«This Is America» de Childish Gambino élue «chanson de l’année»

Les musiciennes ont triomphé hier soir au Staples Center de Los Angeles, au cumulatif des gramophones dorés décernés autant que pour la qualité des performances qu’elles ont offertes. De la révélation Dua Lipa, lauréate comme la rappeuse Cardi B, Meilleur album rap de l’année, et Kacey Musgrave, Meilleur album de l’année, à la prévisible accolade accordée à la chanson Shallow de Lady Gaga et Bradley Cooper, en passant par l’animation sans faille de la versatile Alicia Keys, la présence de Michelle Obama et les hommages rendus à Dolly Parton, Diana Ross et Aretha Franklin, cette 61e cérémonie de remise des Grammys a servi à rétablir l’équilibre.

Les plus cyniques diront que cette reconnaissance tardive du talent musical féminin témoignait d’une volonté de la part de la Recording Academy de faire acte de contrition, un an après les paroles malheureuses de son président Neil Portman qui, à l’issue de la précédente cérémonie durant laquelle une seule femme remportait un prix, avait bêtement déclaré qu’il revenait aux musiciennes elles-mêmes d’élever leur jeu (« to step up »). Portman a depuis annoncé qu’il quitterait la présidence de l’académie, qui s’est livrée à un examen de conscience à propos de l’équité dans son industrie.

L’examen semble avoir porté fruit puisque cette équité a été atteinte dans les quatre grandes catégories de la soirée : la Britannique Dua Lipa fut consacrée Révélation de l’année et la musicienne country Kacey Musgrave a remporté le Grammy du Meilleur album de l’année pour Golden Hour. Les deux autres prix dans des catégories majeures, Chanson de l’année et Enregistrement de l’année, ont été remis à Childish Gambino pour This is America, brûlot de rap engagé.

Ombre au tableau, Gambino (Donald Glover) avait choisi de bouder la cérémonie. Comme Kendrick Lamar, Jay-Z et Beyoncé, qui protestaient tous contre le manque d’égards que manifeste l’académie à l’égard des musiques rap et R&B. Le Canadien Drake, en nomination dans sept catégories (une de moins que le record de huit détenu par Lamar), avait aussi fait front commun avec ces derniers, refusant d’offrir une performance durant le gala ; il est cependant apparu sur scène pour récupérer son prix de la Meilleure chanson rap de l’année pour God’s Plan, la chanson la plus écoutée sur les plateformes d’écoute en continue de l’année passée.

Lady Gaga a remporté trois prix, Meilleure performance pop solo pour Joanne, Meilleur duo pop vocal et Meilleure chanson pour média visuel pour Shallow, du film A Star is Born ; St. Vincent repart avec le Grammy de la Meilleure chanson rock (Masseduction), Ariana Grande avec celui du Meilleur album pop vocal, alors que l’auteure-compositrice-interprète soul californienne H.E.R. a gagné celui du Meilleur album R&B, en plus de faire une puissante impression durant sa performance télévisée. Avec sa voix éraillée et sa présence scénique, la musicienne country Brandi Carlile a aussi soufflé le public ; elle repart avec les trophées du Meilleur album americana, Meilleure performance american roots et Meilleure chanson american roots (pour The Joke) remis durant le gala d’après-midi.

Beck a remporté les prix du Meilleur album alternatif et de la Meilleure ingénierie sonore (pour Colors). Or, côté musique rock, le gala 2019 fut une bien triste cuvée. Meilleur album de l’année ? From the Fire du quartet Greta Van Fleet, qui mimique à l’imperfection l’oeuvre de Led Zeppelin, l’originalité aspirée dans un trou noir. Hormis la criarde performance de la ballade Shallow par Lady Gaga, le genre rock fut pratiquement évacué du gala télévisé.

Les hauts et les bas des prestations

La majorité des prix ayant été décernés durant le premier gala, l’essentiel de la soirée fut consacré aux nombreuses performances offertes. Du meilleur au pire, comme d’habitude, et encore là, merci aux musiciennes de nous avoir offert le meilleur. En ouverture, une Camila Cabello théâtrale dans un décor évoquant celui de West Side Story, rejointe sur scène par Ricky Martin et J Balvin – ce dernier vu dans la scénographie lisant un journal portant la manchette « Build Bridges Not Walls », le commentaire le plus politisé de la soirée.

Sulfureux, le duo entre St. Vincent et Dua Lipa en fin de soirée s’est démarqué, presque autant que les performances chorégraphiées de Cardi B et de la brillante Janelle Monae, cette dernière étant reparti bredouille de la soirée. Si la performance acrobatique et spectaculaire du rappeur de l’heure, Travi$ Scott, en a mis plein la vue, celle, incongrue, du rappeur Post Malone accompagné de Red Hot Chili Peppers, est tombée à plat.

Les quatre inégaux hommages de la soirée ont aussi ralenti le tempo du gala des Grammys : agréable mais trop long, celui de Dolly Parton, toujours fringante à 73 ans, dont on retiendra essentiellement son duo avec Miley Cyrus pendant Jolene. La performance de Diana Ross (75 ans le 25 mars prochain) ne passera pas à l’histoire, comme celle consacrée aux 60 ans de l’étiquette Motown, un hommage officié par Jennifer Lopez pour une raison qui échappe à tous les mélomanes. La regrettée Aretha Franklin a également été saluée, avec élégance et envolées gospel, en fin de cérémonie.

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