Un tribunal pour les crimes syriens nécessaire, dit le chef des Casques blancs

« Le Canada a fait du très bon travail aux Nations unies en participant à la mise sur pied du Mécanisme international impartial et indépendant (l’International, Impartial and Independent Mechanism), qui permet de documenter les pires crimes commis en Syrie, mais il est maintenant temps que ces crimes soient traduits devant une cour internationale », a dit à La Presse Raed Saleh en entrevue à Montréal.

« Nous avons besoin d’un scénario semblable à ceux du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie ou pour le Rwanda, ou à un scénario propre à la Syrie. Ce qui est important, c’est qu’il y ait une justice », note M. Saleh, qui compte porter sa demande directement à la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, pendant son séjour canadien.

Près de 3000 volontaires

L’organisation qu’il dirige, aussi connue sous le nom de Défense civile syrienne, est composée actuellement de 2850 secouristes civils volontaires opérant dans les zones hors du contrôle du gouvernement de Bachar al-Assad. Les Casques blancs, qui ont été le sujet d’un documentaire oscarisé présenté sur Netflix, sont connus mondialement pour avoir tiré des dizaines de milliers de personnes des décombres d’édifices bombardés par le régime Assad et son allié militaire russe. Dans les zones où ils travaillent, les volontaires fournissent aussi des soins de santé et procèdent au déminage « pour permettre aux civils de rentrer chez eux », ajoute M. Saleh.

« Nous essayons aussi du mieux que nous pouvons de documenter ce qui se passe en Syrie et de diffuser cette information. »

– Raed Saleh, chef des Casques blancs syriens

M. Saleh note que les preuves compilées par les organisations non gouvernementales comme la sienne sont actuellement préservées dans une archive et pourront être utilisées par un tribunal.

Le Canada préoccupé

Joint par La Presse, le porte-parole de la ministre des Affaires étrangères affirme que le gouvernement canadien prend très au sérieux la question de la justice en Syrie. 

« Le régime syrien a commis de graves violations du droit international, y compris des attentats à la bombe, des attaques ciblées contre des civils et l’utilisation épouvantable d’armes chimiques. Ceux qui ont commis ces attaques flagrantes doivent être tenus pour responsables. Le Canada poursuit ses efforts pour tenir le régime responsable de ses crimes de guerre », a dit Adam Austen.

Il rappelle que le Canada finance actuellement plusieurs initiatives liées à la justice transitionnelle en Syrie. Le Canada appuie aussi les Casques blancs et a joué un rôle crucial dans l’évacuation de 422 secouristes et membres de leurs familles l’été dernier.

Se heurter au veto russe

À ce jour, les tentatives de la communauté internationale pour obliger le régime syrien à répondre de ses actes se sont heurtées au veto de la Russie au Conseil de sécurité.

« Nous ne pensons pas que le veto soit suffisant pour que la communauté internationale ne fasse rien pour qu’il y ait de la justice en Syrie », croit cependant Farouq Habib, qui dirige l’unité de soutien aux Casques blancs au sein de l’organisation internationale Mayday Rescue. 

« Nous refusons cette interprétation. Les Russes veulent que nous perdions espoir, que nous arrêtions de documenter leurs crimes et ceux du régime syrien parce que le veto est là. Mais ça ne devrait pas être accepté par le monde civilisé. »

– Farouq Habib, de l’unité de soutien aux Casques blancs de l’organisation internationale Mayday Rescue

En huit ans, plus de 400 000 personnes, selon la plus récente estimation des Nations unies et de la Ligue arabe, ont perdu la vie dans le conflit syrien, soit aux mains du régime et de ses alliés, soit aux mains des groupes rebelles. Selon plusieurs organisations de défense des droits de la personne, des dizaines de milliers d’individus croupissent toujours dans les prisons du régime Assad, qui contrôle maintenant la grande majorité du territoire syrien.

Pas de paix militaire

Farouq Habib alerte tous ceux qui croient que la guerre tire à sa fin. « Les bombardements continuent. C’est moins intense, mais il y a eu 100 morts en février. Même si ç’a l’air plus tranquille de l’extérieur, ça ne veut pas dire qu’il y a la paix. Si quelqu’un bat une femme et que la victime est tellement blessée et humiliée qu’elle ne peut plus parler, ça ne veut pas dire qu’elle est en paix. Il y a des gens qui pensent qu’une victoire de l’armée syrienne va amener la fin du problème, mais c’est une illusion. Rien n’est réglé », dit-il.

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