Les Québécois derrière Legault

Le gouvernement Legault a déposé son projet de loi sur la laïcité, avec en poche un sondage démontrant qu’une majorité de la population est favorable à l’interdiction des signes religieux chez les employés de l’État en position d’autorité. Les Québécois souhaitent même que la CAQ aille plus loin.

Le gouvernement caquiste reconnaît un droit acquis aux travailleurs qui affichent actuellement leur conviction religieuse. Or, une majorité de citoyens veut que l’État bannisse les signes religieux aussi chez les employés actuels.

Selon un sondage Léger réalisé du 22 au 26 mars pour le compte de la CAQ, 55 % des Québécois désapprouvent l’idée d’inclure une « clause grand-père » pour les personnes qui portent déjà un signe religieux.

Les nouveaux enseignants et directeurs d’école du réseau public, policiers, gardiens de prison, agents de la faune, avocats du gouvernement, juges, de même que les prochains présidents et vice-présidents de l’Assemblée nationale ne pourront plus arborer un signe religieux, a annoncé hier le ministre Simon Jolin-Barrette.

Le dévoilement du projet de laïcité a semé la consternation dans le réseau de l’éducation et provoqué l’ire de la classe politique fédérale. Le premier ministre Justin Trudeau a même condamné ce qu’il qualifie de « discrimination basée sur la religion ».

Mais le gouvernement caquiste peut compter sur l’appui de deux Québécois sur trois pour interdire les signes religieux aux employés de l’État en position d’autorité.

Notons néanmoins un important clivage entre francophones et non-francophones à ce sujet ; 74 % de ceux qui s’expriment dans la langue de Molière y sont favorables. Chez les citoyens parlant une autre langue, cette proportion chute à 43 %.

Éducatrices en garderie

Aussi, une part importante de Québécois jugent qu’il est tout à fait légitime de bannir les signes religieux chez les enseignants puisqu’ils « représentent des personnes en autorité » auprès des enfants.

Plus encore, une majorité de citoyens (67 %) croit qu’il faut étendre cette interdiction aux éducatrices en garderie, révèle le coup de sonde, dont Le Journal a obtenu copie.

Le gouvernement de François Legault ne va pas jusque-là dans son texte de loi, prétextant que la fréquentation des CPE et des services de garde en milieu scolaire n’est pas obligatoire. C’est néanmoins une des demandes du Parti québécois, qui a manifesté de l’ouverture à appuyer le projet de loi de la CAQ.

Le ministre Jolin-Barrette réaffirme également le principe du visage découvert lors de la prestation ou de la réception d’un service de l’État. Les Québécois sont quasi unanimes (90 %) à réclamer que les services publics soient donnés et reçus à visage découvert.

Clause dérogatoire

Le ministre Simon Jolin-Barrette a blindé son texte de loi contre les contestations judiciaires en y incluant la clause dérogatoire.

Le recours à cette arme judiciaire suprême, qui permet à un gouvernement d’adopter une loi même si elle brime certains droits fondamentaux reconnus par la Charte des droits et libertés, ne pose pas de problème aux yeux d’une majorité de Québécois ; 60 % des personnes sondées y sont favorables.

POUR OU CONTRE

Le gouvernement de la CAQ de François Legault désire déposer un projet de loi interdisant les signes religieux dans certaines catégories d’emplois. Êtes-vous en faveur, ou opposé, à l’interdiction des signes religieux pour les emplois suivants…

Juge et procureur

  • 74 % EN FAVEUR
  • 21 % OPPOSÉ

Gardien(ne) de prison et policier(ère)

  • 74 % EN FAVEUR
  • 21 % OPPOSÉ

Enseignant(e) et directeur(trice) du primaire et du secondaire à l’école publique

  • 69 % EN FAVEUR
  • 27 % OPPOSÉ

Éducateur(trice) en garderie

  • 67 % EN FAVEUR
  • 28 % OPPOSÉ

CLAUSE NONOBSTANT

[…] Êtes-vous favorable, ou défavorable, au recours à la clause nonobstant (ce qui aurait pour effet d’empêcher certaines contestations devant les tribunaux) dès l’adoption du projet de loi ?

  • 60 % FAVORABLE
  • 24 % DÉFAVORABLE

DROIT ACQUIS

Êtes-vous en accord ou en désaccord avec l’énoncé suivant : il serait souhaitable que le gouvernement accorde un droit acquis aux personnes qui portent déjà un signe religieux.

  • EN ACCORD 35 %
  • EN DÉSACCORD 55 %

MÉTHODOLOGIE

Le sondage web de la firme Léger a été réalisé du 22 au 26 mars pour le compte de la CAQ auprès de 1015 Québécois de 18 ans ou plus. À titre comparatif, un échantillon probabiliste de 1015 répondants comporterait une marge d’erreur globale de plus ou moins 3,08 % 19 fois sur 20.

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