Québec bloque la démolition du monastère de Berthierville

Le monastère des Moniales dominicaines de Berthierville sera conservé intégralement pour au moins 30 jours, le temps que des experts du ministère de la Culture évaluent sa valeur. Le nouveau propriétaire avait obtenu un permis de démolition pour cet immeuble jugé exceptionnel, mais il a reçu jeudi matin par huissier une ordonnance légale de préservation signée par la ministre de la Culture, Nathalie Roy.

« Je l’ai signée hier [mercredi], mais il fallait qu’elle soit signifiée au propriétaire » avant de pouvoir rendre publique cette information, a expliqué la ministre en point de presse. Cette ordonnance « empêche toute démarche de démolition ».

Selon la ministre, « il n’est pas question que nous ayons une autre maison Boileau », référence à la démolition décriée l’an passé d’un bâtiment patrimonial situé à Chambly.

Voyez la déclaration de la ministre de la Culture, Nathalie Roy.

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En conférence de presse avec la ministre de la Culture, la députée de Berthier, Caroline Proulx, s’est dite pour sa part étonnée par la municipalité. « Ce qui est assez exceptionnel dans cette histoire-là est que la municipalité a agi unilatéralement. Et moi, personnellement, ça m’irrite. »

Selon la loi québécoise, le contrôle légal du patrimoine, lorsqu’il n’est pas protégé directement par l’État, est pourtant bel et bien assujetti aux dispositions en vigueur dans les municipalités.

Pour Méganne Perry Melançon, députée du Parti québécois, « on doit mettre des règles claires lorsque vient le temps pour une municipalité de donner un permis de cette ampleur ». À son sens, il existe en ce moment une confusion.

Afin d’y couper court, la députée solidaire Catherine Dorion propose pour sa part la création d’une commission permanente du patrimoine. Cette commission aurait le mandat de clarifier les rôles de chaque instance gouvernementale dans la préservation du patrimoine. Québec solidaire souhaite déléguer le pouvoir d’encadrement des intentions de classement aux municipalités régionales de comté (MRC), « avec supervision de la commission permanente ».

Lourdes responsabilités

En réaction à ce camouflet que lui inflige Québec, l’administration municipale de Berthierville a réagi par voie de communiqué. La municipalité explique qu’elle « aurait pu utiliser la Loi sur le patrimoine culturel pour protéger le bâtiment et assurer sa préservation et sa mise en valeur ». Mais « ce geste aurait mené à une augmentation importante de la charge fiscale des Berthelais ».

La richesse collective que représente ce bâtiment était donc connue, mais la municipalité a néanmoins décidé qu’elle n’avait tout simplement pas les moyens de la préserver. Dans son communiqué, Berthierville conclut en disant qu’elle a « à coeur la préservation de son patrimoine », sans évoquer les subventions offertes pour la reconversion d’un immeuble de ce type.

Selon l’avocat Charles Breton-Demeule, spécialiste des questions relatives au patrimoine, une ordonnance pour la préservation du bâtiment est « un pas dans la bonne direction ». Mais comme des exemples du passé l’ont montré, cela ne signifie pas que l’édifice sera protégé à long terme. « Le ministère pourrait conclure que l’édifice n’est pas d’intérêt national et il se trouvera sans aucune protection ».

Même lorsque des bâtiments représentent un intérêt local important, ils se retrouvent à la merci de l’intérêt fluctuant que leur portent les administrations municipales, regrette-t-il.

« Cela fait en sorte que si le ministère ne classe pas un immeuble et que les municipalités ne veulent pas bouger, l’édifice ne sera pas protégé. En privilégiant uniquement l’intérêt national, l’État s’est désengagé de sa mission de protection du patrimoine, en laissant de lourdes responsabilités aux municipalités. »

Quel avenir ?

La MRC de D’Autray avait déjà rendu une « recommandation de sauvegarde » pour ce bâtiment, soutenant qu’« un statut juridique municipal de protection devrait être accordé à cet édifice » et qu’on devait voir à en interdire la démolition.

Construit au bord du fleuve en 1934, le bâtiment des Moniales dominicaines de Berthierville a été officiellement cédé vendredi dernier, et le permis de démolition a été octroyé dès lundi, indiquait au Devoir la directrice générale de Berthierville, qui refusait autrement de répondre aux questions.

« La population devrait présenter un projet, le plus rapidement possible », affirme Pierre Arcand du Parti libéral. « À la base, la restauration de ce bâtiment est une bonne chose », a-t-il dit.

Avec Mylène Crète et Marco Bélair-Cirino

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