Hydro-Québec: plusieurs employés exposés à une substance cancérigène

Des dizaines d’employés d’Hydro-Québec ont été exposés à une substance cancérigène, du béryllium, en raison d’une opération de décontamination inadéquate dans un ancien laboratoire de l’Institut de recherche en électricité (IREQ), à Varennes.  

Certains employés ont été exposés à des concentrations 20 fois supérieures aux normes québécoises dans les conduits d’aération de la salle en question, convertie en entrepôt depuis 2007. D’autres endroits, comme des surfaces de travail, dépassent légèrement le maximum indiqué.  

Cette salle de l’Institut de recherche en électricité, à Varennes, a été mise sous scellés après qu’Hydro-Québec a appris que des taux anormalement élevés de béryllium se trouvaient sur certaines surfaces.

Photo courtoisie, Hydro-Québec

Cette salle de l’Institut de recherche en électricité, à Varennes, a été mise sous scellés après qu’Hydro-Québec a appris que des taux anormalement élevés de béryllium se trouvaient sur certaines surfaces.

L’Agence QMI a appris qu’une enquête interne a été lancée après que la société d’État a reçu les résultats de ces tests. Le fait d’entrer en contact avec des concentrations élevées de béryllium peut entraîner des risques graves pour la santé. (voir plus bas)  

Hydro-Québec confirme avoir rencontré plus d’une centaine de ses employés, en janvier dernier, pour les informer de la situation. La procédure s’est limitée aux employés actifs, les retraités n’ayant pas été informés pour l’instant.  

Selon ce qu’une source près du dossier a confié à l’Agence QMI, une trentaine de salariés ont demandé à subir une analyse sanguine. Les résultats de 22 tests ont été communiqués, et aucun ne montre des signes de contamination.  

La médecin mandatée par Hydro pour suivre le dossier, Geneviève Ostiguy, s’est contentée d’indiquer que «les résultats préliminaires sont extrêmement rassurants».  

Elle a cependant ajouté qu’«on peut avoir un test négatif une journée qui peut se positiver au cours des années suivantes», même si cela est peu courant.  

Selon ce que sait la société d’État, aucun employé n’a développé de symptômes à la suite de l’exposition.  

Décontamination incertaine  

Hydro-Québec est pour le moment incapable de confirmer si la fameuse «salle blanche» a fait l’objet d’une décontamination en 2007 après avoir servi de laboratoire, mais assure que l’enquête interne permettra de le savoir.  

«Ce qu’on sait jusqu’à présent, c’est qu’un nettoyage a été fait, mais est-ce que ç’a été fait selon les normes pour que ce soit considéré décontaminé? C’est la question qu’on se pose», a indiqué la Dre Ostiguy.  

La société d’État assure par ailleurs tout mettre en œuvre pour épauler les travailleurs qui vivent avec l’angoisse d’avoir été affectés. Une vingtaine d’employés et de contractuels, comme des médecins, des infirmiers et des psychologues, travaillent activement sur le dossier.  

«On a vraiment pris la chose très au sérieux et on a fait des approches individuelles, mes collègues médecins et moi, comme expliquer les implications de passer le test sanguin, pour que les employés puissent prendre une décision éclairée», a expliqué la Dre Ostiguy.  

«Vous comprendrez qu’il y a une certaine anxiété chez les travailleurs qui attendent leurs résultats.»  

Situation «regrettable»  

Si l’entreprise refuse de présenter publiquement des excuses aux employés touchés, elle reconnaît que la situation est «regrettable».  

Pour sa part, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail confirme avoir été mise au courant de la situation chez Hydro-Québec, mais ne mène pas d’enquête parce que l’employeur démontre une rigueur et un professionnalisme dans les mesures prises jusqu’à maintenant.  

1992 à 2007   

  • La «salle blanche» est utilisée comme laboratoire pour la recherche sur les batteries. Le béryllium fait partie des substances employées dans les expérimentations.    

2007   

  • Il est incertain si le laboratoire a fait l’objet d’une décontamination, mais l’endroit est converti en salle d’entreposage.    

Octobre 2018    

  • Hydro-Québec envisage de convertir la «salle blanche» en bureaux. Des conseillers en prévention soulèvent que des produits potentiellement cancérigènes ont déjà été utilisés à cet endroit. Par mesure de précaution, la Société d’État demande que des tests soient effectués.    

Novembre 2018   

  • Hydro-Québec reçoit la confirmation que certaines surfaces, comme des conduits d’aération, ont des niveaux anormalement élevés de béryllium. La salle est aussitôt mise sous scellés, y compris certains locaux et couloirs adjacents.    

Janvier et février 2019   

  •  Des employés sont informés de la situation. Une trentaine d’entre eux, qui craignent pour leur santé, demandent que leur sang soit analysé.    

Mars 2019   

  • Certains employés reçoivent les résultats de leurs tests, qui semblent montrer qu’ils n’ont pas été affectés.    
  • Élément chimique de numéro atomique 4 du tableau périodique qui appartient à la famille des métaux alcalino-terreux.  
  • À température et pression normales, il est sous forme solide, mais peut cependant être en suspension dans l’air.    
  • Est cancérigène et peut provoquer des maladies pulmonaires telles que la bérylliose. Cette maladie se manifeste généralement par des problèmes respiratoires, mais certains autres symptômes sont plus généraux, comme de la fatigue, de la fièvre, des douleurs articulaires, une perte de poids ou des lésions cutanées. L’évolution de la maladie est très variable.  
  • Plus les concentrations sont fortes et plus les interactions sont répétées, plus le risque de développer une maladie est élevé.  

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