Nids-de-poule: «de pire en pire chaque année»

Un phénomène observable

À coups de clés en croix ou encore de douilles, ils passent leurs journées à réparer les véhicules des Montréalais. Les garagistes sont les premiers à constater les dégâts qu’engendrent les nids-de-poule tout au long de l’année. Benoit Lacroix, garagiste dans l’île, parle d’une augmentation des voitures endommagées par les nids-de-poule depuis l’année dernière : « Avant, j’avais une ou deux voitures par jour ; maintenant, je peux en avoir jusqu’à cinq. » Une constatation que les compagnies de taxis confirment : « C’est de pire en pire chaque année. Les routes de Montréal deviennent trop dangereuses », affirme Claude Brien, propriétaire d’un centre de location de taxis, rue Masson.

Des réparations coûteuses

Ces réparations ont un coût considérable pour les Montréalais. Celles-ci peuvent varier de 200 à 2500 $ en fonction de la partie touchée. Nancy Galant, garagiste dans le Plateau-Mont-Royal, explique : « En général, ce sont les roues, la carrosserie ou encore les bas de suspension qui subissent les chocs. » Alors pour éviter de dépenser de pareilles sommes, Nancy a sa stratégie : « Souvent, j’évite de prendre telle ou telle rue parce que j’ai l’impression d’être sur un champ de mines. Chaque année, c’est pareil en ville », conclut-elle.

De nombreux accidents

Chloé Paulin a fait les frais des nids-de-poule deux fois au cours de l’hiver : « La première fois, je suis passée dans un trou si gros que la roue avant côté passager s’est brisée, rue Saint-Hubert, dans Ahuntsic. Cette portion de la rue a été refaite en 2013-2014 ! La seconde fois, rue Saint-Denis, en direction sud, je suis passée sous le viaduc Rosemont. Mon pneu s’est fendu sur 6 pouces. » Isabel Julien fait également partie de ceux à qui l’hiver n’a pas souri : « En février dernier, ma Fiat 500 est littéralement « rentrée » dans deux nids-de-poule parallèles sur le boulevard de La Vérendrye. Total de la réclamation : 1103,02 $. »

Les rues se dégradent

Entre le 1er janvier et le 31 mars 2019, « 5132 demandes de service ont été faites auprès du 311 concernant les nids-de-poule », affirme Marilyne Laroche Corbeil, relationniste à la Ville de Montréal. Ces réclamations incluent autant des requêtes que des demandes d’information ou des plaintes. De son côté, chaque année, le CAA publie, fin avril, le top 10 des pires routes québécoises. Le boulevard Gouin Est figure à la première place de l’édition 2018.

Visite guidée d’un Montréal troué

Au croisement entre la rue Masson et l’avenue De Lorimier, on ne compte plus le nombre de nids-de-poule. « Je le vois du garage, parfois ils peuvent rester trois semaines avant d’être rebouchés », explique Claude Brien, propriétaire d’un centre de location de taxis, rue Masson. À moins d’un kilomètre de là, le boulevard Saint-Joseph, dans le Plateau-Mont-Royal, est lui aussi considérablement endommagé. Et il suffit de rouler moins de trois kilomètres pour se retrouver face aux nombreux dégâts que subit la 18e Avenue, dans Rosemont. On l’aura compris, Montréal est un véritable nid de nids-de-poule.

Tout le Québec touché

Montréal n’est pas la seule ville touchée par ce phénomène. En effet, tout le Québec en pâtit. Selon Gilles Payer, porte-parole du ministère des Transports, 711 nids-de-poule ont été signalés depuis le 1er novembre 2018 dans la région métropolitaine. L’année dernière, ce sont 15 354 tonnes d’enrobé bitumineux qui ont été nécessaires à la réparation de ses routes. Ainsi, selon le ministère des Transports, 8 858 003 $ seraient investis chaque année dans la réparation des quelque 200 000 nids-de-poule qui déforment les chaussées d’hiver en hiver. De son côté, la Fédération québécoise des municipalités considère que le gouvernement devrait investir bien davantage dans la réparation des nids-de-poule et augmenter de 30 millions les sommes consacrées à la réhabilitation du réseau routier.

Comment se créent les nids-de-poule ?

Les nids-de-poule se forment en cinq étapes : la fissure, l’infiltration, le gel, le dégel et, enfin, le passage d’un véhicule. Cette dernière étape est certainement la cause du plus grand nombre de nids-de-poule dans tout le Québec, surtout lorsque le véhicule en question est un camion surchargé. En effet, la plupart des camions qui circulent sur les routes seraient bien trop lourds. « Au Québec, nous sommes bien plus tolérants qu’aux États-Unis concernant la charge des camions, alors forcément, il y a plus de dégâts, affirme Gilles Payer. Nous demandons aux camions de s’alléger de 8 %. »

Deux types de réparations

Il existe deux façons de réparer les nids-de-poule : la temporaire et la « longue durée ». Le plus souvent, la Ville fait des réparations temporaires, plus communément appelées des « patchs ». Celles-ci viennent recouvrir les trous grâce à une machine de colmatage. Les plus grosses opérations, elles, demandent de refaire entièrement la voie et donc beaucoup de temps. À ce jour, aucune solution durable n’a été trouvée pour mettre fin au phénomène qui revient hanter les Québécois chaque printemps.

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