Projet de loi sur la laïcité: un «jour triste» pour les droits des minorités, dit Hélène David

 QUÉBEC | Le dépôt du projet de loi caquiste sur la laïcité jeudi marque «un jour triste» pour le Québec, estime la députée libérale Hélène David, qui craint un recul des droits des minorités. 

 Mme David juge notamment que le gouvernement caquiste va trop loin en ayant recours à la clause dérogatoire, qui permet au projet de loi de se soustraire à la Charte québécoise des droits et libertés.

«On a adopté cette charte pour respecter les droits des minorités et, en même temps, une identité québécoise, qui existe, qui veut exister et qui voudra toujours exister», a rappelé Mme David, faisant référence aux «droits et libertés chèrement acquis dans les 50, 60 dernières années».

De plus, ajoute Mme David, le projet de loi est «incompréhensible au niveau intellectuel». La neutralité religieuse n’est pas affichée par ce qu’on porte «sur la tête», juge-t-elle, mais par ce qu’il y a «entre les deux oreilles».

«Autrement dit, les préjugés, les préjugés homophobes, des préjugés racistes, des préjugés contre les femmes, […] ce n’est pas un signe visible, mais ça peut drôlement influencer un geste qu’un professionnel peut poser», a-t-elle indiqué.

Par ailleurs, Hélène David souligne que l’éventuelle loi serait difficilement applicable, notamment en raison du flou de certaines balises.

«Où ça commence, où ça finit, il y a déjà eu quelques confusions», a-t-elle expliqué.

Échec d’un compromis

De son côté, Québec solidaire (QS) juge que le ministre Simon-Jolin Barrette a «échoué» dans sa tentative d’établir un «compromis qui permettrait de tourner la page sur ce débat de société».

Le député Andrés Fontecilla a notamment indiqué que le projet de loi va trop loin en interdisant le port de signes religieux chez les enseignants.

«Il y aura des gens qui verront leurs perspectives d’emploi sérieusement restreintes sur la simple base qu’ils portent des signes religieux. Les enseignantes, en particulier», a-t-il dit.

QS est cependant d’accord pour interdire le port de signes religieux chez les employés de l’État en situation de pouvoir coercitif, comme les juges, les procureurs de la Couronne, les policiers et les gardiens de prison.

Cette position pourrait toutefois évoluer dès samedi, alors que les militants décideront s’ils veulent que QS s’oppose à l’interdiction du port de signes religieux chez les employés de l’État, lors du Conseil national du parti.

Appui possible

Finalement, le Parti québécois (PQ) n’a pas exclu de voter pour le projet de loi lorsqu’il sera soumis au vote, mais seulement si certains changements sont apportés.

«Plusieurs des éléments qui se retrouvent dans le projet de loi sont ceux avec lesquels nous sommes plus qu’à l’aise. […] Or, il se trouve également qu’il y a des choix qui nous laissent songeurs», a indiqué le chef péquiste Pascal Bérubé.

Le PQ aimerait notamment que l’interdiction du port de signes religieux s’applique aux garderies subventionnées, aux CPE ainsi qu’aux écoles privées.

M.Bérubé a également déploré le flou entourant la définition d’un signe religieux.

«Bernard Drainville, à l’époque, avait fait un tableau [lorsqu’il avait présenté la Charte des valeurs québécoises]. Ça avait fait sourire certaines personnes, mais ça avait l’avantage d’être clair», a-t-il dit.

Contenu similaire