Le jour de la marmotte péquiste

Le Parti québécois est devenu cette semaine le plus petit parti de l’Assemblée nationale. Le départ tonitruant de Catherine Fournier s’est fait en même temps que la direction du PQ annonçait un chantier de refondation… sur lequel la députée ne fonde aucun espoir. Parce que si le passé est garant de l’avenir, soutient-elle, le PQ ne changera pas. Explications.

Dans l’imaginaire péquiste, une citation de René Lévesque fait toujours son effet. Ainsi de celle utilisée par Catherine Fournier lundi au sujet des partis politiques : « Peu importe les chirurgies plastiques qui prétendent lui refaire une beauté, ce ne sera plus un jour qu’une vieillerie encombrant le paysage politique et empêchant l’avenir de percer. »

Derrière cette phrase se cache l’essentiel des constats dressés par la jeune députée de Marie-Victorin : au-delà des bonnes intentions de la démarche de refondation que souhaite mener le Parti québécois, le « nouveau véhicule » restera associé à un parti que les Québécois « n’écoutent plus ». Une formation dont le « passif colle à la peau », qui aurait notamment déçu sur les questions identitaires et environnementales.

« Il est trop tard, disait Catherine Fournier mercredi au Devoir. Le PQ aurait dû se renouveler bien avant. Il y a eu d’autres fenêtres, et malgré toutes les chirurgies plastiques, on a manqué le bateau. Les souverainistes sont maintenant trop dispersés et en raison de cela, le rassemblement devra se faire à l’extérieur. »

Le PQ a perdu son rôle fondateur d’être le regroupement des forces souverainistes

 

Les fenêtres dont elle parle jalonnent en effet le parcours péquiste des 15 dernières années. La défaite de 2003 avait par exemple mené à la « Saison des idées » et à la tournée des « Trois mousquetaires ». Les députés Stéphan Bergeron, Jonathan Valois (maintenant chef de cabinet dans le gouvernement Legault) et Alexandre Bourdeau avaient conclu en 2004 qu’aux yeux de nombreux jeunes, la souveraineté apparaissait « dépassée, désuète et vétuste ».

« Le rapport [des Mousquetaires] demandait notamment au PQ de prendre conscience du fait que le militantisme au sein d’un parti politique ne semblait pas répondre au type d’implication que désiraient les jeunes. Il invitait le parti à inclure des préoccupations fortes quant à la mondialisation, à l’environnement, au développement durable et à l’éducation au lieu de débattre sans relâche d’une mécanique référendaire abstraite. »

Osez — ou pas — repenser le PQ

Ce résumé, c’est Paul St-Pierre Plamondon qui le faisait dans son propre rapport, « Osez repenser le PQ », commandé par Jean-François Lisée et dévoilé en avril 2017. Chargé de consulter les moins de 40 ans pour connaître leur point de vue sur la manière de relancer le PQ, l’ancien candidat à la chefferie du parti avait lui aussi tiré des conclusions accablantes — non sans souligner que c’était là un peu « le jour de la marmotte ». Pour plusieurs, le PQ était devenu un « parti figé, conservateur et vieillissant », avait-il notamment observé. Plus de 150 recommandations de changements accompagnaient son rapport, notamment pour aider le PQ à s’ouvrir à la diversité.

« Ce rapport était vraiment intéressant, estime Catherine Fournier. Pour moi, c’est la vision qui aurait dû être mise en avant. On l’a rejetée, ce qui témoigne d’une culture d’organisation très statique. »

Mais entre Paul St-Pierre Plamondon et les Mousquetaires, bien d’autres ont aussi envoyé un message semblable au PQ. « Le Parti québécois doit avoir le courage de changer […], de revoir sa façon de gouverner et de repenser la manière dont il présente son option », écrivait en 2004 un certain François Legault.

En 2007, Jonathan Valois prévenait qu’à force de repousser le débat, le parti risquait de se retrouver dans une situation où « il sera peut-être trop tard pour faire [les] modifications » nécessaires à sa survie.

Peu avant l’élection de 2012, c’est Bernard Drainville qui sonnait l’alarme après avoir consulté les membres du parti. « L’avenir de ce parti-là […] est remis en question. On est très à risque. Le PQ pourrait disparaître ! »

Dans son livre Coup de barre, Pierre Céré écrivait en 2016 que le PQ « ne peut éviter de chercher à comprendre les raisons non seulement de la défaite [de 2014], mais de ce qui se passe depuis quelques années ». Lors de la course à la chefferie de 2015, il disait : « Notre parti a vieilli et il y a un seul enjeu dans cette course : c’est le PQ lui-même. Son avenir, ce qu’il va accepter d’être ou de ne pas être au cours des prochaines années. »

C’est autrement Jacques Parizeau qui avait probablement résumé le plus crûment les choses en comparant le PQ à un « champ de ruines ». C’était en 2014.

Un contexte inédit

On comprend de ces interventions qu’il y a longtemps que les canaris préviennent du danger qui guette la mine péquiste. « C’est vrai que pendant longtemps, on se posait des questions, on faisait des constats… mais au final, on comptait surtout sur un nouveau chef pour changer les choses », note le politologue Jean-Herman Guay (Université de Sherbrooke).

En 2003, M. Guay avait créé une commotion au Conseil national du PQ en avançant qu’il avait peut-être été le parti d’une seule génération, et que « les raisins de la colère » qui avaient nourri le projet indépendantiste avaient disparu. Depuis, dit-il, « il y a eu des efforts, mais qui n’ont jamais abouti à de vrais changements ». Comme si « le véhicule était devenu inamovible », ajoute M. Guay.

Auteur du livre Leadership et militantisme au Parti québécois, Éric Montigny (Université Laval) a pu constater de près que « la sonnette d’alarme sonne depuis longtemps ». Mais il n’exclut pas que l’exercice qui s’amorce donne d’autres résultats.

« Il y a deux différences majeures avec les autres tentatives, dit-il. D’abord, le choc brutal des élections du 1er octobre, qui fait en sorte qu’on ne craint plus seulement un recul parlementaire [comme dans le passé], mais une possible disparition. C’est beaucoup plus fort. Et on voit dans la littérature en science politique que ce genre de choc incite souvent les partis à des remises en question où on va tenter de revenir aux fondements du parti. »

« L’autre enjeu qui diffère, poursuit M. Montigny, c’est que le PQ a perdu son rôle fondateur d’être le regroupement des forces souverainistes. Catherine Fournier constate en ce sens quelque chose qui s’est produit graduellement, mais qui s’est manifesté clairement le 1er octobre » avec la percée de Québec solidaire.

Des « conditions gagnantes » à une réforme en profondeur sont ainsi peut-être réunies. « Tout sera sur la table, sauf le fait que nous sommes indépendantistes », disait mardi la présidente du parti, Gabrielle Lemieux. Mais justement, cette volonté d’axer la réflexion autour du socle souverainiste pourrait en elle-même — dès le départ — nuire au projet, suggèrent les deux politologues interrogés.

« Le thème même de la souveraineté est problématique aujourd’hui », juge Jean-Herman Guay. « La socialisation politique de la génération Z [ceux nés après 1995] s’est faite autour de la crise étudiante de 2012 et de la question environnementale », ajoute Éric Montigny. « Elle n’est pas dans les débats OUI-NON. » Sa conclusion ? « Ce ne sera pas simple… »

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