Michael Cohen fait tomber de nouvelles tuiles sur Donald Trump

Confidences et conséquences. Le témoignage sulfureux de l’ancien bras droit et ex-avocat personnel de Donald Trump, Michael Cohen, livré mercredi devant le Congrès, a donné du carburant aux poursuites et tourments juridiques qui empoisonnent la présidence américaine depuis deux ans, estiment plusieurs experts. Selon eux, les déclarations de l’avocat repenti viennent renforcer les soupçons sur l’implication directe ou indirecte de l’actuel occupant de la Maison-Blanche dans de la fraude électorale, de l’obstruction à la justice tout comme dans les tentatives de manipulation de la dernière campagne électorale.

C’est un portrait sombre de Donald Trump que Michael Cohen a dressé pendant plusieurs heures devant la Commission de contrôle de la Chambre des représentants, le qualifiant sans détour de « raciste », « d’escroc » et de « tricheur » après avoir rappelé sa fidélité passée envers cet homme pour qui il a travaillé pendant près « d’une décennie » entre 2007 et 2018. Un homme qui a le « potentiel de coopérer avec un pouvoir étranger afin de remporter une élection à tout prix », a-t-il admis en répondant simplement « oui » à la question posée en ces termes par la démocrate Debbie Wasserman Schultz.

La représentante de la Floride était à la tête du Comité national démocrate en 2016 lorsque WikiLeaks a dévoilé une série de courriels piratés sur les serveurs démocrates, avec la complicité de pirates informatiques russes. La manoeuvre visait à déstabiliser la campagne d’Hillary Clinton.

Tout en refusant de parler de « collusion » entre Donald Trump et les Russes, Michael Cohen a expliqué dans sa déclaration d’ouverture que Donald Trump était au courant de cette fuite pour en avoir été informé au téléphone par son conseiller, Roger Stone, un intrigant qui oeuvre dans les coulisses du pouvoir à Washington depuis les années Nixon. Cohen était dans le bureau du milliardaire lorsque la scène s’est jouée. « M. Trump a mis Stone sur le haut-parleur. M. Stone a dit à M. Trump qu’il venait juste de raccrocher avec Julian Assange » et que le fondateur de WikiLeaks venait de lui confirmer que « dans les prochains jours il allait y avoir une fuite massive de courriels dommageables pour la campagne d’Hillary Clinton ». Une perspective qualifiée de « géniale » par Trump.

Je revois Don Jr. penché au-dessus de son père qui lui parle à voix basse. J’ai clairement entendu : “La rencontre est organisée”, ce à quoi, je m’en souviens, Trump a répondu : “Très bien, tiens-moi au courant.”

Le lien entre l’équipe de campagne de Trump et WikiLeaks est au coeur de l’enquête de Robert Mueller sur l’ingérence russe dans le processus électoral américain. Roger Stone a d’ailleurs été accusé fin janvier d’avoir fait de fausses déclarations, après avoir reconnu ses contacts avec Julian Assange pour ensuite en nier l’existence. Pour l’ancien procureur fédéral Peter Zeidenberg, si la version des faits exposée par Cohen était corroborée, elle pourrait conduire à des accusations de crime. « Quand vous mentez dans ce contexte, ce n’est pas seulement du parjure, c’est de l’obstruction à la justice aussi », a-t-il indiqué mercredi dans les pages du New York Times.

Selon Michael Cohen, Donald Trump était également au courant de la rencontre qui s’est tenue le 9 juin 2016 à la Trump Tower de New York et à la laquelle sa garde rapprochée, Donald Trump Jr., Jared Kushner, son gendre, et Paul Manafort, son directeur de campagne, ont pris part. Le « deal russe » de la Trump Tower, comme on l’appelle, les réunissait avec l’avocate russe Natalia Vesselnitskaïa, qui leur promettait des infos compromettantes sur Hillary Clinton. Cette rencontre « n’aurait jamais pu être organisée sans en avoir informé Donald Trump et sans son accord », a dit son ex-avocat en racontant au Congrès un autre souvenir de la campagne.

« Je revois Don Jr. penché au-dessus de son père qui lui parle à voix basse, a-t-il dit. J’ai clairement entendu : “La rencontre est organisée”, ce à quoi, je m’en souviens, Trump a répondu : “Très bien, tiens-moi au courant.” »

« On soupçonnait que Donald Trump était au courant de cette rencontre », résume Philippe Fournier, chercheur au Centre d’études et de recherches internationales (CERIUM) et spécialiste de la politique américaine. « Ce que vient de faire Cohen, c’est en apporter des preuves supplémentaires. Il s’agit d’un lien indirect, oui, mais potentiellement grave. Cela n’apporte pas la preuve de collusion [entre la Russie et la campagne de Trump], mais ça donne d’autres indices sur l’orientation des choses. »

Par ailleurs, devant le Congrès, Michael Cohen a avoué avoir discuté du remboursement de l’argent qu’il avait versé de sa poche pour acheter le silence de Stormy Daniels, une actrice porno qui a revendiqué une aventure avec Trump durant la campagne. Il a également déposé en preuve un chèque personnel signé par le président et composant une partie des 130 000 $ versés pour la faire taire. Un geste qui relève de la corruption, que M. Trump a ordonné alors qu’il était en fonction à la Maison-Blanche et qui pourrait l’exposer à des poursuites.

« Les révélations de Michael Cohen sont une tuile de plus dans la longue suite de révélations dommageables qui tombent sur Donald Trump, dit M. Fournier. Ça érode l’institution de la présidence », tout en confirmant l’image d’un homme sans grande morale, prêt à tout pour arriver à ses fins et qui n’a pas d’autres « désirs et d’ambitions que de faire son autopromotion pour accroître sa richesse et son pouvoir », a dit Michael Cohen.

À l’autre bout du monde, depuis le Vietnam où il participe à un deuxième sommet avec Kim Jong-un, Donald Trump a une fois de plus discrédité le messager, indiquant sur Twitter qu’il avait « utilisé un avocat véreux » et l’accusant de mentir pour réduire sa peine de prison. Au Congrès, les représentants républicains ont cuisiné M. Cohen avec la même virulence, rappelant qu’il a été condamné à 36 mois de prison pour avoir menti au Congrès l’an dernier sur les affaires immobilières de Trump en Russie alors qu’il était candidat à la présidence. Et ce, pour discréditer son témoignage.

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