Un géant du Québec inc. qui aimait les usines… et les femmes

Le fondateur de 82 ans de Cascades Bernard Lemaire a vécu sa vie privée à sa manière, d’abord dans un mariage ouvert, puis en fréquentant deux femmes en même temps. Dans sa biographie, il lève le voile sur cette situation inusitée dans le monde des affaires.

« Mon père a toujours eu des maîtresses. Ça m’a toujours fait mal et ç’a aussi beaucoup fait mal à ma mère, dit la fille de Bernard et de France Lemaire, Sylvie. Je sais, elle avait aussi des aventures. Elle était là dans la forteresse que mon père avait construite, mais elle n’avait plus rien à y faire. Le roi ne s’occupait pas d’elle. Mais elle aimait profondément mon père. »

Cette confidence est l’une des nombreuses révélations du livre Ma vie en Cascades, écrit par Christian Bellavance.

En 1984, après 25 ans de mariage, France Lemaire décide donc de quitter son mari. Mais cela ne l’empêche pas de lui présenter l’une de ses amies, Irène Godbout, avec qui elle le verrait bien.

France Lemaire, première femme de Bernard, avec ses enfants Sylvie, Richard et Patrick.

Photo courtoisie

France Lemaire, première femme de Bernard, avec ses enfants Sylvie, Richard et Patrick.

Bernard Lemaire verra régulièrement Mme Godbout par la suite, mais aussi d’autres femmes. Le départ de son épouse l’a blessé.

« Jamais plus dans ma vie je n’aurai qu’une seule femme », confiera-t-il un jour à sa fille.

En 1994, M. Lemaire rencontre Francine Boivin, alors haute fonctionnaire à Québec. Même si Irène Godbout est toujours dans la vie de l’homme d’affaires, Mme Boivin accepte de sortir avec lui, pourvu qu’ils ne soient « pas obligés de [se] cacher ».

Bernard Lemaire et Francine Boivin.

Photo courtoisie

Bernard Lemaire et Francine Boivin.

« Trip » à trois

Dans l’espoir que ses deux amantes deviennent amies, il leur propose un voyage à trois en Autriche.

« Ç’a été un désastre total, relate Francine Boivin. Nous passions les journées et les soupers ensemble. Pour la nuit, il alternait. Je ne conseille ça à personne. »

Mais les deux femmes poursuivent la « garde partagée » de Bernard Lemaire. Elles le forceront à abandonner son rêve de construire une résidence « à deux aires » où elles auraient habité toutes les deux. Mais il finira par acheter à chacune une maison. Les deux femmes se relaient au condo de Lemaire en Floride.

Irène Godbout et Bernard Lemaire. 

Photo courtoisie

Irène Godbout et Bernard Lemaire. 

N’ayant jamais divorcé, France Lemaire reste dans le portrait. Elle accompagne son mari dans des événements, même si elle a un nouveau conjoint. Et elle gardera longtemps accès au compte de Bernard Lemaire.

Fin de la «garde partagée»

En novembre 2007, Francine Boivin en a assez et met fin à la « garde partagée » avec Irène Godbout. M. Lemaire fera vie commune avec cette dernière, mais il rendra encore visite à Mme Boivin.

Le livre aborde aussi la relation difficile de Bernard Lemaire avec sa fille. Selon cette dernière, M. Lemaire a longtemps traité les femmes comme des « êtres inférieurs » au service des hommes.

Elle rêvait de devenir architecte, mais quand son père lui dit qu’elle ne pourra pas travailler chez Cascades avec cette profession, elle opte pour le génie mécanique.

Son père l’empêche ensuite de faire un MBA à Harvard. Or, quand elle entrera chez Cascades, on l’enverra remplacer les secrétaires parties en vacances !

Il se reprendra en cédant à Sylvie et à son conjoint une usine de produits d’hygiène féminine à Drummondville.

Le couple la revendra à profit 11 ans plus tard.


► Bernard Lemaire : Ma vie en Cascades, éditions Québec Amérique.

