Gare historique abandonnée

L’ÉPIPHANIE | Une gare patrimoniale fédérale de la région de Lanaudière qui appartient au Canadien Pacifique se détériore dans l’indifférence depuis presque 30 ans.

Des hauts cris ont résonné en octobre dernier lorsque la maison Boileau à Chambly, une pièce du patrimoine témoin de l’histoire des patriotes, a été démolie. En revanche, la disparition se fait à petit feu et dans le silence quand le bâtiment se démolit par lui-même, faute d’entretien. Ça semble le cas à L’Épiphanie, où les seuls travaux réalisés sur l’ancienne gare patrimoniale servent à la… barricader.

Construite selon un plan architectural standard du Canadien Pacifique (CP) en 1923, qui comprend deux étages avec un bloc central où il y a un logement intégré pour l’opérateur, cette gare est le dernier exemple survivant de ce type de construction.

En théorie, ce modèle architectural (appelé plan numéro 9) jouit d’un statut de reconnaissance patrimoniale au niveau des gares canadiennes depuis 1992.

« Cette gare est protégée, mais elle tombe en ruine. Un bon coup de vent, une bonne tempête de verglas, et elle va tomber », se désole Claude Martel, historien-géographe et réalisateur d’une étude sur le patrimoine bâti de la région Lanaudière.

« Des maisons, si on en détruit, il en reste d’autres, dit-il. Mais pas des gares. »

L’inscription VIA Rail est encore visible sur le mur extérieur.

Photo collaboration spéciale, Simon Dessureault

L’inscription VIA Rail est encore visible sur le mur extérieur.

Complètement abandonnée

Plus aucun train de passagers ne s’arrête à cette gare désaffectée depuis le début des années 1990.

Entre 2002 et 2009, le conseil municipal de l’Épiphanie et des citoyens voulaient faire retaper le bâtiment et le déménager. Il n’était cependant pas transportable parce qu’il était trop « magané », selon Steve Plante, le maire de L’Épiphanie.

« Il n’y avait plus d’investissements sur cette gare dans les années 1970 et elle a été boudée au niveau de l’entretien », relate M. Plante.

Ce dernier présume aussi que le CP est plus ou moins intéressé à faire des investissements majeurs dans la gare, étant donné que la compagnie a vendu tous ses intérêts commerciaux dans la région, il y a 20 ans.

« On barricade la bâtisse quelques fois par année parce qu’il y a de longs délais pour que le propriétaire intervienne au niveau du bâtiment », déplore M. Plante.

Ce dernier pense d’ailleurs qu’il n’y a pratiquement plus rien à faire pour sauver cette bâtisse.

« La fondation est fissurée de partout et l’eau entre depuis le début des années 2000, ça fait beaucoup de dégâts, détaille le maire. Il y a de la vermine à l’intérieur et des jeunes ont fait des petits feux de camp dans des barils avec des matériaux de la bâtisse. »

Aucun projet

Salem Woodrow, porte-parole pour le Canadien Pacifique, confirme d’ailleurs que l’entreprise ferroviaire n’a aucun projet pour cette gare.

Selon l’historien Claude Martel, la majorité des anciennes gares conservées ont été converties pour une vocation communautaire.

« Pour garder sa pertinence historique et patrimoniale, la gare doit demeurer en bordure du chemin de fer, idéalement à son emplacement d’origine », explique M. Martel.

La gare de L’Épiphanie a déjà servi aux équipes d’entretien de la voie ferrée du CP.

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