Projet de loi sur la laïcité: Trudeau condamne la discrimination basée sur la religion

HALIFAX, Nouvelle-Écosse | Justin Trudeau n’a pas ménagé ses mots pour s’en prendre au projet de loi sur la laïcité déposé jeudi par le gouvernement de François Legault.

«Pour moi, c’est impensable qu’une société libre [rendrait légitime] la discrimination contre quiconque, basée sur la religion», a-t-il commenté, jeudi, alors qu’il effectuait une visite dans les Maritimes.

Le chef libéral a laissé entendre que le projet de loi ne reflète pas les valeurs canadiennes. «Le Canada est un pays laïque qui respecte profondément les libertés individuelles, y compris la liberté d’expression, la liberté de conscience et de religion. Le Québec aussi», a dit le premier ministre, alors qu’il se trouvait en visite à Halifax, en Nouvelle-Écosse.

M. Trudeau n’a pas précisé si son gouvernement allait contester la loi québécoise devant les tribunaux une fois qu’elle sera adoptée à l’Assemblée nationale.

«Les gens savent très bien que je vais défendre la charte canadienne et M. Legault et tous les Québécois savent que ma position est très ferme là-dessus», a-t-il expliqué après qu’on lui eut demandé si la laïcité serait un enjeu lors des prochaines élections fédérales, le 21 octobre prochain.

De son côté, le chef conservateur Andrew Scheer a affirmé qu’il ne présenterait jamais un projet de loi tel que celui déposé par Québec au niveau fédéral s’il était élu premier ministre du Canada.

«Une société libre doit protéger, doit défendre les droits fondamentaux de ses citoyens et ne doit pas empêcher les citoyens de s’exprimer», a-t-il dit.

Toutefois, il a ajouté qu’il revenait aux élus de l’Assemblée nationale de débattre du projet de loi et «de sa finalité».

Le chef néodémocrate Jagmeet Singh s’est dit «attristé» à la suite du dépôt du projet de la loi sur la laïcité, en soutenant que des «jeunes au Québec ne pourront pas exercer le métier dont ils rêvent».

«Il faut reconnaître qu’il y a une sensibilité unique au Québec […] et je respecte sa compétence de légiférer dans sa juridiction», a-t-il cependant nuancé.

Seul le Bloc québécois a applaudi l’initiative de Québec sur la scène fédérale, son chef Yves-François Blanchet le qualifiant de «légitime et nécessaire».

Rappelons qu’en vertu du projet de loi sur la laïcité, le gouvernement caquiste veut bannir le port de signes religieux chez tous les employés de l’État en position d’autorité qui seront embauchés à compter de maintenant. Les employés de l’État portant déjà un signe religieux pourront le conserver à titre de droit acquis.

Opposition tous azimuts: Le projet de loi sur la laïcité déposé jeudi en a déçu plusieurs

Le projet de loi sur la laïcité du Québec présenté jeudi a fait de nombreux mécontents chez les groupes de défense des minorités, des syndicats et l’opposition à l’Assemblée nationale. Certains dénoncent une tentative de division, alors que d’autres reprochent au gouvernement Legault de s’engager sur un terrain glissant en contournant les chartes des droits et libertés.


« M. Jolin-Barrette a échoué à faire un projet de loi de compromis, un projet qui permettrait de tourner la page sur ce débat de société. »

– Andrés Fontecilla, Québec solidaire


« C’est un jour triste pour le Québec. Ce n’est rien pour nous unir. »

– Hélène David, Parti libéral du Québec


« En s’attaquant à la liberté de religion, le ministre Simon Jolin-Barrette s’attaque à l’État de droit. Non seulement son projet de loi bafoue la liberté de religion et de conscience, mais il menace aussi les conditions de travail des enseignantes et enseignants. »

– Sylvain Mallette, Fédération autonome de l’enseignement


« Visiblement, ce projet de loi s’écarte de l’objectif et ratisse trop large. Pour nous, il est clair que les enseignantes et enseignants n’auraient pas dû être visés par ce projet de loi. Le rôle du personnel enseignant s’inscrit dans un cadre éducatif et non coercitif. »

– Sonia Ethier, présidente de la Centrale des syndicats du Québec


« Nous devons remettre en question le fait que le gouvernement s’engage sur cette pente glissante et contourne certains principes fondamentaux de la Charte québécoise et de la Charte canadienne des droits et libertés. »

– Valérie Plante, mairesse de Montréal


« La laïcité, c’est que l’État protège la liberté de religion pour tous les Québécois et ne contraigne pas les citoyens à se conformer à ce que la majorité veut. »

– Ihsaan Gardee, DG, Conseil national des musulmans canadiens


« L’apprentissage du vivre-ensemble est une part importante des projets éducatifs déployés dans nos écoles. Certains aspects du projet de loi nous semblent difficilement conciliables à ce moment-ci avec ces valeurs. »

– Alain Fortier, président de la Fédération des commissions scolaires du Québec


« On va le laisser là [le crucifix à l’hôtel de ville de Québec]. Idéalement, ce serait mieux qu’il n’y soit pas, parce qu’on est une société laïque. Mais ça me permet de faire un peu de résistance sur la banalisation du passé. J’aime pas ça quand on banalise le passé. »

– Régis Labeaume, maire de Québec, au sujet du crucifix


« Alors que les données sur le manque de représentativité chez les juges et la police, le profilage racial et la surreprésentation carcérale des minorités visibles sont accablantes, le gouvernement veut nous faire croire qu’ériger de nouvelles barrières à l’entrée de minorités serait la solution pour améliorer la neutralité de nos institutions publiques ! »

– Haroun Bouazzi, Association des musulmans et des arabes pour la laïcité au Québec


« Plusieurs des éléments qui se retrouvent dans le projet de loi sont ceux avec lesquels nous sommes plus qu’à l’aise. Or, il se trouve également qu’il y a des choix qui nous laissent songeurs. »

– Pascal Bérubé, Parti québécois

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