Fin de règne sous haute tension

Le règne du dernier chef de la mafia montréalaise s’est achevé dans un climat si explosif que les policiers lui ont même demandé de « calmer le jeu sur le terrain ».

C’est ce qu’on apprend dans les documents judiciaires de l’opération Magot, qui a fait éclater une alliance formée par la mafia, les Hells Angels et les gangs de rue pour se partager le marché de la drogue il y a trois ans.

Les interdits de publication qui touchaient les détails de cette enquête ont été levés après la condamnation du chef de gang Gregory Woolley à une peine de huit ans, vendredi.

Stefano Sollecito, qu’on voit ici en août 2017, a été averti par la police qu’un contrat de meurtre avait été passé sur lui.

Photo d’archives, Martin Alarie

Stefano Sollecito, qu’on voit ici en août 2017, a été averti par la police qu’un contrat de meurtre avait été passé sur lui.

L’alliance était minée par des dissensions au sein de la mafia, alors dirigée par Stefano Sollecito, qui avait succédé au parrain Vito Rizzuto, mort en 2013.

Des contrats

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Photo Martin Alarie

Leonardo Rizzuto
Accusé

Le 6 novembre 2015, l’Escouade régionale mixte de lutte au crime organisé appréhendait une flambée de violence en avertissant Sollecito et le fils du défunt parrain, Leonardo Rizzuto, qu’ils étaient visés par des contrats de meurtre de rivaux.

« La situation de violence devient tellement préoccupante […] que la police demande à M. Sollecito de calmer le jeu sur le terrain », a relaté le juge Daniel Bédard dans une décision portant sur cette affaire.

Sollecito et Rizzuto ont été appréhendés deux semaines plus tard.

Durant l’été 2015, les policiers avaient aussi enregistré à leur insu une réunion entre Woolley, Sollecito et Rizzuto. Le trio discutait de « problèmes de territoire » à Rivière-des-Prairies, de leur crainte d’être dénoncés à la police par des « taupes » et de la possibilité « d’éliminer certaines personnes », écrivait le juge Bédard.

La police avait également saisi une « liste noire » de noms de mafiosi dont la tête était mise à prix lors d’une perquisition chez des proches d’un gang de motards associé aux Hells, les Devils Ghosts.

Huile sur le feu

Deux autres crimes avaient jeté de l’huile sur le feu de ces tensions internes.

Le 29 septembre de cette même année, l’immeuble abritant les bureaux de l’ex-avocat du clan Rizzuto, Loris Cavaliere, a été la cible d’un cocktail Molotov, sur le boulevard Saint-Laurent. C’est là que Sollecito, Rizzuto et Woolley avaient été espionnés par la police un mois plus tôt.

Cette tentative d’incendie criminel coïncidait avec les funérailles de Claudio Marco Campellone, un jeune mafieux abattu en face de chez lui à Rivière-des-Prairies.

Campellone, le père de Stefano Sollecito, Rocco, et quatre autres mafiosi identifiés d’opérations de surveillance policière dans le projet Magot ont péri assassinés entre 2014 et 2018.

Stefano Sollecito et Leonardo Rizzuto ont finalement été libérés d’accusations de gangstérisme et de complot, en février dernier, parce qu’ils ont fait l’objet d’écoute électronique illégale dans les bureaux de l’avocat Cavaliere. Personne n’a officiellement succédé au premier à la tête de la mafia.


♦ Rizzuto est toujours accusé de possession illégale de cocaïne et de deux pistolets semi-automatiques trouvés chez lui lors de son arrestation. Son procès est prévu dans trois semaines.

Morts assassinés

Six mafieux observés lors d’opérations de filature durant le projet Magot ont été victimes de meurtre.

Tonino Callocchia

Le 1er décembre 2014, à Montréal

Claudio Marco Campellone

Le 18 septembre 2015, à Rivière-des-Prairies

Rocco Sollecito

Le 26 mai 2016, à Laval

Vincenzo Spagnolo

Le 15 octobre 2016, à Laval

Vincent Lamer

Le 3 novembre 2017, à Rivière-des-Prairies

Steve Ovadia

Le 27 juin 2018, à Laval

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