Meurtre dans Ahuntsic-Cartierville: l’accusé a de graves antécédents

Le jeune homme de 23 ans accusé d’avoir tué sa conjointe, mardi soir à Montréal, a beaucoup d’antécédents criminels de violence malgré son jeune âge. Il y a deux ans et demi, il a été impliqué dans une sordide affaire d’agression sexuelle qui a fait dire à une procureure qu’il représentait « un danger pour la société ».

Le matin du 23 septembre 2016, un peu avant 6h, des automobilistes qui roulent dans la rue Sauvé, près du boulevard Saint-Laurent, croient avoir la berlue.

Un jeune homme nu, recouvert d’un drap, ensanglanté de la tête aux pieds, le visage tuméfié, les yeux bouffis et fermés à cause des coups, tente de les intercepter, cherchant désespérément de l’aide.

Durant la nuit, le jeune homme a vécu un enfer dont il gardera des séquelles : il a été battu à répétition à coups de tringles à rideaux et tailladé de coups de couteau. Un individu l’a forcé à lui faire une fellation et a tenté de le sodomiser.

Ce jeune homme a été victime d’un trio parmi lequel se trouvait Ali Mahamat Mahadi, 23 ans, accusé hier du meurtre de Noémie Lavoie, commis mardi soir dans un appartement de l’allée Sauriol, dans le secteur Ahuntsic-Cartierville.

La Presse a écouté une partie des procédures liées à l’agression sordide d’il y a deux ans, hier, dont le témoignage d’une enquêteuse des Crimes majeurs du Service de police de la Ville de Montréal.

En septembre 2016, Mahadi et Noémie Lavoie, qui formaient un couple tout neuf, ont quitté le Saguenay en voiture. À L’Étape, ils ont pris en autostop la victime, un jeune homme de 19 ans qui allait visiter sa soeur à Québec. Mais en chemin, le trio a fraternisé et le couple a convaincu son passager de passer quelques jours avec lui, dans son nouveau logement de la rue Sauvé, à Montréal.

Le soir du 22 septembre, le couple est allé chercher à Laval un ami qui s’est joint à la fête. L’alcool a coulé à flots et la soirée a dégénéré. L’autostoppeur a d’abord été frappé sans raison, déshabillé, ligoté aux mains et aux pieds, puis agressé sexuellement. Il a dû son salut à sa fuite en courant par la porte de devant, durant un moment d’inattention de l’un des agresseurs. La suite est racontée plus haut. 

Criminalité précoce

Noémie Lavoie a été condamnée à 105 jours de détention préventive pour complicité après le fait dans cette affaire. Son conjoint, Ali Mahamat Mahadi, a été déclaré coupable d’agression armée, voies de fait graves et complicité après le fait, et condamné à 24 mois de prison en novembre 2017.

Selon des documents judiciaires et des témoignages entendus, Mahadi est arrivé du Tchad au Canada alors qu’il avait environ 12 ans. En 2016, à l’âge de 20 ans, il avait déjà 27 antécédents judiciaires, en matière d’agression armée, de vol qualifié, de port d’arme dans un dessein dangereux, de possession de stupéfiants et d’introduction avec effraction notamment.

« Avez-vous un problème de gestion de la colère ? », lui a demandé la procureure, Me France Duhamel. 

« Je suis jeune », a répondu l’accusé.

À 12 reprises, Mahadi aurait échappé à sa garde légale. Il a admis un problème de drogue et d’alcool, et est allé en thérapie à au moins une reprise au Centre Dollard-Cormier.

Dans l’affaire du jeune autostoppeur battu et violé en septembre 2016, il aurait fait disparaître les traces et lavé le logement. Son sang-froid et la violence de ses antécédents ont fait tenir à la procureure Duhamel des propos que l’on pourrait presque qualifier aujourd’hui de prémonitoires.

« C’est un danger pour la société, cet individu-là », a-t-elle dit.

Poignardée au cou

Vers 21h10 mardi soir, Mahadi attendait les policiers dans le logement du couple, allée Sauriol, lorsque les patrouilleurs s’y sont présentés, répondant à un appel pour une dispute.

Sur place, ils ont trouvé sa conjointe, Noémie Lavoie, au sol, inanimée. Les techniciens paramédicaux ont tenté des manoeuvres de réanimation, en vain, et un médecin a constaté le décès sur place. Selon nos informations, la victime de 24 ans aurait été égorgée ou poignardée au cou. 

« La police m’a juste dit qu’une femme avait été tuée, et qu’ils ont trouvé le gars resté silencieux sur le divan », affirme Zein, un adolescent qui vit là avec sa famille depuis près de 10 mois. 

Sur place, nul ne semble bien connaître le suspect, la victime, ou même les locataires de l’appartement où s’est produit le crime.

Entre les locataires, les liens d’amitié semblent rares. « On fait chacun notre affaire, on ne connaît pas les autres », a indiqué Mme Jabbour, qui vit à quelques mètres du lieu du crime.

Mahadi a été arrêté et accusé de meurtre au deuxième degré, hier, au palais de justice de Montréal. 

Vêtu d’un kangourou gris, il est resté impassible. Son avocat a demandé qu’il soit vu à l’infirmerie de la prison. Il doit retourner en cour le 4 mars. 

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse

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