Un octogénaire déjoue une fraude macabre

Quand la conjointe de Li Wong* lui a annoncé qu’ils étaient ruinés parce qu’elle avait perdu tout son argent – 2 millions – et qu’elle allait se suicider, l’ancien professeur d’université a décidé qu’il allait mourir avec elle, convaincu que les économies de toute sa vie s’étaient envolées.

Ying Xu, 48 ans, lui aurait alors donné plusieurs comprimés d’un puissant somnifère, rapporté clandestinement de Chine, et lui aurait dicté une lettre d’adieu à laisser à son fils.

M. Wong, 80 ans, a avalé les comprimés le 22 février dernier et « est allé s’étendre dans la salle de bains en attendant la mort », selon une demande d’injonction déposée cette semaine en Cour supérieure.

Il a été trouvé par son fils le lendemain matin, dans son appartement du complexe immobilier Habitat 67, et conduit en ambulance à l’hôpital, où il est resté dans le coma plusieurs jours. Il a heureusement pu être sauvé et est rentré chez lui 11 jours plus tard.

Mme Xu, de son côté, n’aurait pas ingéré les somnifères.

Elle aurait tout manigancé dès le départ pour mettre la main sur la fortune du professeur retraité et collectionneur d’art, selon la requête déposée par M. Wong devant le tribunal.

Le prétendu pacte de suicide avait seulement pour but de le faire disparaître, avance-t-il.

« Malgré l’ingestion des comprimés donnés par [Mme] Xu, [M. Wong] a miraculeusement survécu, et après s’être réveillé du coma plusieurs jours plus tard, et avoir repris ses esprits, il a réalisé qu’il avait été dupé, fraudé et [qu’il avait] presque perdu la vie à cause des actions intentionnelles. »

– Extrait de la poursuite

Au cours des cinq années précédentes, la femme aurait mis la main sur des investissements de 2 millions détenus par M. Wong en Chine, en lui faisant croire qu’ils seraient investis par les bons soins d’un de ses amis.

Elle aurait aussi apporté en Chine des oeuvres d’art appartenant au collectionneur, prétendument pour les faire évaluer et authentifier. Mais elle aurait ensuite annoncé à son conjoint que toutes les oeuvres étaient fausses et sans valeur, et M. Wong ne les aurait jamais revues.

Héritière universelle

En plus, en 2017, elle lui aurait fait rédiger un testament faisant d’elle son héritière aux dépens de son fils et de son petit-fils. Elle aurait donc hérité de toutes les possessions du professeur retraité, notamment de son luxueux condo. Elle est présentée dans le document comme l’« épouse de facto » de M. Wong, en plus d’être nommée liquidatrice.

« Ensuite, elle a activé son plan machiavélique pour s’approprier ses actifs et, de façon préméditée, pour le convaincre de s’enlever la vie », indique la poursuite.

Avant de s’installer avec Li Wong, son aîné de 34 ans, Mme Xu travaillait dans un spa et vivait avec un autre homme d’origine chinoise, dans un autre appartement d’Habitat 67, selon les documents déposés en cour. Elle aurait déménagé directement d’un appartement à l’autre, dans le même complexe immobilier.

M. Wong, veuf depuis trois ans à l’époque, se serait épris d’elle, ce qui aurait permis à sa nouvelle conjointe de l’isoler de sa famille et de ses amis.

Étonnée

Après le pacte de suicide raté, Mme Xu a aussi été conduite à l’hôpital pour des examens. À sa sortie, elle se serait montrée étonnée de savoir que son conjoint avait survécu, selon la poursuite. Depuis, elle ne serait pas retournée à l’appartement où elle vivait depuis cinq ans avec M. Wong.

La demande d’injonction déposée cette semaine vise à obtenir d’urgence des informations pour retrouver les avoirs de Ying Xu, l’empêcher d’en disposer et les faire saisir. On craint que les actifs ne soient transférés à l’étranger.

La poursuite indique que l’ordinateur et le téléphone cellulaire de Mme Xu sont entre les mains de la police.

Les procédures visent aussi une autre femme d’origine chinoise, Fang Zhao, une amie de Mme Xu qui aurait participé aux manoeuvres pour dépouiller M. Wong de 300 000 $ en lui empruntant cette somme pour l’achat de propriétés à Montréal et à Morin-Heights.

Xiaoyu Lin, un résidant de la ville de Beihai, en Chine, est aussi poursuivi. C’est à lui que les investissements de 2 millions auraient été transférés.

Au cours d’une brève conversation téléphonique, le fils de Li Wong a affirmé que son père se remettait de sa mésaventure et ne souhaitait pas en parler publiquement.

Aucune accusation criminelle n’a été déposée dans cette affaire et les allégations n’ont pas été prouvées devant les tribunaux.

Un juge de la Cour supérieure doit entendre la demande d’injonction le 21 mars.

* Le nom de la victime a été changé, puisqu’il s’agit d’une personne âgée vulnérable.

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