Seulement la moitié des Québécois font confiance au bac de recyclage

La moitié des Québécois pensent qu’une grande partie du plastique et du verre qu’ils mettent dans leur bac de récupération n’est pas recyclée, selon un récent sondage, qui démontre aussi que la modernisation de la consigne est vue d’un bon oeil par une très forte proportion de la population.

La crise du recyclage semble avoir miné la confiance des Québécois envers leur bac de récupération.

Précisément 50 % des Québécois croient que tout au plus la moitié du plastique et du verre récupérés par la collecte sélective « est effectivement recyclée par la suite », révèle un sondage omnibus mené par la firme SOM et dont La Presse a obtenu les résultats.

Les questions ont été posées pour le compte d’une organisation qui oeuvre dans le secteur de la gestion des matières résiduelles et du recyclage dont SOM n’a pas dévoilé l’identité.

Ce sont 28 % qui pensent qu’« environ la moitié » est recyclée et 22 % que seule « une petite ou une infime partie » l’est, révèle l’enquête menée du 22 au 24 février auprès de 1034 répondants à l’échelle du Québec (marge d’erreur maximale de 4 % à un niveau de confiance de 95 %).

C’est donc une minorité de Québécois qui a vu juste, puisque 14 % du verre et 18 % du plastique déposés dans le bac de récupération sont en réalité « acheminés aux fins de recyclage », démontre le plus récent bilan de la gestion des matières résiduelles de Recyc-Québec.

« La confiance est ébranlée » envers la collecte sélective, en conclut Louise Hénault-Éthier, chef des projets scientifiques à la Fondation David Suzuki.

Les résultats du sondage montrent également « un manque de connaissance » des Québécois à l’égard de leur système de recyclage, dit-elle, puisque 49 % des répondants estiment que tout ou une grande partie du verre et du plastique qu’ils mettent dans leur bac de récupération est effectivement recyclé, « alors que ce n’est pas le cas ».

Cette croyance est d’ailleurs plus élevée chez les répondants qui ont une langue maternelle autre que le français ou l’anglais (21 %), ceux dont le revenu familial est inférieur à 35 000 $ (28 %) et ceux qui n’ont aucun diplôme (56 %).

Fort soutien pour la consigne

Le sondage démontre également que le soutien à la modernisation du système québécois de consigne atteint maintenant 94 %, un taux qui n’a jamais été sous la barre des 90 % depuis que SOM a commencé à sonder les Québécois sur le sujet, en 2016.

Quelque 92 % des répondants sont ainsi « très ou assez favorables » à l’élargissement de la consigne aux bouteilles de vin et 84 % aux bouteilles d’eau en plastique.

« C’est clair que la population québécoise veut qu’on revoie le fonctionnement de la consigne, affirme Louise Hénault-Éthier. Il va falloir que le gouvernement bouge dans ce sens-là. »

Une forte proportion de Québécois se disent d’ailleurs prêts à rapporter leurs bouteilles de vin à la Société des alcools du Québec (SAQ), si elles étaient consignées ; 65 % le feraient « toujours » et 24 % le feraient « souvent ».

« Il faut des politiques fortes »

Même si le prochain bilan de Recyc-Québec, attendu en juin, devrait faire état d’une certaine augmentation des taux de matières acheminées aux fins de recyclage, il est impératif que le Québec se dote de « politiques fortes » en la matière, affirme Louise Hénault-Éthier.

Car la quantité de matières récupérées par la collecte sélective ne cesse d’augmenter, ce qui représente un enjeu pour les centres de tri, explique-t-elle, insistant sur la nécessité de « réduire à la source ».

Ce qui est « acheminé aux fins de recyclage » n’est pas forcément recyclé en totalité, souligne Karel Ménard, directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets.

Les conditionneurs qui achètent la matière des centres de tri vont souvent la trier à nouveau pour en expurger les contaminants, illustre-t-il, déplorant l’absence de « traçabilité sur les matières récupérées [au Québec] ».

« Si on ne sait pas ce qu’il advient des matières qu’on récupère, comment trouver des solutions ? »

Louise Hénault-Éthier croit que le Québec doit aussi interdire l’utilisation dans le commerce de matières non recyclables.

« Toutes les matières qui entrent sur le marché devraient être recyclables », tranche-t-elle, jugeant inconcevable que ce ne soit pas encore le cas alors que c’est technologiquement possible.

Acheminement aux fins de recyclage des matières provenant des résidences

• Verre : 14 %

• Plastique : 18 %

• Métal : 49 %

• Papier et carton : 79 %

• Ensemble du bac de récupération : 54 %

Source : Bilan 2015 de la gestion des matières résiduelles, Recyc-Québec

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