Les cicatrices laissées par Turcot

Vivre à côté d’un chantier, c’est vivre avec de la poussière, du bruit, du camionnage et de la congestion. Quand il s’agit de Turcot, ces irritants perdurent 24 h sur 24 depuis des années. Le démantèlement tire peut-être à sa fin, mais le calvaire des résidents du secteur est loin d’être terminé.

Lorsque j’ai rencontré Alexandra Mitchell au coin des rues Saint-Patrick et de L’Église, où les dernières structures de l’ancien échangeur sont en cours de démantèlement, je me suis sentie dans un film western. Il y avait de la poussière partout dans l’air et dans la rue.

Je me suis mise à tousser après 10 minutes et Alexandra a vite pris une « puff » de son inhalateur. Depuis qu’elle a vécu à côté du chantier Turcot, la jeune femme de 27 ans explique avoir développé un problème d’asthme. Une dizaine d’autres citoyens m’ont raconté comment le démantèlement et la reconstruction de la plus grande infrastructure routière au Québec ont bouleversé leur vie.

Une complexité monstre

C’est très complexe de gérer un chantier comme Turcot (qui englobe d’autres travaux tels que la reconstruction des échangeurs Angrignon, De La Vérendrye, Montréal-Ouest et les tronçons de l’A-15, l’A-20 et la 720).

Des opérations du chantier, dont le démantèlement par segment, impliquent que les seuils acceptables de bruit et de poussière dans l’air sont souvent dépassés et se répercutent à des kilomètres à la ronde. Par courriel, le ministère des Transports a admis qu’il est impossible d’éliminer toutes les nuisances, mais que beaucoup d’actions sont posées. Par exemple :

  • Abattage de la poussière avec des canons à eau
  • Installation de toiles acoustiques et de murs antibruit
  • Ajout de silencieux sur les équipements

Pas suffisant

« Je ne dis pas que le MTQ ne fait rien, mais clairement on pourrait faire plus », estime le maire du Sud-Ouest, Benoît Dorais.

Les élus municipaux se font constamment interpeller par la population.

« On est souvent impuissants, car ce projet dépasse notre juridiction et c’est très très frustrant », ajoute Craig Sauvé, conseiller de ville du secteur Saint-Henri. Par exemple, il lui arrive de devoir faire des dizaines d’appels juste pour changer le cycle d’un feu de circulation.

Le maire Dorais décrit depuis des années que la structure du nouvel échangeur enclavera davantage certains secteurs (dont Ville-Émard et Côte-Saint-Paul) en plus d’être peu adaptée au transport collectif et au transport actif.

Pour y remédier, M. Dorais a présenté un plan d’aménagement de 50 M$ l’an dernier qui vise à rendre les abords de Turcot plus sécuritaires, plus verts et plus connectés.

Que ce soit ce plan ou d’autres solutions, ce qui est certain, c’est qu’il faut investir du temps et de l’argent pour aider les citoyens pris avec Turcot à mieux vivre avec leurs cicatrices.

Le chantier Turcot en chiffres

Sur la rue De Roberval, dans Ville-Émard-Côte-Saint-Paul, des conteneurs ont été empilés pour tenter de réduire le bruit et de protéger les maisons durant le démantèlement.

Photo Agence QMI, Alexandre Legault-Déry

Sur la rue De Roberval, dans Ville-Émard-Côte-Saint-Paul, des conteneurs ont été empilés pour tenter de réduire le bruit et de protéger les maisons durant le démantèlement.

  • Chantier actif 7 jours sur 7, 24 heures sur 24
  • A débuté en 2011 et doit finir avant 2021
  • 97 % du démantèlement sera complété d’ici l’été
  • Projet de près de 4 milliards de dollars
  • 300 000 véhicules empruntent l’échangeur chaque jour
  • 145 km de voies à construire

Alexandra Mitchell

Photo Agence QMI, Alexandre Legault-Déry

♦ Résidente temporaire de Saint-Henri

♦ A été en contact avec beaucoup de poussière

♦ Dit s’être mise à tousser et à vomir au bout d’un mois

♦ A développé de l’asthme chronique

♦ Doit avoir des inhalateurs en tout temps

♦ Inquiète des impacts à long terme sur sa santé

♦ Vit maintenant en dehors de l’île de Montréal


Jonathan Aspireault-Massé

Photo courtoisie, Manu Chataigner

♦ Résident de Saint-Henri depuis 20 ans

♦ Subit la poussière et le bruit depuis cinq ans

♦ Père de deux filles qui font de l’asthme

♦ Il déplore l’effritement de la vie de quartier

♦ Se dit très affecté par la circulation de transit

♦ Les détours locaux rendent le quotidien invivable

♦ Songe à déménager même s’il aime sa maison


Shannon Franssen

Photo Agence QMI, Alexandre Legault-Déry

♦ Travaille depuis huit ans pour l’organisme Solidarité Saint-Henri

♦ Milite pour une gestion plus humaine du chantier

♦ Dit que la qualité de l’air et les niveaux sonores sont inacceptables

♦ Le camionnage excessif nuit à la sécurité du quartier

♦ Affirme que le MTQ n’a jamais écouté les citoyens

♦ Estime que les élus municipaux ont baissé les bras

♦ Le « nouveau » Turcot va isoler encore plus certains secteurs selon elle

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