Le retrait canadien du Mali aura des répercussions

Au cours d’une conférence de presse multipartite, lundi à Ottawa, le député de Don Valley-Ouest, Rob Oliphant, a déploré que le Canada ne collabore pas d’une manière proportionnelle à son poids économique, même si le gouvernement Trudeau insiste pour assurer l’ONU de son appui.

« Les opérations de maintien de la paix du Canada sont dérisoires par rapport à celles offertes par de nombreux pays africains, a déclaré le coprésident de l’Association parlementaire Canada-Afrique. Quand on regarde ce que l’Éthiopie, le Kenya, le Ghana et le Rwanda apportent, on constate que le Canada ne fait pas sa part. »

Les répercussions du retrait canadien ont été décrites dans un rapport publié lundi par le comité permanent de la Chambre des communes sur la défense nationale. Les élus en avaient entendu parler lors d’une visite effectuée dans ce pays d’Afrique de l’Ouest en février.

Le Canada a déployé huit hélicoptères et 250 militaires au Mali. Leur mission est d’effectuer des évacuations d’urgence des Casques bleus et des travailleurs de l’ONU blessés. Ils doivent revenir au pays le 31 juillet.

Mais les Roumains, qui assureront la relève après le départ des Canadiens, n’arriveront pas au Mali avant la mi-octobre, créant ainsi un vide de plusieurs mois dans les rangs des Casques bleus.

L’ONU peut passer des contrats avec des sociétés privées pour obtenir des hélicoptères civils et du personnel navigant, mais, selon des représentants de la mission des Nations unies au Mali, cela représenterait « un coût démesuré pour l’ONU ». Ces appareils n’auraient pas non plus les capacités qu’offrent des hélicoptères militaires comme les Chinook et les Griffon du Canada.

« En effet, les hélicoptères et équipages militaires peuvent voler de nuit et, puisqu’ils sont armés et qu’ils utilisent des technologies et des équipements plus sophistiqués, ils peuvent intervenir dans des contextes plus risqués et dangereux que leurs homologues civils », écrit le comité.

« Le Comité a appris que les Nations unies allaient probablement restreindre leurs activités au Mali pendant la période d’attente entre le départ du Canada et l’arrivée de la Roumanie, et ce, dans le but de réduire les risques pour le personnel de l’ONU, ajoute-t-il. Le Comité a entendu qu’en l’absence d’une capacité aéromédicale, les troupes de l’ONU sur le terrain devraient réduire considérablement leur périmètre de patrouille, de même que les services qu’ils fournissent aux collectivités. »

Des mois de lobbyisme

À la fin du mois de février, l’ONU avait officiellement demandé, après des mois de lobbyisme discret, que le Canada prolonge sa mission au Mali jusqu’à la mi-octobre. La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a toutefois réitéré le refus du gouvernement canadien.

Le gouvernement s’est peu expliqué sur sa décision. Selon le comité, les cadres militaires canadiens ont insisté sur l’importance de rapatrier les hélicoptères Chinook et Griffon et leurs équipages en juillet 2019, « afin d’éviter une interruption des services au pays ». Le déploiement des appareils au Mali ralentit aussi la formation des équipages des Chinook au Canada, car les pilotes en mission au Mali sont aussi instructeurs. Les membres du Comité disent avoir également appris « que les hélicoptères devront être rapatriés pour un entretien et une mise à niveau logicielle ».

Les membres libéraux et conservateurs du comité ont recommandé au gouvernement de s’en tenir au calendrier initial et d’offrir « un appui logistique et de l’aide sous forme de transport aérien lourd au gouvernement de la Roumanie pour faciliter le déploiement du personnel et de l’équipement opérationnels au Mali et la transition ».

Le porte-parole du Nouveau Parti démocratique en matière de défense et un des vice-présidents du comité, Randall Garrison, préférerait une prolongation de la présence canadienne au Mali. Selon lui, l’armée sera capable de gérer ce déploiement. Le départ des Canadiens, ajoute-t-il, pourrait coûter des vies.

« Si nous parlions d’une prolongation d’un an ou deux ans, je pense que ces préoccupations pourraient être valables, a-t-il déclaré. Mais rien de ce que nous avons entendu sur le terrain n’a confirmé que de telles inquiétudes seraient un obstacle à la courte prolongation demandée par l’ONU. »

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