Les temps forts de sa vie

La vie sentimentale mouvementée de Bernard Lemaire ne l’a pas empêché de bâtir, avec ses frères Laurent et Alain, deux entreprises, Cascades et Boralex (énergie), dont la valeur boursière combinée frise aujourd’hui les 2,5 milliards $.

1. Le vieux moulin de Kingsey Falls

Bernard Lemaire est encore adolescent lorsqu’il se lance en affaires avec son père Antonio. Ils récupèrent des objets en bon état au dépotoir de Drummondville et les revendent. En 1963, la famille reprend une vieille usine de papier en faillite de Kingsey Falls, près de Victoriaville. Bernard Lemaire vient de trouver sa voie : relancer des papetières en difficulté.

Alain, Bernard et Laurent Lemaire devant les cascades situées près du « vieux moulin » de Kingsey Falls.

Photo courtoisie

Alain, Bernard et Laurent Lemaire devant les cascades situées près du « vieux moulin » de Kingsey Falls.

2. Le projet fou de Cabano

Au début des années 1970, le gouvernement de Robert Bourassa demande à Cascades de construire une cartonnerie à Cabano, dans le Bas-Saint-Laurent. Bernard Lemaire vivra pendant deux ans dans une maison mobile près du chantier. M. Lemaire y voit « l’œuvre principale » de sa vie. À l’inverse, un autre projet ambitieux, la relance d’une usine de pâte à Port-Cartier, sur la Côte-Nord, deviendra son pire échec professionnel.​

3. En France pour 1 franc

En janvier 1985, un avocat contacte Bernard Lemaire pour lui demander de reprendre une usine en faillite en Savoie, ce qui permettrait de sauver 400 emplois. Cascades est prête à débourser des millions pour l’acquérir, mais l’État français la lui cède pour un franc ! L’entreprise ne mettra que quelques mois pour remettre l’usine sur les rails. Aujourd’hui, Cascades contrôle huit usines en Europe, une vingtaine aux États-Unis et une trentaine au Canada.

4. La crainte de l’Alzheimer

En 1991, Bernard Lemaire n’a que 55 ans, mais il a déjà peur d’avoir la maladie d’Alzheimer. Il veut passer la main à son frère Laurent, qui est trois ans plus jeune que lui. Mais au dernier moment, Bernard Lemaire évoque une candidature externe. Furieux, Laurent Lemaire disparaît pendant des semaines. Il deviendra finalement président, tout comme son jeune frère Alain. En avril 2018, juste avant son 82e anniversaire, Bernard Lemaire reçoit le diagnostic qu’il craignait tant : il souffre de l’Alzheimer.

Les trois frères Bernard, Alain et Laurent Lemaire vers 1965. 

Photo courtoisie

Les trois frères Bernard, Alain et Laurent Lemaire vers 1965. 

5. Énergie, pétrole et bœufs

Bernard Lemaire a été entrepreneur en série avant l’heure. Il lance Cascades Énergie au début des années 1990. Devenue Boralex, l’entreprise tire parti de la volonté d’Hydro-Québec de s’approvisionner au privé. Insatiable, M. Lemaire investit ensuite des millions $ dans le pétrole en Gaspésie (Junex). Et depuis l’âge de 78 ans, il possède un élevage qui compte aujourd’hui 1500 bœufs Highland !

6. Amateur de vitesse

L’entrepreneur est friand de vitesse. En 1979, il roule à fond dans sa Cadillac lorsqu’une voiture surgit d’un rang. Il est projeté à une dizaine de mètres, mais s’en tire sans trop de mal. Dans les années 1990, il s’achète une Ferrari Testarossa. En rentrant du Grand Prix de Mont­réal, il roule à tombeau ouvert sur l’autoroute 10 et tombe sur un radar. Il sème les policiers en passant sur l’accotement. « Je me suis imaginé les titres dans les journaux si je m’étais fait prendre », se remémore-t-il.

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