Le fantôme du tramway hante encore Montréal

Disparu il y a 60 ans pour faire place à la voiture, le tramway de Montréal continue à hanter les automobilistes. Des sections des rails du défunt réseau de transports collectifs de la métropole apparaissent chaque printemps au fond des nids-de-poule.

Non, les Montréalais n’ont pas la berlue quand ils croient parfois apercevoir des rails au fond des nids-de-poule. Au-delà du fait de leur rappeler qu’un tramway a roulé pendant près de 100 ans dans les rues de Montréal, ces vestiges représentent un rappel à la Ville de Montréal du vieillissement de ses infrastructures.

« C’est un peu cocasse de les voir apparaître comme cela chaque printemps, mais ça ne cause pas de danger. C’est la pointe de l’iceberg de notre déficit d’entretien », résume Sylvain Ouellet, élu responsable des infrastructures et nostalgique avoué du tramway.

Rue Saint-Antoine, la prolifération des nids-de-poule vient souvent rappeler qu’un tramway y a circulé de 1861 à 1959. En février dernier, un trou dans la chaussée a révélé l’un de ces spécimens pendant quelques jours. Plus récemment, un autre segment a fait surface un peu plus loin.

Il faut dire que la rue Saint-Antoine était un point névralgique du réseau de tramway. Un important terminus se trouvait sur le terrain de l’actuel Palais des congrès, le terminus Craig, du nom de la rue à l’époque.

L’ancêtre de la Société de transport de Montréal a toutefois décidé, dans les années 50, de mettre au rancart ses tramways. « Ils n’ont pas la flexibilité des bus et plusieurs automobilistes les accusaient de bloquer la circulation au centre-ville », explique le transporteur montréalais.

Mais voilà, « ils voulaient enlever tellement rapidement le tramway qu’ils ne prenaient même pas le temps d’enlever les rails. Ils coulaient juste l’asphalte au-dessus », explique Sylvain Ouellet.

Aux quatre coins de la métropole

Le cas de la rue Saint-Antoine est ainsi loin d’être isolé. Des rails ont été vus dans plusieurs secteurs de la ville, car le réseau de tramways s’est étendu de Lachine à Montréal-Est et du Vieux-Montréal jusqu’à Ahuntsic. Sylvain Ouellet dit en voir pratiquement chaque année sur l’avenue du Parc, en face des bureaux de l’arrondissement de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension. La métropole s’attend également à trouver plusieurs vestiges lors du chantier de la rue Sainte-Catherine Ouest.

Ironiquement, cette pratique de laisser en place les rails du tramway s’est avérée salvatrice en quelques occasions alors que leur présence a permis d’éviter des effondrements de la chaussée. Il y a quelques années, un immense vide s’était créé sous la rue Sainte-Catherine et celle-ci aurait cédé, n’eût été la présence des rails.

Les nostalgiques du tramway feraient toutefois bien d’en profiter puisque Sylvain Ouellet anticipe que les vestiges du tramway deviendront de plus en plus rares. Montréal travaille à refaire les aqueducs et les égouts de ses rues et refait ainsi la fondation de ses rues. Les rails découverts sont ainsi systématiquement retirés et envoyés à la ferraille.

Parce que, non, Sylvain Ouellet le jure, ces rails ne font pas partie d’un plan secret de Montréal pour damer le pion à Québec, qui souhaite se doter d’un réseau moderne de tramway. « On aurait aimé ça, encore avoir un réseau de tramway, on en avait un très performant, mais malheureusement, il a été démantelé prématurément », dit l’élu.

Pour ceux que la vue des rails rend nostalgiques ou simplement curieux, Sylvain Ouellet suggère une visite au musée ferroviaire Saint-Constant, où est exposé un vieux tramway de Montréal encore fonctionnel.

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