Santé mentale: le SPVM formera tous ses patrouilleurs d’ici 2022

Critiqué pour ses interventions auprès des personnes en crise, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) se donne jusqu’en 2022 pour former tous ses patrouilleurs afin de mieux intervenir auprès des personnes souffrant de problèmes de santé mentale.

Le SPVM reçoit environ 33 000 appels par an concernant un « état mental perturbé », soit environ 3 % du volume par jour. « Il y a vraiment un besoin », note le commandant Marc Lauzon dans une entrevue téléphonique à La Presse.

Le corps policier montréalais fera le point le 9 avril sur la formation offerte aux policiers pour intervenir auprès des clientèles vulnérables. Le SPVM profitera d’une séance de la commission de la sécurité publique, à l’hôtel de ville, pour détailler le virage pris en 2018 pour former l’ensemble de ses patrouilleurs en « désescalade », soit les techniques pour calmer les crises lors des interventions auprès des personnes dont l’état mental est perturbé.

Lors de ce cours, les policiers apprennent à reconnaître les signes d’une personne perturbée : apparente intoxication à la drogue ou à l’alcool, discours incohérent ou irrationnel, comportement dérangeant et imprévisible, état dépressif ou suicidaire, hallucinations, signes d’anxiété, agressivité. Les agents sont aussi sensibilisés au phénomène des « suicides par policier interposé », soit lorsque des individus tentent de mettre fin à leurs jours en provoquant les agents afin qu’ils ouvrent le feu sur eux.

En plus des notions théoriques, les policiers participent ensuite à des scénarios d’intervention typiques, comme dans un parc ou dans un dépanneur, avec des comédiens. Un scénario de tentative de suicide par policier interposé est également au menu.

La formation d’une journée est offerte dans les locaux du SPVM à raison de 12 patrouilleurs par séance. À ce rythme, l’ensemble des agents sur le terrain devraient avoir été formés d’ici 2022.

Critiques

Le SPVM a été critiqué pour ses interventions auprès de personnes en crise. La famille de Pierre Coriolan, tué en juin dernier par des policiers alors qu’il était en détresse psychologique, a décidé de poursuivre le service de police.  

Son cas n’était pas sans rappeler celui d’Alain Magloire, aussi tué par un policier alors qu’il était en crise, en 2014. « Il y a eu l’affaire Magloire, mais aussi d’autres qui nous ont amenés à réfléchir sur comment intervenir avec les gens en crise ou ayant des problèmes de santé mentale », admet Pierre St-Antoine, directeur des affaires institutionnelles et des communications de l’École nationale de police du Québec. Selon lui, la formation est plus poussée qu’avant et apprend aussi aux policiers à gérer leurs émotions et leur stress pour mieux réagir. Malheureusement, dit-il, « la formation n’est pas une panacée à tout. Il va toujours y avoir des interventions qui vont mal se terminer ».

Des agents spécialisés

La formation en désescalade s’ajoute aux mesures déjà en place. Ainsi, chaque poste compte actuellement au moins un policier en service qui a reçu la formation « RIC », pour « réponses en intervention de crise ». Le SPVM dit pouvoir offrir ce service 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Ces quelque 132 policiers formés volontairement, dont le nombre devrait augmenter, peuvent répondre aux appels eux-mêmes ou épauler des collègues par téléphone, souligne le commandant Lauzon. Il note que les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale prennent souvent deux fois plus de temps aux policiers lors d’une intervention.

Une équipe de soutien aux urgences psychosociales compte aussi cinq policiers et quatre intervenants sociaux, qui patrouillent en tandem.

La présidente du Regroupement des services d’intervention de crise du Québec, Roxane Thibeault, juge que « la collaboration avec la police s’est améliorée » au cours des dernières années. « Avant, on avait souvent des récriminations, on trouvait que c’était maladroit », a-t-elle dit en entrevue. Maintenant, ajoute-t-elle, les policiers ont davantage le réflexe d’appeler un centre de crise lors d’une intervention, s’ils ne sont pas certains que la personne doive être transportée à l’hôpital, pour voir si une autre mesure peut être mise en place.

En première ligne

Pour M. St-Antoine, l’augmentation des interventions policières en santé mentale reflète un « problème de société pour lequel les policiers sont les premiers intervenants ». Il cite la désinstitutionnalisation, les problèmes de toxicomanie, l’itinérance pour expliquer en partie ce phénomène, loin d’être unique au Québec.

« On ne parle pas nécessairement de gens menaçants ou violents avec les policiers », précise toutefois le commandant Lauzon. Mais lorsque l’appel au 911 mentionne un état mental perturbé, les policiers doivent évaluer la situation.  

Dans sa présentation du 9 avril, le SPVM expliquera former ses policiers pour intervenir auprès des clientèles vulnérables depuis 1996. À l’époque, le corps policier enseignait à des agents le « judo verbal ». En 1999, le corps policier a révisé sa formation pour enseigner la « communication tactique », puis en 2014 la « communication lors d’un conflit ». La dernière révision de la formation a eu lieu en 2018 où le SPVM a décidé de mettre l’emphase sur la désescalade, technique visant à permettre aux policiers de trouver comment réduire les tensions et calmer les situations de crise.

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