourrait avoir été associé à des actes répréhensibles — qui ont valu une condamnation à M. Cohen — une fois à la Maison-Blanche.

À propos du racisme, M. Cohen affirme que M. Trump « est bien pire » que ce qu’il a donné à voir. « Une fois, il m’a demandé si je pouvais nommer un pays dirigé par une personne noire qui ne soit pas un pays de merde [shithole]. À l’époque, Barack Obama était président des États-Unis. »

Réagissant aux déclarations préliminaires de M. Cohen, une parlementaire démocrate siégeant à la commission d’enquête, Jackie Speier, a avancé qu’elles pourraient offrir les fondements pour le « début d’une procédure de destitution [impeachment] » du président.

Les démocrates, désormais majoritaires à la Chambre face à un Sénat sous contrôle républicain, ont promis de lancer de nombreuses enquêtes parlementaires visant le président républicain.

Après une première audition, à huis clos, mardi devant une commission sénatoriale, Michael Cohen sera encore entendu jeudi par la commission du Renseignement de la Chambre, cette fois loin des caméras.

Contenu similaire