SNC-Lavalin réduit encore ses prévisions

Aux prises avec un projet compliqué en Amérique du Sud qui pèse sur ses finances, SNC-Lavalin abaisse ses prévisions de rentabilité pour 2018 et a décidé lundi de suspendre les soumissions d’ingénierie, d’approvisionnement et de construction pour des futurs projets miniers.

En raison de l’absence d’une entente avec le client, dont l’identité est confidentielle, la division de mines et de métallurgie de l’entreprise se dirige vers une perte qui pourrait atteindre 350 millions pour le seul quatrième trimestre de 2018. SNC-Lavalin a évoqué le problème il y a deux semaines lors d’une révision de ses attentes, mais le niveau de détails dévoilés lundi a été relevé d’un cran.

Cette nouvelle tuile s’ajoute aux autres défis avec lesquels SNC-Lavalin doit composer, le plus gros enjeu ayant trait à la poursuite criminelle des procureurs fédéraux concernant ses activités commerciales en Libye dans les années 2000. La compagnie plaide pour une entente spéciale qui lui permettrait d’éviter un procès.

Nouvelle chute boursière

L’abaissement des prévisions de rentabilité pour 2018 a convaincu de nombreux actionnaires de larguer le titre, si bien que son cours a reculé de 7,4 %, à 34,00 $. De façon plus précise, SNC-Lavalin prévoit pour 2018 un bénéfice par action de 1,20 $ à 1,35 $, comparativement à une fourchette de 2,15 $ à 2,30 $ il y a deux semaines.

« Les défis reliés à ce projet minier découlent principalement des conditions difficiles du site, des mesures de sécurité et de protection de l’environnement plus importantes que prévu et de la sous-performance des sous-traitants », a indiqué SNC-Lavalin.

Pour corriger ce qu’elle considère comme des « résultats décevants », la société a également analysé la structure de gestion de la division en cause et a chargé Ian Edwards, chef de l’exploitation depuis le 28 janvier, de « veiller personnellement à renforcer immédiatement l’équipe de projet locale ».

De plus, SNC-Lavalin a discuté de l’incidence financière du problème avec ses prêteurs, qui sont prêts à accepter qu’une tranche de 310 millions sur la perte potentielle de 350 millions soit vue comme un élément non récurrent. « La société continue de considérer qu’il s’agit d’un incident isolé et non récurrent », a indiqué SNC-Lavalin dans son communiqué. « La société n’a aucun autre projet de mines et métallurgie qui présente des caractéristiques similaires. »

Demande de recours

SNC-Lavalin a une marge de crédit totalisant environ 1,8 milliard auprès de ses prêteurs, a-t-elle ajouté en précisant qu’elle n’a pas l’intention de récolter de nouveaux capitaux propres.

« Nous sommes déçus des annonces de ce matin », a écrit Valeurs mobilières Desjardins dans une note aux clients. « Nous nous attendons à une mise à jour opérationnelle sur ce projet, sur la situation au Moyen-Orient et sur le désinvestissement [potentiel] de [la] participation de [SNC-Lavalin] dans l’autoroute 407 lors de la publication des résultats trimestriels le 22 février. »

SNC-Lavalin fait aussi l’objet d’une demande d’action collective relativement aux déclarations publiques du président de l’entreprise à propos des perspectives commerciales en Arabie saoudite.

Alors que Neil Bruce affirmait au mois de novembre 2018 que les activités dans ce pays se déroulaient normalement, il a récemment déclaré que l’asile politique offert par le Canada à une jeune Saoudienne n’a pas aidé la relation entre les deux pays.

La demande, déposée par le cabinet Siskinds Desmeules à la Cour supérieure du Québec, reproche à la direction de l’entreprise de ne pas avoir dit la vérité sur les risques qui pèsent sur ses divisions mines et métallurgie, et pétrole et gaz.

L’Arabie saoudite représente environ 11 % du chiffre d’affaires total de SNC-Lavalin. « Nous allons évaluer avec qui nous faisons affaire et les pays dans lesquels nous sommes présents afin de nous assurer d’avoir plus de prévisibilité », a affirmé M. Bruce le 28 janvier. Sur les 50 000 employés de SNC-Lavalin, 10 000 travaillent au Moyen-Orient, selon l’entreprise.

Le 28 janvier, le cours de l’action de SNC-Lavalin est passé de 48,50 $ à 35,01 $, une chute de 28 %.

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