Le caribou forestier demeurera sans protection

Même si le caribou forestier est considéré comme étant menacé de disparition depuis plus de 15 ans et que l’espèce poursuit son déclin, le gouvernement de François Legault a décidé de reporter à 2022 l’élaboration d’une « stratégie » pour éviter la disparition du cervidé en sol québécois.

Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, a dévoilé mercredi « les étapes visant à poursuivre les travaux devant mener au dépôt de la stratégie pour les caribous forestiers et montagnards », prévu pour dans trois ans.

« Je suis persuadé que nous trouverons ensemble le juste équilibre entre la protection de cette espèce et le maintien de la vitalité économique du Québec et de ses régions », a-t-il résumé, par voie de communiqué.

En vertu de la « vision » du gouvernement de la Coalition avenir Québec, il est en effet prévu que le ministre prenne acte des travaux qui ont déjà permis de déterminer « l’habitat préférentiel » des caribous, tout en promettant que cela soit « sans impact sur l’industrie forestière et ses travailleurs ».

Québec entamera donc un « processus de consultation » impliquant l’industrie forestière, mais aussi « les communautés autochtones concernées ». Le gouvernement promet aussi de tenir compte de la « tendance des populations » de cette espèce très vulnérable à la « perturbation » de son habitat, notamment en raison des coupes forestières ou de l’exploitation minière.

Finalement, le gouvernement Legault promet de présenter une « stratégie » pour tenter de freiner le déclin du caribou d’ici 2022. Un budget de 61,5 millions de dollars sur quatre ans a d’ailleurs été inscrit dans le premier budget caquiste, notamment pour la « gestion » des populations de caribous et pour « soutenir les entreprises qui pourraient être touchées » par les mesures de protection des cervidés.

Pourquoi attendre à 2022 pour présenter un plan pour éviter la disparition du caribou forestier au Québec ? Le cabinet du ministre Pierre Dufour n’avait pas répondu aux questions du Devoir au moment où ces lignes étaient écrites.

Délais supplémentaires

Pour la Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec), ces nouveaux délais sont inacceptables, « compte tenu de l’urgence d’agir pour la protection de cette espèce en péril et des nombreux rapports et plans déjà parus ». Selon l’organisme, la mise en oeuvre de la stratégie provinciale dans plus de quatre ans « paraît beaucoup trop tardive ».

« À une telle date, cela fera 20 ans que le caribou aura été désigné espèce menacée au Canada », a précisé son porte-parole, le biologiste Pier-Olivier Boudreault. Qui plus est, des coupes forestières sont actuellement prévues dans des secteurs désignés comme étant importants pour la survie du caribou.

Presque trois années ont passé depuis la publication du « plan d’action » provincial pour le caribou. Le ministre libéral de l’époque avait pourtant annoncé la livraison de la stratégie à long terme « dans les prochains mois, voire d’ici un an ou deux », lors d’une conférence de presse en avril 2016.

En 2017, Environnement Canada a d’ailleurs conclu sans détour que les provinces, dont le Québec, ont failli à leur devoir de protéger le caribou forestier. « La population globale de l’espèce continue son déclin à cause de l’augmentation des perturbations de son habitat », notait alors le gouvernement fédéral.

Quant au caribou « montagnard », sa situation est tout simplement critique. Le cheptel de Val-d’Or (que le gouvernement Couillard voulait déménager au Zoo de Saint-Félicien) dépasse à peine la dizaine de bêtes et celui de la Gaspésie se résume aujourd’hui à moins de 75 individus.

Soulagement

Le syndicat Unifor, qui représente des travailleurs de l’industrie forestière, a accueilli « avec soulagement » le report d’une stratégie de protection du caribou forestier.

« Globalement, nous sommes soulagés de constater l’angle adopté par ce gouvernement alors qu’on recherche un équilibre entre protection de l’espèce et économie », a commenté Renaud Gagné, directeur québécois du syndicat.

Le Conseil de l’industrie forestière du Québec a en outre un mandat de lobbying actif qui prévoit des « représentations afin que les mesures de protection du caribou forestier puissent se mettre en place en minimisant les impacts sur l’approvisionnement en bois des usines de transformation, notamment par la réalisation d’études d’impacts socio-économiques ».

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