QS et les signes religieux: à visière baissée

Réunis dans un conseil national en fin de semaine à Québec, quelque 330 délégués de Québec solidaire (QS) ont voté massivement contre la position formulée auparavant par les élus du parti et couchée dans un projet de loi qu’avait présenté Françoise David en 2013 : interdire le port de signes religieux aux agents de l’État qui exercent un pouvoir de coercition, la célèbre recommandation du rapport Bouchard-Taylor.

Ces agents de l’État, comme les policiers et les gardiens de prison, portent un uniforme, et on pouvait arguer qu’en tout respect des chartes, leur devoir de neutralité et d’impartialité devait se traduire dans leur apparence… uniforme, compte tenu de l’énorme pouvoir qu’ils exercent sur les citoyens au nom de l’État.

Lors de ce conseil national, les défenseurs très minoritaires de la position Bouchard-Taylor — l’option A dans le cahier du participant — ont avancé des considérations politiques, estimant qu’il fallait répondre aux craintes de la population avec une position « équilibrée ».

Pour les tenants de l’option B, beaucoup plus nombreux, aucun employé de l’État ne devrait être empêché de porter un signe religieux. C’est un argument de principe. Les luttes sociales pour les droits de la personne ont été gagnées « contre la majorité de la population », a affirmé une déléguée lors de la plénière.

Dans une pirouette, les deux co-porte-parole de QS, Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois, ont indiqué qu’ils avaient adhéré au « compromis » Bouchard-Taylor parce qu’ils y voyaient une façon de tourner la page, mais qu’aujourd’hui, avec le gouvernement caquiste, aucun compromis n’est envisageable. Ce n’était donc pas pour eux une question de conviction.

En larguant Bouchard-Taylor, les solidaires sont revenus au libellé de leur programme et ont fait le choix de la pureté idéologique. « À partir d’aujourd’hui, la position de Québec solidaire sera plus claire et cohérente que jamais. Personne ne devrait perdre son emploi ou être empêché d’exercer parce qu’elle ou il porte un signe religieux », a déclaré Manon Massé dans un communiqué.

Mais ce n’est pas si simple. Les délégués ont adopté une position sur « le port de vêtements couvrant le visage » par les employés de l’État. C’est là que ça s’est gâté. Qu’ils dispensent ou non un service en personne à la population, les employés pourront se couvrir le visage, mais seulement si les quatre critères inscrits dans le programme sur les signes religieux sont respectés : absence de prosélytisme, respect du devoir de réserve, absence d’entrave à l’exercice de la fonction et conformité aux normes de sécurité.

Une enseignante ne pourrait pas porter un voile intégral, a dit Gabriel Nadeau-Dubois. Soit. Mais une téléphoniste qui répond aux citoyens, comme l’a suggéré la députée de Mercier, Ruba Ghazal, pourquoi pas ? Et une préposée aux bénéficiaires dans un hôpital ? Le port du niqab ne nuirait pas à l’exercice de sa fonction.

Le co-porte-parole a vertement rabroué la pauvre députée. QS est « contre une interdiction mur à mur », a-t-il dit, tout en se montrant incapable de préciser qui pourrait porter ces signes religieux. Il n’y a que les porte-parole qui peuvent interpréter le programme de QS, a sèchement fait observer le député de Gouin. Ruba Ghazal, une élue qui représente pourtant des électeurs, doit se taire. Ce sont « des problèmes imaginaires », a-t-il dit. Philippe Couillard sors de ce corps.

S’il s’agit bien de problèmes imaginaires, pourquoi adopter une position ? Surtout, cette position devrait pouvoir s’expliquer et être comprise non seulement par les députés, mais par les électeurs. Après tout, il ne s’agit pas de paroles d’évangile que seul un initié a le droit divin d’interpréter.

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