Plusieurs diocèses québécois emboîtent le pas à l’initiative de Mgr Lépine

Québec salue l’initiative de plusieurs diocèses québécois de lancer un audit externe afin de déterminer l’étendue des cas d’agressions sexuelles commises par des prêtres. Mais cet élan, amorcé par Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal, ne semble pas atteindre les communautés religieuses, où la majorité des agressions connues à ce jour ont été perpétrées.

En matinée mercredi, les diocèses de Joliette, Montréal, Saint-Jean-Longueuil, Saint-Jérôme et Valleyfield annonçaient avoir mandaté la juge à la retraite Anne-Marie Trahan pour fouiller leurs archives et établir un portrait statistique des cas d’agressions.

Au fil de la journée, plusieurs autres diocèses ont fait part de leur intention d’emboîter le pas. C’est notamment le cas des diocèses de Québec, Mont-Laurier, Rouyn-Noranda, Amos, Gatineau, Rimouski, Baie-Comeau et Gaspé.

 

Les congrégations et ordres religieux auxquels Le Devoir a réussi à parler, mercredi, saluent l’initiative de l’archevêché de Montréal, mais n’entendent pas l’imiter.

« Ça rentre dans le mouvement lancé par le synode à Rome, où les religieux sont appelés à faire la transparence dans leurs dossiers. J’encourage cela », a dit le frère Gérard Bachand, à la tête des Maristes du Canada. Mais comme d’autres, il ne voit pas la nécessité de lancer une telle enquête dans sa congrégation.

Ces dernières années, des actions collectives ont été intentées contre plusieurs communautés religieuses, que ce soit les Frères de Sainte-Croix, les Rédemptoristes ou les Clercs de Saint-Viateur, entre autres, pour des sévices commis sur des mineurs dans des écoles, des pensionnats ou des instituts de santé.

Un effort humble

L’enquête de l’ex-juge Trahan, qui débutera en septembre, tentera de lever le voile sur les agressions sexuelles commises sur des mineurs de 1950 à nos jours, dans les cinq diocèses qui ont lancé la démarche. L’archidiocèse de Montréal dit s’attendre à ce que l’enquête dure de 18 à 24 mois. Un rapport statistique permettant de chiffrer le nombre de victimes et de prêtres agresseurs sera rendu public.

Mgr Lépine assure qu’Anne-Marie Trahan aura carte blanche. « Elle aura accès à l’ensemble des archives. Elle va décider de sa méthode et de son approche. »

Cet exercice doit être vu comme « un effort humble » pour « réécouter les victimes depuis 1950 », explique Mgr Lépine.

L’ensemble des dossiers de prêtres seront revus afin de vérifier si certaines allégations n’ont pas été prises au sérieux.

Impossible toutefois pour l’instant de savoir si les dossiers des prêtres sont intacts. « Au moment où je vous parle, je ne suis pas en mesure de répondre à cette question-là, mentionne Mgr Lépine. Mme Trahan va regarder toutes les possibilités. On lui demande de faire la vérité sur nos dossiers, peu importe l’endroit où ça va nous conduire. »

Pas d’enquête publique

Cet exercice parcellaire ne permettra pas de connaître de manière exhaustive le nombre de victimes québécoises et le nombre de prêtres agresseurs qui ont sévi dans la province.

La ministre de la Justice, Sonia LeBel, s’est tout de même dite satisfaite de l’annonce de cet audit. « On ne peut pas faire autrement qu’applaudir à ce genre d’initiative », a-t-elle déclaré à Québec.

La ministre LeBel a du même souffle fermé la porte, du moins pour l’instant, à la tenue d’un plus vaste exercice public. « Il y a des initiatives, on va voir ce qui va découler de ça. Une commission d’enquête, c’est une grosse machine et ça coûte beaucoup de sous. »

Regardez la déclaration de la ministre LeBel

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Sébastien Richard, porte-parole des victimes des religieux de Sainte-Croix, a salué l’engagement « sincère et cohérent » de Mgr Lépine.

Il regrette toutefois que la démarche soit menée à huis clos. « Un exercice public aurait eu un impact plus significatif pour les victimes », en les incitant à briser le silence, a-t-il souligné.

La démarche de Mgr Lépine est toutefois loin de convaincre Carlo Tarini, du Comité des victimes de prêtres. « C’est une enquête maison, une enquête bonbon, avec une juge choisie par la personne dont les agissements vont faire l’objet d’une enquête », s’indigne-t-il.

Anne-Marie Trahan, ex-juge de la Cour supérieure, est une catholique pratiquante, membre de l’Ordre de Malte. « Ça ne peut pas être une opération vérité si ce n’est pas une enquête indépendante menée par des autorités civiles », fait valoir M. Tarini.

Dossiers des prêtres

Des enquêtes menées ailleurs dans le monde ont permis de démontrer que les dossiers que l’Église conserve sur ses prêtres recèlent parfois des informations permettant d’établir des cas d’agressions.

Certains dossiers ont toutefois été détruits. D’autres sont silencieux sur les cas d’agressions.

C’est notamment le cas au diocèse de Chicoutimi, explique Me Estelle Tremblay. Bien que l’abbé Paul-André Harvey ait admis en cour avoir agressé au moins 39 victimes, son dossier ne révèle rien sur les agressions. « Ça a été établi devant la cour », mentionne Me Tremblay, qui représente le diocèse. « Dans notre situation, la recherche dans les archives ne serait pas probante pour témoigner du passé. »

Avec Alexis Riopel

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