Un sommet de la francophonie canadienne se prépare

Si elle se confirme, cette grande rencontre surviendrait plus de 50 ans après les États généraux du Canada français. À l’époque, ces assises avaient marqué une certaine rupture entre le Québec et la francophonie canadienne, même si des liens ont persisté.

« C’est une évolution qui devait avoir lieu, dit M. Johnson, un Franco-Albertain. Mais depuis, on a fait un bout de chemin. »

Aujourd’hui, les francophones du pays se distinguent par leurs lieux d’appartenance et leurs réalités culturelles. Ils se nomment Franco-Ontariens, Acadiens, Fransaskois, Franco-Manitobains, etc.

« Le sens identitaire de chaque communauté est bien ancré. Et c’est accepté par tout le monde. Là, il y a lieu d’avoir une autre conversation. »

Pour ce faire, des discussions sont en cours avec le gouvernement du Québec, précise le président de la FCFA.

La fédération est en lien avec le Secrétariat du Québec aux relations canadiennes. Cet organisme relève, notamment, du ministère responsable de la francophonie canadienne.

« On parle avec la ministre Sonia LeBel de la question d’organiser un sommet, dit-il. Ce qu’on veut, c’est affirmer la langue française comme un élément fédérateur de nos communautés avec le Québec. Et d’en faire un outil de développement partout au Canada. »

En octobre dernier, M. Johnson a aussi rencontré le premier ministre François Legault, en route vers le VIIe Sommet international de la Francophonie, à Erevan, en Arménie.

« J’ai discuté avec lui du besoin de rapprochement avec nos communautés, précise-t-il. Je lui ai présenté la langue française comme un accélérant économique au Canada. Pensons, par exemple, à l’avantage qu’elle offrira quand les grandes économies émergentes des pays francophones de l’Afrique prendront leur essor dans les prochaines décennies. »

Des annonces à venir

Il est encore trop tôt pour parler d’une entente. Mais Jean Johnson aimerait « faire une annonce avec Mme LeBel et M. Legault à la fin du mois d’avril ».

Le cabinet de la ministre n’a pas commenté précisément la tenue éventuelle d’un sommet. Mais sa porte-parole, Nicky Cayer, confirme que Sonia LeBel a rencontré M. Johnson, le 7 février dernier. « Des annonces plus précises devraient avoir lieu dans les prochains mois », dit-elle.

Le sommet pourrait se tenir l’an prochain ou dans deux ans. « Mon souhait, c’est qu’il y ait un événement, pendant quelques jours, dans la région de Québec, à l’été 2020 », dit Jean Johnson.

Les volets social, économique et culturel seront au programme. Les thèmes ne sont pas encore choisis.

« Il ne faudrait pas en faire un exercice purement intellectuel, souligne le président. Les penseurs et les chercheurs apporteront leurs perspectives, mais il faudra aussi écouter les leaders des communautés. »

Une nouvelle politique

À quoi faut-il s’attendre ? « Idéalement, ce serait de développer une nouvelle politique avec le Québec à l’égard des francophones du pays, dit Jean Johnson. Et qu’elle soit entérinée par son appareil gouvernemental. »

Le président de la FCFA souhaite en arriver à des résultats tangibles. « On veut formaliser nos relations avec le gouvernement du Québec, dit-il. Si on n’arrive pas à quelque chose de concret, ça va avoir été une belle célébration culturelle qui ne va nous mener nulle part. »

Cela dit, M. Johnson considère que le « moment est propice à un rapprochement ». En quelques mois seulement, deux événements à caractère populiste ont touché les francophones du pays. Le People’s Alliance, un parti hostile au bilinguisme, a décidé de soutenir le gouvernement minoritaire de Blaine Higgs, au Nouveau-Brunswick. Puis, le gouvernement de Doug Ford a refusé de financer l’Université de l’Ontario français, en plus de s’attaquer au Commissariat aux services en français.

Cette décision a soulevé un tollé au Québec. Cela s’est traduit par une grande vague de sympathie à l’égard des Franco-Ontariens. « Les événements des derniers mois ont renouvelé l’attention portée à la francophonie canadienne, un intérêt qui s’est accompagné d’une solidarité à travers tout le pays », remarque Nicky Cayer.

L’élection de la Coalition avenir Québec marque un nouvel élan pour la francophonie canadienne, croit l’attachée de presse de la ministre LeBel.

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