Élections fédérales: une percée verte au Québec en octobre?

L’élection partielle dans Outremont, où le Parti vert a gonflé ses appuis lundi, fait craindre au Nouveau Parti démocratique une nouvelle dynamique électorale au Québec. Et la chef des verts y voit justement déjà la confirmation que la vague orange de 2011 sera suivie d’une percée verte l’automne prochain.

Comme le laissaient présager les sondages, le NPD a perdu la circonscription d’Outremont, qui avait été laissée vacante par Thomas Mulcair. La candidate néodémocrate Julia Sánchez a récolté 26 % des voix, derrière la libérale Rachel Bendayan qui a reçu 40 % des votes. Ce qui a surpris cependant, ce sont les 12,5 % de voix récoltées par le Parti vert, qui est arrivé troisième.

 

Le lieutenant québécois du NPD, Alexandre Boulerice, ne cachait pas sa déception mardi. « Mais pour les gens qui nous rayaient de la carte au Québec en disant qu’on allait disparaître, un score de 26 % montre qu’on a été capables de s’enraciner dans certains endroits », a-t-il fait valoir.

Reste que le Parti vert a plus que triplé ses appuis (3,6 % en 2015, 12,5 % lundi soir), tandis que le NPD y a perdu 18 points de pourcentage (44 % en 2015, 26 % lundi soir).

« C’est vrai que, quand les gens se disent que leur priorité, c’est l’environnement, le premier réflexe est de voter pour le Parti vert », a expliqué Alexandre Boulerice. « Alors, est-ce qu’il y a un danger pour le NPD ? Oui, effectivement », a-t-il reconnu pour la première fois.

Ce risque de déplacement de l’électorat vers le Parti vert avait été évoqué au Devoir en novembre par d’anciens néodémocrates déçus du chef Jagmeet Singh et de sa performance dans les sondages. L’ancien élu Alain Giguère craint encore plus aujourd’hui que son parti ne se fasse dépasser par celui d’Elizabeth May, à la lumière des résultats de la partielle dans Outremont.

« Ça veut dire que le NPD risque de passer derrière le Parti vert. C’est un danger », a-t-il martelé mardi. « Déjà, dans les sondages, ils sont forts, dangereusement forts, par rapport au NPD. C’est un problème. »

Un sondage de la firme Angus Reid accordait mardi 14 % d’appuis au NPD au Québec et 10 % au Parti vert. Les libéraux et les conservateurs y sont au coude à coude, à 24 % tous les deux, suivis du Bloc québécois à 22 %. En juin, la même maison plaçait le NPD à 9 % et le Parti vert à 5 %.

La chef du Parti vert prédit que la vague orange est terminée. « Maintenant, nous attendons la vague verte », a lancé une Elizabeth May tout sourire. L’ex-député du NPD Jean Rousseau a rejoint son parti et d’autres anciens élus souhaitent en faire autant, selon la chef.

Alexandre Boulerice rétorque toutefois que le NPD saura offrir une plateforme ambitieuse en matière d’environnement cet automne, tout en formulant aussi — contrairement au Parti vert — d’autres promesses progressistes en matière de transport en commun, de logement abordable ou d’assurance-médicaments.

La fin de la vague orange ?

Mme May n’était cependant pas la seule à prédire un automne difficile pour le NPD. « Pendant longtemps on a parlé de la fameuse vague orange qui avait déferlé sur le Québec. Je pense qu’avec l’élection des libéraux hier, c’est la fin de la vague orange, et qu’on peut parler d’un ressac de la vague orange », a lancé la ministre du Tourisme, Mélanie Joly.

D’autres libéraux se sont montrés plus prudents. Le ministre des Transports, Marc Garneau, a noté que le candidat vert dans Outremont, Daniel Green, est bien connu puisqu’il a été candidat lors d’autres scrutins. Le taux de participation n’était en outre que de 21 % lundi.

 

Les libéraux ont remporté l’élection partielle dans Outremont, mais ils ont perdu huit ou neuf points de pourcentage et se sont classés seconds dans les deux autres scrutins de York-Simcoe (derrière le conservateur Scot Davidson) et Burnaby-Sud (derrière le chef du NPD Jagmeet Singh).

Les troupes de Justin Trudeau ont refusé de voir dans les résultats de lundi un effet du scandale SNC-Lavalin et des allégations d’influence exercée par le bureau du premier ministre sur Jody Wilson-Raybould.

« J’ai fait du porte-à-porte à Outremont. Il n’y a pas une seule personne qui m’en a parlé », a affirmé le ministre du Patrimoine, Pablo Rodriguez, à l’instar de ses collègues.

Le sondage d’Angus Reid laisse entendre cependant que les conservateurs ont dépassé les libéraux dans les intentions de vote, à 38 % contre 31 % respectivement. La marge d’erreur est de 3 points de pourcentage, 19 fois sur 20.

Les bloquistes sont arrivés quatrièmes dans Outremont avec 11 % des votes, contre 8 % en 2015. « Je vois qu’on fait des gains et qu’on est en train de monter, donc je trouve ça enthousiasmant », a déclaré le député Gabriel Ste-Marie, en reconnaissant que le Bloc n’y avait pas eu de grandes ambitions.

Les conservateurs divisés ?

Les trois élections partielles de lundi étaient en outre le premier test électoral de Maxime Bernier et de son nouveau Parti populaire du Canada. La formation a récolté 2 % des votes dans Outremont (322 voix) et 1,9 % des votes (314 voix) dans York-Simcoe, en Ontario.

En revanche, à Burnaby-Sud, la candidate de M. Bernier, Laura-Lynn Thompson — l’animatrice d’une émission à caractère religieux s’étant fait connaître pour son opposition à l’enseignement de la théorie des genres —, a obtenu 11 %. Un score qui a ravi Maxime Bernier, qui l’explique par une bonne organisation de terrain.

 

Quant aux autres résultats, M. Bernier préfère les analyser en répartissant le pourcentage de votes récoltés dans les trois circonscriptions, ce qui lui donne une moyenne de 5,6 %. « À peu près 5-6 % après cinq mois d’existence, ça veut dire quoi ? 1 % par mois ? On peut se rendre à l’élection avec un très beau score, a-t-il dit. L’avenir est très prometteur pour nous. »

Son ancien collègue conservateur Gérard Deltell a au contraire minimisé les résultats au Québec et en Ontario. Quant au résultat de 11 % obtenu par M. Bernier sur la côte ouest, M. Deltell a argué qu’il ne connaissait pas la province pour éviter de l’analyser. « Cela dit, ne comptez pas sur moi pour mésestimer quelque adversaire que ce soit, a-t-il ajouté. Tous les adversaires, on les prend au sérieux, sans exception. »

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