Un guide sur le génocide sera offert aux enseignants du secondaire

La Fondation pour l’étude des génocides s’associe au gouvernement du Québec pour offrir aux enseignants du secondaire un guide sur la manière de sensibiliser les élèves aux signes avant-coureurs d’un génocide.

À compter de cet automne, des écoles secondaires de tout le Québec se verront offrir le guide pédagogique sur les génocides dans le cadre d’un projet expérimental, a expliqué la fondatrice et directrice de l’organisme, Heidi Berger. L’objectif est d’avoir le guide dans toutes les écoles secondaires publiques et privées de la province d’ici 2020, a-t-elle déclaré lors d’une interview à La Presse canadienne.

« Le guide va donner aux éducateurs toutes les ressources nécessaires pour pouvoir enseigner ce sujet sensible en toute confiance », a-t-elle souligné.

Mme Berger qui est la fille d’un couple ayant survécu à la Shoah dit avoir appris très tôt les horreurs d’un génocide.

« Ma mère a été témoin de nombreux actes cruels et violents, a-t-elle raconté. Son frère et son père ont été tués. Sa meilleure amie a été violée et assassinée. Sa mère a été tuée à la mitrailleuse tandis que la mère de Mme Berger demeurait cachée dans un grenier. »

Mme Berger craint que les jeunes ne soient plus suffisamment exposés à l’histoire de la Shoah et des autres génocides. Si les élèves ne connaissent pas les horreurs du passé, ils ne comprendront pas vraiment où peuvent mener la haine et l’intolérance.

Elle présente quelques données à l’appui. Un sondage mené en septembre 2018 auprès de 1100 Canadiens par une firme américaine indiquait que 22% des répondants âgés de 18 à 34 ans ne savaient pas ou disaient n’avoir jamais entendu parler de la Shoah.

Le guide proposé est composé d’une série d’études de cas racontant les principaux génocides du XXe siècle, notamment les horreurs qui se sont déroulées en Europe de l’Est, en Arménie et au Rwanda. « L’important est que les étudiants développent une pensée critique afin de comprendre l’intolérance et la haine. »

Selon Mme Berger, le ministère de l’Éducation du Québec décidera du nombre d’écoles qui participeront au projet pilote. Un porte-parole du ministère n’a pas répondu à une demande d’entretien.

Le directeur général de l’Institut montréalais d’études sur les génocides et les droits de la personne de l’Université Concordia, a participé aux réunions entre Mme Berger et le ministère de l’Éducation lors de l’élaboration du guide.

Les survivants de la Shoah vieillissent. D’année en année, il y a de moins en moins d’entre eux qui peuvent se rendre dans les écoles pour parler de leur expérience, a fait valoir M. Matthews. Les génocides ne sont pas au programme des études au secondaire, a-t-il ajouté.

« Nous traversons une période très difficile avec la montée des extrêmes et du terrorisme dans le monde. Nous devons tirer les leçons de ce qui arrive lorsque la haine est incontrôlable. »

Notre époque n’est pas à l’abri de tels débordements. Daech (le groupe armé État islamique) a tenté d’éliminer les Yazidis en Syrie. Les Rohingyas musulmans sont persécutés en Birmanie et la Chine a emprisonné jusqu’à un million d’Ouïgours musulmans, a rappelé M. Matthews.

De plus, le Canada compte un nombre « très élevé » de citoyens qui se sont rendus en Irak et en Syrie pour se battre dans les rangs de Daech, a-t-il déploré. Un rapport de 2018 sur le terrorisme publié par Sécurité publique Canada indiquait qu’il y avait environ 190 « voyageurs extrémistes canadiens » au Proche-Orient. Une soixantaine d’entre eux seraient revenus au pays.

« Nous avons nos propres citoyens qui vont à l’étranger et aident un groupe à commettre un génocide, a déclaré M. Matthews. Ce n’est pas dans le passé, c’est le présent. »

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