Un vieux chum

J’en ai déjà parlé, j’ai quitté le Saguenay il y a de cela un peu plus de 12 ans maintenant. La tête pleine de rêves et d’espoir. Je n’ai jamais regretté. En fait, c’est de loin la meilleure décision de ma vie. Pas parce que je n’aime pas ma terre natale, loin de là, seulement j’avais besoin de me rendre à Montréal pour devenir celui que je rêvais d’être.

Malgré tout, j’éprouve régulièrement une nostalgie, un petit mal du pays quand je pense à mes 20 années passées au Saguenay. Surtout les 5 dernières. Quand ma vie ne tournait qu’autour de mes amis et des tournois d’impro.

J’ai gardé contact avec plusieurs d’entre eux. Certains qui n’ont jamais quitté le coin, d’autres qui on tenté leur chance ailleurs pour mieux revenir ensuite. Je leur parle de temps à autre, je les croises dans des évènements ou dans mes spectacles. Mais on dirait qu’en vieillissant un genre de gêne s’est installée.

Quand je viens faire un tour dans la région, je ne signale pas toujours ma présence. Je pourrais lancer un message sur Facebook, et je sais, sans l’ombre d’un doute qu’un ou plusieurs de mes amis répondraient à l’appel. Souvent, je ne le fais pas.

J’ai peur d’apprendre que leur vie n’est pas celle qu’ils auraient voulu. De voir que si moi j’ai réussi à atteindre plusieurs de mes rêves, ce n’est pas le cas pour tout le monde. Évidemment, je ne peux pas m’en vouloir d’être heureux, ce serait stupide, mais on dirait que c’est plus fort que moi.

Je ne veux pas avoir l’air de celui qui vient se bomber le torse. Je ne veux pas être l’orignal ennuyeux qui vient juste voir ses amis pour se vanter de son beau panache.

La dernière fois que je suis venu au Saguenay par contre, je l’ai fait. J’ai appelé des amis pour organiser une petite rencontre autour d’une bière. Finalement, un seul a répondu à l’appel. Pas n’importe quel, par contre. Celui avec qui j’étais parti du Saguenay pour tenter de conquérir le monde.

Nous avons été colocs à deux reprises, nous avons été voisins, amis, collègues, BFF et j’en passe. Nos chemins se sont un jour séparés, et sans perdre contact réellement nous avons fait nos propres choix. De fil en aiguille, son chemin à lui, a été celui du retour. De la 20 jusqu’au parc des Laurentides, il revenu au Saguenay. Avec sa famille et ses amis, il a retrouvé un sens au chaos qu’était devenue sa vie.

Je ne savais pas trop comment réagir avec ça. Était-il content, amer, nostalgique? Hier, le temps de 2 pintes, avec grand bonheur, j’ai retrouvé mon ami. J’ai pris des nouvelles de sa famille, de ses amours, du travail. Il a fait la même chose. Nous avons ri, philosophé. Refait le monde, comme on le faisait dans le temps. Il était en paix et heureux et je ne pouvais être plus content.

Je suis allé prendre une bière avec un vieux chum et je suis reparti avec l’impression d’avoir rencontré une nouvelle personne.

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