Une catholique convaincue enquête sur les prêtres

La proximité entre l’Église catholique et l’ex-juge chargée de l’enquête sur les agressions sexuelles des prêtres fait sourciller l’Association des victimes de prêtres.

L’ancienne juge de la Cour supérieure du Québec Anne-Marie Trahan est chancelière du pendant canadien de l’Ordre de Malte depuis 2017.

L’ordre religieux caritatif a été fondé à l’époque des croisades, il y a plus de 500 ans.

Selon le directeur de l’Association des victimes de prêtres (AVP), Carlo Tarini, les liens de Me Trahan avec l’Ordre de Malte ne « peuvent que nuire » à la crédibilité de l’enquête annoncée cette semaine.

« Le processus est complètement biaisé, juge M. Tarini. Quand un rapport sortira, on pourra même se questionner sur la qualité des statistiques. »

M. Tarini estime que la neutralité de l’ex-juge est compromise.

« Je crois que Mgr Christian Lépine [l’archevêque de Montréal] a commis une erreur de jugement en choisissant quelqu’un qui ne fait pas l’unanimité, surtout auprès des victimes », soutient-il.

Conflit d’intérêts ?

Via l’Ordre de Malte, Anne-Marie Trahan est liée à la direction de deux diocèses sur lesquels elle doit enquêter.

Mgr Raymond Poisson, évêque auxiliaire au diocèse de Saint-Jérôme et anciennement évêque de Joliette, est le chapelain principal (représentant de l’Église) au sein de l’Ordre. On peut le voir sur plusieurs photos en compagnie de Me Trahan, a constaté notre Bureau d’enquête.

« C’est vrai qu’ils se connaissent personnellement », convient Mgr Christian Lépine.

Celui-ci ne voit toutefois aucun problème à ce que Me Trahan mène l’audit.

« Si elle avait travaillé dans l’organisation même du diocèse, je serais d’accord avec la réserve [de l’AVP]. Mais l’Ordre de Malte est complètement distinct. »

Mgr Lépine dit avoir choisi Anne-Marie Trahan en fonction de son expérience de juge.

« En ce qui me concerne, ça pourrait être un juge sikh, athée ou musulman », assure-t-il.

Il a été impossible de joindre Me Trahan hier.

Le commentateur de l’actualité religieuse, Alain Pronkin, ne voit pas non plus de conflit.

« Ce n’est pas comme si elle faisait partie de l’Opus Dei. L’Ordre de Malte, c’est plus un organisme humanitaire. Ce n’est pas le genre d’ordre qui va influencer sa neutralité. »

M. Pronkin se questionne­ tout de même sur la portée du mandat de Me Trahan.

« Est-ce qu’elle va avoir tous les outils pour faire son travail ? C’est ça, la vraie question », croit-il.

Qu’est-ce que l’Ordre de Malte ?

  • L’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem est fondé au 11e siècle, à l’époque des croisades.
  • Chassés du Moyen-Orient, les chevaliers de l’Ordre se réfugient à Malte au 16e siècle, d’où le nom d’Ordre de Malte.
  • De nombreuses branches s’installent partout dans le monde. L’ambulance Saint-Jean est d’ailleurs fondée par le pendant britannique au 19e siècle.
  • L’association canadienne a été fondée dans les années 1950.
  • Bien qu’essentiellement caritatif, l’Ordre suit les directives du Vatican. « Le Saint-Père a demandé que l’Ordre accentue sa spiritualité et sa vie morale », souligne l’actuel président canadien, Roman J. Ciecwierz, dans le bulletin associatif de mars 2018.

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