Questions en rafale, réponses en cavale

L’humilité, le doute, la remise en question, l’absence de préjugés… Le milieu du vin, à l’image de la société, évolue et n’a rien de figé. J’aime à dire aux gens qui assistent aux séminaires et autres dégustations qu’il n’y a aucune vérité coulée dans le béton en matière de vin. Chacun dispose de la sienne. Et que ma vérité sur le sujet vaut bien la leur, bien que le recul me permette d’embrasser plus large un sujet qui, de toute façon, m’échappera toujours. Voici quelques points relevés au fil des derniers mois.

Le vin dégusté au chai chez le vigneron il y a peu de temps n’a pas le même goût que celui acheté cette semaine à la SAQ. Avez-vous une explication ?

La dégustation, on ne le dira jamais assez, est avant tout affaire de contexte, d’ambiance, d’atmosphère. Bien plus, à mon avis, que de millésime, de producteur ou d’appellation. Déjà, le pouvoir suggestif de votre dégustation au chai vous a placé sur une orbite de plaisir dont il serait impensable de ne pas tenir compte aujourd’hui. Boire un verre de Château Margaux dans un verre en plastique sous un soleil de plomb avec votre pire ennemi devrait vous convaincre rapidement que vous faites fausse route !

J’ai environ 2000 bouteilles dans ma cave. Est-ce raisonnable d’en ajouter ?

Une cave à vin est à l’image d’une solera. Vous retirez les candidats à maturité pour mieux accueillir les plus jeunes susceptibles de se bonifier avec le temps. Il vous faudrait cinq ans à raison d’une bouteille par jour (ou cinq flacons par jour par an si vous avez vraiment soif) pour écluser le tout. Mais est-ce bien le but ? Trouvez votre équilibre. Ma règle d’or ? Vaut mieux boire le vin plus jeune que trop vieux. Surtout, n’hésitez pas à créer l’occasion. La vie est trop courte !

Le vin passe-partout pour l’accord vin et mets existe-t-il ?

Si j’avais à choisir, j’opterais pour un blanc sec d’une jolie vinosité. Ou encore, si vous le dénichez, un vin orange (un blanc de macération plus ou moins prolongée). Vous seriez étonnés de savoir que l’ajout simple d’une pincée de sel et d’un jet de citron sur l’aliment de votre choix rend pratiquement TOUS les accords possibles. Le mystère de la chimie, paraît-il. Un rosé ? Possible. Mais encore faudrait-il l’extirper de ce foutu contexte qui veut qu’il ne se boive que l’été !

Le réchauffement planétaire a-t-il une incidence sur la culture de la vigne et, ultérieurement, sur les vins ?

Une sélection de nouveaux clones, une taille appropriée, une irrigation au compte-gouttes (la sécheresse actuelle de plus de 50 jours dans le pourtour méditerranéen français en balise déjà la pratique), mais aussi des replantations avec exposition nord en altitude (si possible), quand ce n’est pas tout simplement une migration des vignes plus au nord sont en cours pour en minimiser les impacts. Ce qui me semble désormais irréversible est que le vin tel que l’on a connu ne sera jamais plus le même.

La notation d’un vin, comme d’un livre, d’un film ou d’une discographie, est-elle pertinente ?

En ce qui a trait au vin : non. De quelle logique relèverait d’ailleurs le fait que l’on puisse appliquer un barème précis sur un produit organique vivant dont l’évolution le destine justement à demeurer imprévisible en raison de sa nature même ? Vous viendrait-il d’ailleurs à l’idée de noter votre chroniqueur vin ?

Pépinière italienne pour les Amis du vin du Devoir

Contenu similaire