Uber ajoute l’insulte à l’injure

La compagnie Uber à l’origine des troubles dans l’industrie du taxi a profité de la grève d’hier pour faire le plein de nouveaux clients pendant que les chauffeurs traditionnels ne se faisaient pas que des amis en bloquant des artères à Québec et à Montréal.

Trois employés arborant des t-shirts de la compagnie californienne avaient été dépêchés à l’aéroport Montréal-Trudeau hier pour aider les passagers à télécharger l’application Uber. Ils répondaient aussi à leurs questions.

Des employés d’Uber, comme celui à droite, montraient aux clients de l’aéroport de Montréal hier comment installer leur logiciel.

Photo Vincent Larin

Des employés d’Uber, comme celui à droite, montraient aux clients de l’aéroport de Montréal hier comment installer leur logiciel.

« D’habitude il n’y a personne », a indiqué un des employés au Journal (qui se faisait passer pour un client) lorsque questionné si sa présence avait un lien avec la grève des chauffeurs de taxi en cours.

Et ceux-ci ne chômaient pas. Un flot incessant de voyageurs souvent munis de grosses valises se présentait à la porte 6 pour commander un taxi Uber.

« Ils ne nous donnent pas le choix. Avoir su, on aurait peut-être demandé à un ami de venir nous chercher, mais à 15 h, tout le monde travaille », s’est plainte une résidente de Longueuil, Hélène Lamarche.

De nouveaux clients

D’autres ont découvert Uber.

« Ce matin, j’ai eu une cliente qui prend toujours des taxis, a raconté un chauffeur qui préférait taire son identité vu la tension qui règne dans l’industrie. Quand elle a su qu’il y avait une grève, elle a téléchargé l’application Uber. Elle m’a dit que c’était la première fois qu’elle l’utilisait et qu’elle allait continuer à le faire. Imaginez le nombre de personnes qui vont découvrir Uber aujourd’hui ! »

Pendant ce temps, les chauffeurs d’Uber ne manquaient pas de travail.

Photo Agence QMI, CAMILLE DAUPHINAIS-PELLETIER

Pendant ce temps, les chauffeurs d’Uber ne manquaient pas de travail.

Le journal 24 Heures a fait plusieurs trajets avec Uber à divers moments de la journée dans la métropole.

Les chauffeurs arrivaient toujours dans l’espace de quelques minutes. Et les prix n’étaient pas augmentés en raison d’une demande supérieure à l’offre, comme c’est parfois le cas avec Uber.

Difficile de savoir si le service de la multinationale était perturbé parce que plus de chauffeurs s’étaient rendus disponibles en raison de la grève ou si c’était parce que la demande était la même que d’habitude. Uber n’a pas répondu à la demande d’information du 24 Heures à ce propos.

Cul-de-sac

Uber affaiblit le moyen de pression des chauffeurs de taxi.

Sans fonds de grève, ces travailleurs perdent aussi tous leurs revenus lorsqu’ils font la grève, en plus des dépenses occasionnées pour manifester.

Le porte-parole de l’industrie du taxi, Abdallah Homsy, a néanmoins déclaré hier que les moyens de pression allaient se poursuivre, sans pouvoir préciser quelle forme ils allaient prendre.

« Ce qu’on veut, dit-il, c’est le retrait du projet de loi 17. C’est ça ou rien. »

Ce projet de loi propose de déréglementer l’industrie du taxi, ce qui permettrait aux nouveaux acteurs du secteur – comme Uber ou Lyft – de faire des affaires dans la province sans passer par des projets pilotes. Cela provoquerait évidemment une chute draconienne de la valeur des permis.

– Avec Marc-André Gagnon, Bureau parlementaire, et Maxime Deland, Agence QMI

Des chauffeurs de taxi qui manifestaient hier ont crié leur désespoir devant les médias.

« Je suis endetté de 87 000 $ ! J’ai des enfants à faire vivre ! Je suis au bord de la faillite ! » a vociféré Paul, un chauffeur de taxi en furie, qui a préféré taire son nom de famille.

