L’inondation historique d’avril 1886

Debout sur son radeau, cet homme est témoin de la pire inondation de l’histoire de Montréal. Le samedi 17 avril 1886, un embâcle de glaces entre Hochelaga et Longueuil fait grimper le niveau de l’eau de quatre à six pieds (120 à 183 cm) dans le Vieux-Montréal, Pointe-Saint-Charles et Griffintown, de même qu’à La Prairie et Saint-Lambert. Selon La Patrie, 20 000 familles montréalaises sont affectées par la montée des eaux. Les égouts débordent. Les pompes ne suffisent plus. Avant de quitter leur demeure inondée, les résidents montent en panique leurs possessions à l’étage. Les bateliers improvisés font fortune, arrachant des pans de trottoirs en bois pour en faire des embarcations, où les sinistrés s’entassent dangereusement. Alors que la menace de famine et d’épidémie plane, un policier en canot sur la rue William entrevoit, sur la table d’une cuisine immergée, deux rats et un chat mangeant tranquillement les restants d’un repas. Comme quoi le malheur des uns fait le bonheur des autres !

Alors que l’eau s’étend à l’ouest du square Victoria, les ouvriers de la fabrique de courroies de cuir et de gréement de moulin de James Leslie doivent arrêter leurs activités comme dans nombre de manufactures, commerces et gares de train. L’eau s’infiltre dans les caves, gâtant les marchandises et éteignant les chaudières des machines à vapeur, au grand dam des patrons et des travailleurs qui se retrouvent sans revenu ni salaire. L’eau s’introduisant dans les tuyaux de gaz et court-circuitant l’appareillage de la centrale électrique, une partie de la ville est plongée dans l’obscurité. Voyant leurs ateliers inondés, les journaux anglophones sont forcés de faire imprimer chez leurs compétiteurs francophones. Alors que l’embâcle cède enfin le 21 avril, le conseiller Jeannotte propose de supprimer l’île Ronde, sujette à l’entassement des glaces. Grâce à la construction de digues, canaux, jetées de protection et de stations de pompage, la gravité des inondations décline nettement au début du 20e siècle.

Photo courtoisie, BAnQ, Charles E.H. Lionais, « Cadastral Plans, City of Montreal, St. Antoine Ward », [ca 1874], feuille 2, planche 11. 337579_11.

Malgré les dangers des nids-de-poule dissimulés sous l’eau et de collisions avec les radeaux, ces voitures hippomobiles roulent à grand train sur Saint-Antoine vers la jonction avec la rue Craig. Bien visibles sur le plan de Charles Lionais de 1874, les deux rues se joignaient à l’emplacement de la fabrique de James Leslie pour ensuite bifurquer vers le sud et terminer leur parcours à la rue Bonaventure. À la démolition des fortifications en 1817, la rue Craig est aménagée en direction est suivant le ruisseau Saint-Martin, canalisé puis transformé en égout en 1843. Quant à Saint-Antoine, elle menait vers l’ouest au faubourg du même nom. Si cette jonction est toujours visible sur les cartes de la fin des années 1940, elle disparaît pour laisser place à la construction de la tour de la Bourse, mais aussi aux tunnels du métro et de l’autoroute Ville-Marie. Le toponyme Craig est remplacé en 1976 par Saint-Antoine, suivant un mouvement de francisation du nom des rues.

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