Réunion houleuse entre les militants et la direction du PLQ

(QUÉBEC) Moment inusité au Parti libéral du Québec (PLQ), la dernière réunion des présidents des circonscriptions à Bécancour, samedi dernier, a été particulièrement houleuse. Les militants impatients ont forcé la direction du parti à préciser rapidement le cadre de la prochaine course à la direction du PLQ.

La question était absente de l’ordre du jour prévu par la direction du parti, ce qui a fait bondir bien des militants qui s’attendaient à ce qu’un plan leur soit soumis, ont confié des sources présentes à la réunion.

Des lignes de force se sont dégagées rapidement de ce qui est devenu un coup de sonde auprès des militants. Les libéraux de la base souhaitent que le nouveau chef soit choisi en 2020, probablement au printemps, et non en 2021. Plusieurs pensent aussi que la course devrait être déclenchée dès la fin de 2019, après les élections générales à Ottawa.

Accusant le coup, la direction du PLQ a annoncé en début de semaine que les règles seraient annoncées au début de mai, lors du conseil général du parti à Drummondville. À l’origine, le chef intérimaire, Pierre Arcand, et le président du parti, Antoine Atallah, avaient un tout autre plan de match, ayant prévu une discussion bien plus générale avec les militants sur l’avenir du PLQ.

Mais le mécontentement est apparu dans plusieurs circonscriptions. Les militants ont souligné que l’heure était venue de parler de la suite des choses. Il serait illusoire de commencer à confectionner un programme quand on ne sait pas si ces orientations conviendront au prochain chef, a-t-on fait valoir. C’est ainsi que le PLQ ne pouvait prendre le virage vers le rapport Bouchard-Taylor, le mois dernier, sans avoir au préalable sondé les membres et sans surtout savoir ce qu’en penserait le futur chef.

Le chef intérimaire Pierre Arcand a aussi essuyé des critiques ; on lui a reproché de restreindre son mandat aux travaux parlementaires et de mettre de côté ses responsabilités pour l’ensemble du parti. Ici, les militants des régions, surtout, ont exprimé de l’impatience. On a rappelé que le précédent chef par intérim, Jean-Marc Fournier, n’avait pas mis entre parenthèses la vie interne du parti tout en s’occupant de l’aile parlementaire.

Les dirigeants du parti, Antoine Atallah en tête, étaient plutôt favorables à attendre le plus longtemps possible avant que le PLQ choisisse un nouveau chef. Or, de toute évidence, l’assemblée était d’avis contraire. 

On a même rappelé l’atterrissage de Jean Charest en mars 1998 ; avant qu’il ait pu prendre ses marques comme chef libéral, Lucien Bouchard avait déclenché des élections pour l’automne suivant. Le PLQ n’avait pas eu le temps de s’organiser. Les tenants de 2021 plaidaient plutôt qu’il n’y avait rien à gagner à présenter le nouveau leader trop tôt aux adversaires, pour que son aura soit altérée.

« Des discussions franches »

Sur son site, le PLQ a utilisé une formule diplomatique pour refléter les échanges tendus, plutôt rares au parti. « La rencontre des présidents d’association régionale du Parti libéral du Québec, jour 1 de la reconstruction du Parti, avait pour but de tenir des discussions ouvertes et franches entre les militants. »

Le parti est aussi à la recherche d’un nouveau directeur général – celui qui occupe cette fonction, Sylvain Langis, voulait partir en décembre dernier, mais on lui a demandé de rester jusqu’en juin prochain. Olivier Parent, ex-chef de cabinet de Pierre Moreau, avait été sollicité, mais selon des sources fiables, il va décliner cette semaine cette proposition. Patrick Huot, député libéral battu dans Vanier aux élections du 1er octobre, a fait savoir qu’il convoitait le poste.

Les règles de fonctionnement de la course seront présentées aux membres au conseil général des 4 et 5 mai à Drummondville, mais les entourages d’André Fortin et de Dominique Anglade savent qu’il sera beaucoup plus difficile que par le passé d’organiser la course. Le PLQ a, lors de son dernier congrès, abandonné la formule des « slates », qui permettait aux candidats de savoir s’ils avaient ou non le contrôle des délégués d’une circonscription. La nouvelle formule, au suffrage universel, sera beaucoup plus complexe : chaque circonscription aura 2000 points, quel que soit le nombre de membres dans l’association. Les jeunes, qui avaient le tiers des sièges sur les anciennes « slates », auront 125 000 points pour l’ensemble de la province – on voulait ainsi éviter de créer des distorsions dans les circonscriptions où il y a une concentration de jeunes en raison de la présence d’une université.

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