« On ne peut tolérer un projet de loi aussi inhumain que le projet de loi 17. Il faut que le gouvernement de François Legault retire totalement ce projet de loi qui anéantit la vie de 22 000 familles. Nous allons nous faire entendre pour alimenter sa réflexion », a ajouté Abdallah Homsy, porte-parole pour l’industrie du taxi, par voie de communiqué.

« La loi 17, tu l’enlèves, a hurlé un autre chauffeur de taxi devant les bureaux du ministère des Transports (MTQ), en s’adressant au ministre Bonnardel. Tu as mis nos familles en péril ! Nous autres, on ne négocie pas avec toi. La loi, tu l’enlèves ! »

Appui aux taxis

L’organisme représentant les quelque 120 000 usagers du transport adapté a réclamé que le gouvernement retourne à la planche à dessin pour peaufiner son projet de loi sur l’industrie du taxi.

Selon l’Alliance des regroupements des usagers du transport adapté du Québec, 70 % des déplacements en transport adapté se font via l’industrie du taxi, qui permet ainsi à des dizaines de milliers de personnes d’aller à l’école, au travail, de recevoir des soins ou, encore, de voir leurs parents et amis.

En furie

Des Québécois de retour de vacances étaient particulièrement frustrés de ne pas trouver de taxis hier à l’aéroport Montréal-Trudeau.

« C’est fou. Comment je suis supposé retourner chez moi ? » s’interrogeait Andrew Boat, un résident de Pierrefonds-Roxboro fraîchement débarqué de New York.

« Impossible de savoir qu’il y avait une grève aujourd’hui, ce n’était indiqué nulle part. Il a fallu qu’on se rende au comptoir de taxis pour le savoir », s’est plaint Bryan Hackett, fraîchement arrivé pour le travail depuis Moncton.

« Offre finale »

Reprochant aux chauffeurs de taxi de pénaliser leurs clients en faisant la grève, le ministre des Transports, François Bonnardel, prévient d’ores et déjà que les 500 M$ offerts en guise de compensation représentent une offre « finale ».

« Un demi-milliard, c’est beaucoup d’argent, ça respecte la capacité de payer des Québécois. C’est un montant final », a signalé le ministre Bonnardel, pendant que des centaines de chauffeurs de taxi faisaient la grève de façon à gêner la circulation routière, hier.

« C’est le client qu’on pénalise ce matin. Moi, je suis ouvert à la discussion », a-t-il dit.

Le trafic paralysé

Plusieurs chauffeurs de taxi ont abandonné leurs véhicules hier sur le boulevard René-Lévesque, à Montréal, pour manifester leur mécontentement.

Photo Agence QMI, Maxime Deland

Plusieurs chauffeurs de taxi ont abandonné leurs véhicules hier sur le boulevard René-Lévesque, à Montréal, pour manifester leur mécontentement.

Le cœur du centre-ville de Montréal a été complètement paralysé hier midi, et ce, jusqu’à la fin de l’après-midi, par des centaines chauffeurs de taxi en colère qui ont immobilisé leurs véhicules sur le boulevard René-Lévesque pour dénoncer le projet de loi 17 du gouvernement Legault.

Après avoir ralenti la circulation à divers endroits en ville en roulant à très basse vitesse, notamment sur l’autoroute 40, des centaines de chauffeurs de taxi ont conclu leur manifestation devant les bureaux du ministère des Transports, à l’angle du boulevard René-Lévesque Ouest et de la côte du Beaver Hall.

Ils ont immobilisé leurs véhicules, avant d’en descendre et d’aller se faire entendre devant les locaux du MTQ. Les voies de circulation en direction est et ouest ont ainsi été complètement paralysées.

Les autres automobilistes se sont bien malgré eux retrouvés immobilisés, sans possibilité de prendre un autre chemin.

« J’ai un rendez-vous important et je vais assurément le manquer. Je comprends qu’ils [les chauffeurs de taxi] sont fâchés, mais je ne pense pas qu’ils s’y prennent de la bonne façon pour se faire entendre », a déploré Line Sauvageau, une citoyenne prisonnière de sa voiture.

Aucun acte disgracieux n’a toutefois été rapporté par les policiers, et en début d’après-midi, aucune arrestation n’avait eu lieu.

Ce moyen de pression a affecté les services de taxi partout au Québec.

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