Un Hells vu plus de 70 fois au bureau de l’ex-avocat Loris Cavaliere

Le Hells Angel Gilles Lambert a été vu par les policiers à plus de 70 reprises dans les bureaux de l’ancien criminaliste Loris Cavaliere en 2014 et 2015.

C’est ce que démontre un document intitulé Analyses des caméras intérieures et extérieures du bureau de Me Cavaliere et du commerce voisin, le Denim, déposé en cour durant les procédures de l’enquête Magot-Mastiff. C’est par cette enquête que l’Escouade régionale mixte (ERM) et la Division des produits de la criminalité de la Sûreté du Québec ont défait le 19 novembre 2015 une alliance mafia-motards-gangs de rue qui dirigeait le crime organisé montréalais. 

Vendredi dernier, deux des derniers accusés ont plaidé coupable et ont été condamnés. Lundi, le juge Éric Downs de la Cour supérieure a levé les interdits de publication qui avaient été imposés au début des procédures, ce qui nous permet de révéler les détails de ce document que La Presse avait consulté en avril dernier.

BUREAUX SOUS SURVEILLANCE

Au plus fort de l’enquête, les limiers ont installé des caméras dirigées vers les portes avant et arrière, et à l’intérieur des bureaux de l’ancien criminaliste Loris Cavaliere. Les locaux, soupçonnés par les policiers de servir de lieu de rencontres pour des membres influents du crime organisé, ont également été truffés de micros.

Le document révèle que le Hells Angel de la section de Montréal Gilles Lambert y a été vu à environ 75 reprises sur une période de 20 mois, entre mars 2014 et le jour de la frappe, le 19 novembre 2015.

Pourtant, Lambert, un ancien Rock Machine devenu Hells Angel au tournant des années 2000, n’avait plus de cause devant les tribunaux depuis qu’il avait été libéré par le juge James  Brunton avec 30 autres accusés du projet SharQc en mai 2011, en raison de délais déraisonnables appréhendés. Lambert n’a pas été arrêté et accusé à l’issue de l’enquête Magot.

Le document indique également que le chef de gang de rue Jean-Philippe Célestin a été observé dans les anciens bureaux de Loris Cavaliere à 16 reprises entre mars 2014 et son arrestation pour trafic de stupéfiants et gangstérisme, un an plus tard. Célestin était toutefois un client du bureau du criminaliste.

Le chef de clan Andrew Scoppa a été vu dans les bureaux de Me Cavaliere 13 fois entre mars 2014 et novembre 2015, dont quatre jours de suite dans le même mois de novembre. 

Gregory Woolley, qui a été arrêté dans le projet Magot et condamné à huit ans pour gangstérisme et trafic de stupéfiants vendredi, y a été observé à neuf reprises. Woolley, ancien membre des Rockers, défunt club-école des Hells Angels, est le seul Noir qui ait gravi des échelons de l’organisation des Hells Angels au Québec. La police le considère aujourd’hui comme étant plus qu’un chef de gang de rue, soit l’un des acteurs les plus influents du crime organisé montréalais, au même titre que des chefs de clan de la mafia ou des membres des Hells Angels. 

Le document indique aussi que celui que la police considérait comme le chef intérimaire de la mafia montréalaise, Stefano Sollecito, et le fils cadet du défunt parrain de la mafia Leonardo Rizzuto – avocat et autrefois associé au bureau de Me Cavaliere – ont été vus huit fois chacun dans les locaux de l’ancien criminaliste entre mars 2014 et novembre 2015.

On apprend également qu’une étoile montante de la mafia, Marco Claudio Campellone, y a été observé à six reprises, dont le jour même de son assassinat, le 18 septembre 2015. Avant d’être tué devant chez lui dans le quartier Rivière-des-Prairies vers 20 h 45, le jeune homme de 24 ans a été vu entrant dans les bureaux de Me Cavaliere à 16 h 18 et en ressortant 15 minutes plus tard.

CONVERSATIONS SECRÈTES

Le 20 août 2015, les enquêteurs ont enregistré, dans la salle de conférence des bureaux de Loris Cavaliere, une importante discussion entre Stefano Sollecito, Leonardo Rizzuto et Gregory Woolley qui est révélatrice des façons de faire du crime organisé, des liens entre les organisations et des conflits qui existaient à cette époque. Les trois hommes discutent notamment d’un certain Gianpietro Tiberio en lequel ils n’auraient guère confiance. Ils parlent de retirer le territoire de Rivière-des-Prairies à Salvatore Scoppa pour le donner à Tiberio. Ils discutent également des doutes qu’ils ont envers les frères Salvatore et Andrew Scoppa et parlent d’éliminer quelqu’un, mais Leonardo Rizzuto n’est pas d’accord.

C’est cette fameuse conversation qui avait mené à l’arrestation de Sollecito et de Rizzuto le jour de l’opération Magot, mais un juge a conclu que l’écoute était illégale, car Sollecito était un client du bureau et Rizzuto, l’un des avocats. Les deux hommes ont été libérés, mais pas Woolley, car il n’était pas un client du criminaliste.

Le 14 septembre 2015, l’influent membre des Hells Angels Salvatore Cazzetta s’est rendu dans les bureaux de Loris Cavaliere. Il est question d’une liste de personnes à abattre trouvée chez un certain Sergio Nesparoli. Cazzetta a demandé une copie de la liste et Loris Cavaliere lui en a remis une. 

Loris Cavaliere a été arrêté dans l’opération Magot et accusé de gangstérisme. Il a plaidé coupable et a été condamné à 34 mois de pénitencier en février 2018. Il a obtenu sa libération conditionnelle en mai dernier et n’a plus le titre d’avocat. 

Leonardo Rizzuto fait toujours face à des accusations de possession d’arme et de cocaïne et être jugé à la fin novembre.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.

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