Instaurer plus de récréations est moins facile qu’on ne le pense

Sa présidente, Maryse Lassonde, comprend le gouvernement de vouloir offrir aux enfants plus de temps de détente dès l’automne prochain, mais elle identifie aussi plusieurs « contraintes » et « défis » pour les établissements concernés.

Elle a expédié un avis en ce sens au ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, dans le cadre des consultations sur le projet de règlement qui inscrit au régime pédagogique un temps minimum de récréations par jour.

En entrevue avec La Presse canadienne lundi, Mme Lassonde a prévenu que la répartition du temps de surveillance entre le personnel, les espaces insuffisants ainsi que le transport scolaire peu flexible font partie des contraintes avec lesquelles les écoles doivent composer.

L’ajout de minutes en surveillance pour les enseignants pourrait se traduire par une diminution du temps pour la réalisation de projets pédagogiques particuliers, ainsi que pour la récupération et l’encadrement des enfants. Les élèves plus vulnérables seraient davantage touchés, avertit-elle.

Étant donné les contraintes liées au transport des élèves, il est également probable que des milieux choisissent de retrancher du temps sur la période de dîner, selon le Conseil, qui s’inquiète des « répercussions majeures » qui pourraient découler d’une application trop restrictive du règlement.

D’ailleurs, l’application stricte de deux récréations de 20 minutes par jour « peut ne pas être possible dans certains milieux », indique-t-on. Dans d’autres situations, elle pourrait créer des conditions qui ne sont pas favorables aux enfants.

« C’est un casse-tête à l’heure actuelle, a déclaré Mme Lassonde en entretien. Tout le monde trouve ça bien comme principe, mais ça peut être un petit peu difficile de l’appliquer partout très, très, très vite. »

Répercussions financières

Par ailleurs, le Conseil ne souscrit pas tout à fait à l’opinion du ministre qui affirme que sa mesure n’entraînera aucun coût supplémentaire. Tout un chapitre est consacré aux « répercussions financières ».

Pour les plus petites écoles, puisque le temps de surveillance requis peut dépasser les minutes disponibles dans la tâche éducative des enseignants, « l’ajout de ressources non enseignantes pour assurer la surveillance sera nécessaire », peut-on lire dans le document.

Pour les écoles qui souhaiteront limiter l’impact sur la récupération et l’encadrement des enfants, les minutes ajoutées, assumées par d’autres membres du personnel, se traduiront par une augmentation de la masse salariale.

De plus, des changements d’horaire pourraient déboucher sur une révision des contrats avec les transporteurs et une hausse des coûts associés serait à prévoir.

Le Conseil recommande plus de souplesse dans l’application du règlement. Il invite le ministre à donner davantage de flexibilité aux écoles et à prévoir une évaluation des effets de l’application du règlement après deux années d’implantation.

Le ministre Roberge accueille l’avis du Conseil « avec ouverture » et en tiendra compte pour la suite des choses, a affirmé lundi son attaché de presse, Francis Bouchard.

Le 12 février dernier, à Lac-Beauport, Jean-François Roberge avait loué les bienfaits des récréations sur la santé des jeunes. Il s’était engagé à modifier le régime pédagogique pour y inscrire deux périodes de détente obligatoires d’au moins 20 minutes.

Actuellement, il n’existe aucune balise au Québec pour guider les écoles dans la gestion des récréations. Le régime pédagogique indique simplement que « l’élève de l’enseignement primaire bénéficie d’une période de détente le matin et l’après-midi ».

Selon un sondage réalisé en 2017 par la Coalition québécoise sur la problématique du poids et la Fédération des comités de parents du Québec, près de 40 % des écoles primaires offrent moins de 30 minutes de récréation par jour. Une école sur cinq n’offre aucune récréation à l’extérieur en après-midi.

Le Conseil supérieur de l’éducation est constitué de 22 membres nommés par le gouvernement. Il a été institué en 1964 en tant qu’organisme indépendant de consultation et de réflexion, et fait des recommandations au ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur sur toute question relative à l’éducation.

École à la maison : la CAQ dit être flexible

Le gouvernement caquiste rejette l’idée selon laquelle il pénalise tous les parents qui font l’école à la maison en adoptant de nouvelles règles.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, affirme au contraire donner aux parents « pas mal de flexibilité ».

C’est ainsi qu’il a répondu entre autres à l’Association juridique canadienne pour l’école-maison (HSLDA), qui lui a demandé la semaine dernière d’assouplir ou de retirer son projet de règlement.

Le règlement en ébauche oblige l’enseignement d’un contenu minimal en langues, mathématique, sciences et univers social, ainsi que la passation d’examens ministériels.

Il exige aussi que les quelque 5000 petits Québécois scolarisés à la maison se présentent à des rencontres dans le but de permettre un meilleur suivi.

À l’heure actuelle, les familles qui font l’école à la maison sont tenues d’enseigner certaines matières, comme le français, l’anglais et les mathématiques, mais peuvent choisir la manière dont elles le font. Les examens du ministère sont optionnels.

En renforçant la réglementation, le ministre Roberge cherche à empêcher l’utilisation de l’école à la maison comme « astuce » pour se soustraire à la Loi sur l’instruction publique. Selon lui, des parents prétendent faire l’école à la maison mais, en réalité, envoient leurs enfants dans une école religieuse, où ils ne suivent pas le programme de formation de l’école québécoise.

Mais selon la HSLDA, le gouvernement Legault pénalise l’ensemble des parents, car il élimine la flexibilité qu’ils recherchent lorsqu’ils choisissent de faire l’école à la maison.

« Personne n’est brimé d’aucune façon, a insisté le ministre lors d’une récente mêlée de presse à l’Assemblée nationale. Je pense que s’ils prennent bien conscience du projet de règlement qui est là, ils vont constater qu’on leur donne quand même pas mal de flexibilité.

« Il y a plus de flexibilité dans mon règlement que ce qu’il y avait il y a deux ans, avant qu’on modifie la loi », a-t-il déclaré.

« Avant, il fallait qu’il y ait dans l’école à la maison exactement ce qui se passait dans les écoles. Nous on offre davantage de flexibilité, on donne du temps jusqu’au premier examen ministériel, on leur permet de faire des cycles de deux ans d’apprentissage », a-t-il renchéri.

M. Roberge dit vouloir garantir le droit à l’éducation à tous les enfants du Québec, afin de s’assurer qu’ils puissent un jour décrocher un diplôme et prendre leur place dans la société québécoise.

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