Un historien fait un lien avec la loi 101

Un historien québécois dresse un parallèle entre la loi 101 et celle sur la laïcité, y voyant dans les deux cas un débat émotif qui traînait depuis des années opposant une majorité à une minorité et suscitant son lot de contestations.

Malgré tout, la loi sur la langue française est aujourd’hui « complètement entrée dans les mœurs », remarque l’historien et professeur à l’Université TÉLUQ Éric Bédard.

Il voit trois grandes ressemblances entre le projet de loi sur la laïcité du gouvernement Legault et l’adoption de la loi 101 il y a 40 ans.

« Un débat qui a traîné en longueur avec des gouvernements qui se sont cassé les dents là-dessus, une polarisation majorité-minorité qui rend le débat très émotif et sensible et enfin, le débat n’est pas clos une fois que la loi est adoptée », explique M. Bédard.

Langue française - loi 101

Photo d’archives

S’en inspirer

Il rappelle cependant que le ministre de l’époque, Camille Laurin, avait fait « énormément de conférences et de discours pour expliquer la loi de façon pédagogique, y compris dans des salles hostiles ». Selon lui, le ministre responsable du dossier Simon Jolin-Barrette devrait s’en inspirer.

« Parce que c’est très sensible, ce n’est pas en adoptant la chose à la sauvette qu’on va passer à un autre sujet », dit-il.

Mais si la loi 101 a réussi son pari, elle a « fait perdre du capital humain » à la province croit le professeur émérite de psychologie sociale à l’UQAM Richard Bourhis, y voyant peut-être le même avenir avec la loi sur la laïcité si elle fait fuir des Québécois.

Un « sacrifice »

Selon lui, le projet de loi demande un « sacrifice » aux minorités. Le même genre de sacrifice contre lequel les Québécois se sont indignés dans les années 1960 quand le gouvernement fédéral leur disait de parler anglais pour travailler dans la fonction publique avant que le bilinguisme soit loi.

« La comparaison avec la loi 101 est un peu boiteuse », estime quant à lui Mouloud Idir, du Centre justice et foi à Montréal.

Le coordonnateur du centre d’analyse sociale soutient que la loi 101 visait à défendre la langue française dans un contexte où « la logique économique et systémique » la menaçait.

« Si on avait laissé faire l’ordre naturel, cet ordre n’allait pas en faveur du français », souligne-t-il.

Mais en ce moment, « l’ordre des choses n’est pas en faveur des minorités religieuses ». Le projet de loi caquiste vient donc « renforcer les logiques discriminatoires » que ces communautés subissent déjà, croit-il.

– Avec la collaboration de Dominique Scali

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